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Poésie

Posts Tagged ‘chauffer’

L’Arlequin décontenancé (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019



Illustration
    
L’Arlequin décontenancé

Je me demande un peu ce qui m’arrive
il a dû y avoir quelque erreur de ma part
gaffe impair inadvertance faux pas
balourdise faute bêtise imprudence
encore une fois je n’apprendrai donc jamais

C’est que ça chauffe bouge grille gratte
grogne grouille tremble grince remue
bruisse murmure marmonne frissonne
craque gronde grignote s’agite gargouille
et de plus en plus

Si seulement je pouvais me souvenir
de la personne qui me l’a remis
si c’est bien quelqu’un qui me l’a remis
ou de celle à qui je dois le remettre
s’il est encore possible de le remettre à quelqu’un

Sinon je ne sais vraiment pas ce que je vais faire
c’est que j’ai de plus en plus l’impression
que cela fait partie de mon propre corps
et j’ai l’impression que l’on me regarde
de plus en plus

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Ni mains ni joues (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019




Oh, dois-tu prendre mon âme, entremêlée à ton âme?
Le rouge teinte la joue, chauffe la main; la part est dans le tout
Ni mains ni joues ne s’écartent quand l’âme est jointe à l’âme.

(Elizabeth Browning)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

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Poème du chat (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019


Poème du chat

Quand on est chat on n’est pas vache
on ne regarde pas passer les trains
en mâchant les pâquerettes avec entrain
on reste derrière ses moustaches
(quand on est chat, on est chat)

Quand on est chat on n’est pas chien
On ne lèche pas les vilains moches
parce qu’ils ont du sucre plein les poches
on ne brûle pas d’amour pour son prochain
(quand on est chat, on n’est pas chien)

On passe l’hiver sur le radiateur
à se chauffer doucement la fourrure

Au printemps on monte sur les toits
pour faire taire les sales oiseaux

On est celui qui s’en va tout seul
et pour qui tous les chemins se valent
(quand on est chat, on est chat)

(Jacques Roubaud)

 

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Ils étaient jeunes ils étaient beaux (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




    
Ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de bleu vêtus
Ils sont partis
fleur au fusil

Il verrait bien de quel bois
on se chauffe
l’ennemi
On le repousserait chez lui
Et puis
on rentrerait chez soi
C’était l’affaire de quelques mois

Dans les tranchées d’en face
ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de gris vêtus
Un peu plus blonds peut-être

D’un côté comme de l’autre
tous avaient laissé
leur mère, leur sœur, leur fiancée
leur femme, leurs enfants
et les enfants à naître

Ils leur avaient bourré la tête
les bons apôtres :
ils se battraient pour la Nation

Mais ils n’étaient rien que les pions
d’un échiquier géant
dont les joueurs étaient seuls maîtres

Chair à canon
ils ont été déchiquetés
les bruns, les blonds
les bleus, les gris
Leur sang était le même

Dans leur âme et dans leur corps
à tout jamais meurtris
tous ceux qui ne sont pas tombés
au champ d’horreur
en criant : « Maman ! »

Il y a toujours une guerre quelque part
Quand comprendrons-nous ?
Quand comprendrons-nous ?

(Béatrice Bastiani-Helbig)

 

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POUR UN ART POÉTIQUE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration
    
POUR UN ART POÉTIQUE

Prenez un mot prenez-en deux
faites-les cuir’ comme des oeufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d’innocence
faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et puis mettez les voiles

où voulez-vous en venir ?
À écrire
Vraiment ? à écrire ? ?

(Raymond Queneau)

 

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Chanson subsidiaire (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Chanson subsidiaire

Le train m’entraîne. Je viens te rejoindre.
Dès aujourd’hui, qui sait, je peux t’atteindre…
Alors le feu de mon front s’éteindra.
Mais, tout bas, peut-être, tu me diras:

«Va donc prendre un bain; j’ai ouvert l’eau tiède,
Pour te sécher voilà une serviette.
Si tu as faim, la viande est à chauffer.
Ton lit est toujours où je suis couchée.»

(Attila Jozsef)


Illustration

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Où es-tu ? (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration    
    
Où es-tu ? où es-tu, maison du père
qui te chauffais l’échine sous le tertre ?
Et toi, ma fleurette bleue, si bleue
et le sable non foulé…
où es-tu, où es-tu, maison du père ?

Un coq chante sur l’autre rive.
Le berger paît son troupeau.
Trois lointaines étoiles
se sont allumées dans l’eau.
Un coq chante sur l’autre rive.

Le temps, ce moulin à une aile,
derrière le bourg fait descendre
la lune-balancier qui arrose le seigle
de l’invisible pluie des heures.
Le temps, ce moulin à une aile.

Cette petite pluie et sa volée de flèches
a lancé en toupie ma maison dans les nues,
elle a fauché la fleurette bleue
et piétiné le sable d’or.
Cette petite pluie et sa volée de flèches.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Le jeune mari (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018




    
Le jeune mari

assis sous ce tilleul
des milliers de fois
j’ai contemplé le val
et ma chère enfant
la nuit venait les étoiles
surplombaient son toit
une à une les lumières
s’éteignaient dans la campagne

et je suis assis à l’ombre
aujourd’hui près d’elle
elle berce un garçonnet
le val brille et chauffe
à peine une brise
passe dans les blés
le tilleul murmure
mon rêve est intact

***

Der junge Ehemann

Hier unter dieser Linde
Saß ich vieltausendmal
Und schaut nach meinem Kinde
Hinunter in das Tal,
Bis dag die Sterne standen
Hell über ihrem Haus,
Und weit in den stillen Landen
Alle Lichter löschten aus.

Jetzt neben meinem Liebchen
Sitz ich im Schatten kühl,
Sie wiegt ein muntres Bübchen,
Die Täler schimmern schwül,
Und unten im leisen Winde
Regt sich das Kornfeld kaum,
Und über uns säuselt die Linde —
Es ist mir noch wie im Traum.

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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L’extrême sensibilité (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2018




    
L’extrême sensibilité est la clé qui ouvre
toutes les portes mais elle est chauffée à blanc
et brûle la main qui la saisit.

(Christian Bobin)

 

Recueil: La grande vie
Traduction:
Editions: Folio

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Grand-Père Michu (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018



Illustration: Dianne Dengel
    
Grand-Père Michu

1
Dans ma maison je fais un somme
Je dors content comme un brave homme.

Refrain
Dans ta maison, que fais-tu ?
Grand-Père Michu, Grand-Père Michu
Que fais-tu, que fais-tu?
Dans ta maison, auprès du pont ?
Grand-Père Michu, Grand-Père Michu.

2
Dans ma maison quand midi sonne
On y mange un bifteck aux pommes.

3
Dans ma maison quand le soir tombe
On y rôtit une colombe.

4
Dans ma maison qu’il fait bon vivre
Entre mon feu et mes beaux livres.

5
Dans ma maison on y travaille
Le coeur joyeux loin des batailles.

6
Dans ma maison les chansons naissent
Pour que l’enfant dorme et s’apaise.

7
Dans ma maison le chat ronronne
Le chien aboie et l’heure sonne.

8
Dans ma maison moi et ma femme
L’amour nous chauffe avec sa flamme.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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