Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘châtré’

Aux modernes (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



argent 

Aux modernes

Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,
Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,
Châtrés dès le berceau par le siècle assassin
De toute passion vigoureuse et profonde.

Votre cervelle est vide autant que votre sein,
Et vous avez souillé ce misérable monde
D’un sang si corrompu, d’un souffle si malsain,
Que la mort germe seule en cette boue immonde.

Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin
Où, sur un grand tas d’or vautrés dans quelque coin,
Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches,

Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,
Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.

(Charles Leconte de Lisle)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ballade des dames du temps jadis (François Villon)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018




Ballade des dames du temps jadis

Dites-moi où, n’en quel pays
Est Flora la belle Romaine,
Archipiadès ni Thaïs
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine…
Mais où sont les neiges d’antan ?

Où est la très sage Héloïs
Pour qui châtré fut et puis moine
Pierre Abélard à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

La reine Blanche comme lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au plat pied, Biétrix, Alix,
Aremburgis qui tint le Maine
Et Jehanne la bonne Lorraine
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ?
Où sont-ils, où, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Prince, n’enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu’à ce refrain ne vous ramène :
Mais où sont les neiges d’antan ?

***

Dictes moy où, n’en quel pays,
Est Flora, la belle Romaine ;
Archipiada, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Echo, parlant quand bruyt on maine
Dessus rivière ou sus estan,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
Mais où sont les neiges d’antan !

Où est la très sage Heloïs,
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierre Esbaillart à Sainct-Denys ?
Pour son amour eut cest essoyne.
Semblablement, où est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust jetté en ung sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan !

La royne Blanche comme ung lys,
Qui chantoit à voix de sereine ;
Berthe au grand pied, Bietris, Allys ;
Harembourges, qui tint le Mayne,
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Qu’Anglois bruslèrent à Rouen ;
Où sont-ilz, Vierge souveraine ?…
Mais où sont les neiges d’antan !

Prince, n’enquerrez de sepmaine
Où elles sont, ne de cest an,
Qu’à ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d’anten ?

(François Villon)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :