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Posts Tagged ‘châtier’

LA PAYSANNE (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
LA PAYSANNE

Âpre, cette femme dit n’aimer personne, mais ce n’est pas vrai.
Elle est dure,
Se défend pied à pied.
Elle mourra dans cette lumière, adossée au néant.
Humilié de sa défaite
Son corps voudrait gémir. Elle le châtie,
Et tient, au creux de la poitrine, une fleur crispée
Sans savoir qu’elle est son offrande.

(Jean Malrieu)

 

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Comme il est exact, le désespoir (Christine Lavant)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Illustration
    
Comme il est exact, le désespoir !
A la même heure jour après jour
il apparaît sans ruse aucune
et me châtie d’un coup.

Des étincelles volent autour de moi,
mon cœur appelle tous les anges,
mais le ciel est une mer
et Jésus dérive dans une barque
très loin à l’autre bout du monde,
où sont tous ceux qui aident,
et mon dernier espoir aboie
sur le rivage, à contre-vent.

Je sens alors que personne ne m’entend,
je ramasse en silence les étincelles,
mon cœur – qui me conjure en crépitant –
lentement se transforme en une pierre à feu.

***

Wie pünktlich die Verzweiflung ist!
Zur selben Stunde Tag für Tag
erscheint sie ohne jede List
und züchtigt mich mit einem Schlag.

Dann stieben Funken um mich her,
mein Herz ruft alle Engel an,
der Himmel aber ist ein Meer
und Jesu treibt in einem Kahn
sehr weit am andern Rand der Welt,
dort, wo die Helfer alle sind,
und meine letzte Hoffnung bellt
am Ufer durch den Gegenwind.

Ich spür dann, daß mich niemand hört,
und sammle still die Funken ein,
mein Herz – das knisternd mich beschwört –
wird nach und nach zum Feuerstein.

(Christine Lavant)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Recueil: Les Etoiles de la faim
Traduction: Christine et Nils Gascuel
Editions: La Différence

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LE LOUP ET L’AGNEAU (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017


 


 

LE LOUP ET L’AGNEAU

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
– Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge. »
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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J’aime l’araignée et j’aime l’ortie (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2016



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J’aime l’araignée et j’aime l’ortie

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens;

Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre;
O sort! Fatals noeuds!
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit.

Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh! Plaignez le mal!
Il n’est rien qui n’ai sa mélancolie;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La mauvaise bête et la mauvaise herbe
murmurent: Amour!

(Victor Hugo)

 Illustration

 

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J’aime l’araignée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



J’aime l’araignée

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;

Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;
Ô sort ! fatals noeuds !
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit…

Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !

(Victor Hugo)

Illustration

 

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Eh quoi! Peut-être aussi c’était mon naturel (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



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Eh quoi! Peut-être aussi c’était mon naturel

Eh quoi! Peut-être aussi c’était mon naturel:
Je fus doux, étant dur, et rieur, étant sombre;
Je voulus faire un dieu de tout ce temporel,
Et je traîne après moi des fantômes sans nombre.

L’homme mortel succombe et le sort est vainqueur.
Apollon, dieu cruel, ennemi de ta race,
Si tu m’as fait saigner tout le sang de mon coeur,
Ce que tu châtiais, c’était ta propre audace.

(Jean Moréas)

Illustration: Jusepe de Ribera

 

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