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Posts Tagged ‘châtelain’

STANCES A LA CHATELAINE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: John Duncan Fergusson 
    
STANCES A LA CHATELAINE

Madame, c’est moi qui viens.
Moi, cela ne vous dit rien !
Je viens vous chanter quand même
Ce que mon cœur a rimé
Et si vous voulez m’aimer ?
Moi : c’en est un qui vous aime !

Oh ! vos mains, dont les pâleurs
Bougent, en gestes de fleurs
Qu’un peu de brise caresse !
Oh ! vos beaux yeux impérieux !
Un seul regard de ces yeux
Dit assez votre noblesse !

Vos aïeules ont été,
Sous le grand chapeau d’été
Fleuries comme un jour de Pâques,
Marquises de Trianon,
Et moi, fils de gens sans nom,
J’ai des goûts à la Jean-Jacques !

Votre parc est doux et noir :
Il y ferait bon ce soir
Pour achever ce poème
Que mon cœur seul a rimé.
Donc, si vous voulez m’aimer,
J’y serai, moi qui vous aime !

– Je chantais cela tantôt,
Aux grilles de son château.
A la fin, compatissante,
Elle dit à son larbin :
« Joseph, portez donc du pain
Au pauvre mendiant qui chante ! »

(Gaston Couté)

 

 

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Châtelaine (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Châtelaine

Châtelaine, mon beau vouloir…
Car tu te prétendais maîtresse
D’un domaine d’ombre et de pierre
Où ton corps était l’eau dormante,
Au pied des tours, au creux des ombres,
Beau châle vif à tes épaules
Où s’épingle en rêvant l’éclair bleu des vipères.

Châtelaine, mon beau savoir…
Cartes mêlées, chemins perdus,
Pas des oiseaux sur cette vase
Comme un appel depuis longtemps jeté
Qu’un inlassable écho porte de monde en monde.

Châtelaine, mon beau mourir…
Puisque n’entre plus que blеsséе
La voix des filles du soleil
Dans la prison que tu me tresses.

Je te parle dans ce château
D’ombre et de pierre, je te parle,
Surpris de guetter sur les dalles
Le pas calme et troublant de tes servantes nues.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Si je vivais comme je rêve (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Si je vivais comme je veux,
Si je vivais comme je rêve,
Je serais le Roi, l’Oiseleur,
Le Fou peut-être et, sous la mer,
Châtelain d’un château d’hermines.

Mais je cesserais de rêver.

(Jean Joubert)


Illustration: Isabelle Planté

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SONNET MOYEN-AGE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



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SONNET MOYEN-AGE

Dans le décor de la tapisserie ancienne
La châtelaine est roide et son corsage est long.
Un grand voile de lin pend jusqu’à son talon,
Du bout de son bonnet pointu de magicienne.

Aux accords d’un rebec la belle musicienne
Chante son chevalier, le fier preux au poil blond
Qui combat sans merci le Sarrasin félon.
Elle garde sa foi comme il garde la sienne.

Il reviendra quand il aura bien mérité
De cueillir le lis blanc de sa virginité.
Peut-être il restera dix ans, vingt ans loin d’elle.

Et s’il ne revient pas, s’il périt aux. lieux saints,
Elle mourra dans son serment, chaste et fidèle,
Et nul n’aura fondu la neige de ses seins.

(Jean Richepin)

 Illustration: Rogier Van der Weyden 

 

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CHANSON DE BRACONNIER (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



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CHANSON DE BRACONNIER

Pour tous les bougres qui braconnent
Dedans la Sologne aux bourgeois
Ça n’est pas quand la lune donne
Qu’il faut aller au bois :
Sous les sapinières profondes
On rampe dans le noir.
– J’aime la Françoise qu’est blonde
Faut pas voir tout en noir.

Par la nuit de poix et d’angoisse
Quand on rentre, le carnier plein,
Coucher auprès de sa Françoise,
Le garde au châtelain :
Ce chien vendu qui fait sa ronde
Vous happe dans le noir.
– J’aime la Françoise qu’est blonde
Faut pas voir tout en noir…

Lors, même le jour devient sombre,
Car les juges, ces salopins,
Vous foutent des six mois  » à l’ombre  »
Pour trois méchants lapins.
En prison, le coeur pleure et gronde
Seul ! tout seul dans le noir.
– J’aime la Françoise qu’est blonde !
Faut pas voir tout en noir.

J’ai fait ça que je vous raconte
En retournant vers mes amours
Un soir où j’ai réglé le compte
D’un garde d’alentour
Le sang faisait des flaques rondes…
C’était rouge, et puis noir.
– J’aime la Françoise qu’est blonde
Faut pas voir tout en noir.

(Gaston Couté)

 

 

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ÂME (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2016



 

ÂME

Mon âme !
Ô mon âme vraiment trop à l’abri !
Et ces troupeaux de mes désirs dans une serre !
Attendant une tempête sur les prairies !

Allons vers les plus malades :
Ils ont d’étranges exhalaisons.
Au milieu d’eux, je traverse un champ de bataille avec ma mère.
On enterre un frère d’armes à midi,
Tandis que les sentinelles prennent leur repas.

Allons aussi vers les plus faibles :
Ils ont d’étranges sueurs ;
Voici une fiancée malade,
Une trahison le dimanche
Et des petits enfants en prison.
(Et plus loin, à travers la vapeur,)
Est-ce une mourante à la porte d’une cuisine ?
Ou une sœur épluchant des légumes au pied du lit d’un incurable?

Allons enfin vers les plus tristes :
(En dernier lieu, car ils ont des poisons.)
Oh ! mes lèvres acceptent les baisers d’un blessé !
Toutes les châtelaines sont mortes de faim, cet été, dans les tours de mon âme !

Voici le petit jour qui entre dans la fête !
J’entrevois des brebis le long des quais,
Et il y a une voile aux fenêtres de l’hôpital.

Il y a un long chemin de mon cœur à mon âme !
Et toutes les sentinelles sont mortes à leur poste !

Il y eut un jour une pauvre petite fête dans les faubourgs de mon âme !
On y fauchait la ciguë un dimanche matin ;
Et toutes les vierges du couvent regardaient passer les vaisseaux sur le canal, un jour de jeûne et de soleil.
Tandis que les cygnes souffraient sous un pont vénéneux ;
On émondait les arbres autour de la prison,
On apportait des remèdes une après-midi de Juin,
Et des repas de malades s’étendaient à tous les horizons !

Mon âme !
Et la tristesse de tout cela, mon âme! et la tristesse de tout cela!

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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