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Poésie

Posts Tagged ‘chauffer’

SANS NUIRE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



JE suis servante dans la rue
je ne sais rien Mes seins
se serrent Oh ! qu’on empoigne
Tous ceux-là sans chevalerie

Mes yeux fermés C’est un trésor
Sans le tenir que je soupèse
Doux comme un soleil qui me chauffe
Au mur très bon où je m’endors

Mes épaules à la fenêtre
Pour accourir pour échapper
Les trains les camps les gares
Pour attendre je revenais

Ma chambre ô mon pauvre savon
Et ma valise de carton
J’ai seulement rêvé dans la ville de pierre
D’un bain qui me caresse et me serre
Plus profond et plus long que la mer

(Pierre Morhange)


Illustration: Amedeo Modigliani

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La pierre et la jeune fille (Michael Edwards)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



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Tu danses, et la frise immobile
Tremble du souvenir. Des jeunes filles avancent
Et lèvent les épaules au soleil du matin,
Tourbillons de jupes dans des parfums de pomme.
Les mains des yeux sentent le froid
Du marbre se chauffer dans les plis,
Touchent les cheveux tressés, effleurent
La joue solennelle prête pour l’amour.

***

Stone and Girl

You dance, and the immobile frieze
Trembles with memory. Stepping girls
Lift their shoulders to the morning sun,
Turning their skirts in the apple wind.
The hands of the eye feel the cold
Marble warming in the draperies,
And touch the braided hair, and brush
The solemn cheek ready for love.

(Michael Edwards)

Illustration: Miki de Goodaboom

 

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Rondeau de la tortue (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2020




    
Rondeau de la tortue

Petit à petit la tortue
A fait le tour de son jardin
Elle a grignoté sa laitue
Et cueilli un bouquet de thym
Vraiment ce fut un beau matin
Le soleil chauffe de ses mains
Nues les verdures ingénues
Petit à petit

Le nez de la tortue remue
Il fera chaud on le sent bien
Elle tend le cou et revient
Lentement à l’ombre des rues
Petit à petit

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Arlequin décontenancé (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019



Illustration
    
L’Arlequin décontenancé

Je me demande un peu ce qui m’arrive
il a dû y avoir quelque erreur de ma part
gaffe impair inadvertance faux pas
balourdise faute bêtise imprudence
encore une fois je n’apprendrai donc jamais

C’est que ça chauffe bouge grille gratte
grogne grouille tremble grince remue
bruisse murmure marmonne frissonne
craque gronde grignote s’agite gargouille
et de plus en plus

Si seulement je pouvais me souvenir
de la personne qui me l’a remis
si c’est bien quelqu’un qui me l’a remis
ou de celle à qui je dois le remettre
s’il est encore possible de le remettre à quelqu’un

Sinon je ne sais vraiment pas ce que je vais faire
c’est que j’ai de plus en plus l’impression
que cela fait partie de mon propre corps
et j’ai l’impression que l’on me regarde
de plus en plus

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Ni mains ni joues (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019




Oh, dois-tu prendre mon âme, entremêlée à ton âme?
Le rouge teinte la joue, chauffe la main; la part est dans le tout
Ni mains ni joues ne s’écartent quand l’âme est jointe à l’âme.

(Elizabeth Browning)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

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Poème du chat (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019


Poème du chat

Quand on est chat on n’est pas vache
on ne regarde pas passer les trains
en mâchant les pâquerettes avec entrain
on reste derrière ses moustaches
(quand on est chat, on est chat)

Quand on est chat on n’est pas chien
On ne lèche pas les vilains moches
parce qu’ils ont du sucre plein les poches
on ne brûle pas d’amour pour son prochain
(quand on est chat, on n’est pas chien)

On passe l’hiver sur le radiateur
à se chauffer doucement la fourrure

Au printemps on monte sur les toits
pour faire taire les sales oiseaux

On est celui qui s’en va tout seul
et pour qui tous les chemins se valent
(quand on est chat, on est chat)

(Jacques Roubaud)

 

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Ils étaient jeunes ils étaient beaux (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




    
Ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de bleu vêtus
Ils sont partis
fleur au fusil

Il verrait bien de quel bois
on se chauffe
l’ennemi
On le repousserait chez lui
Et puis
on rentrerait chez soi
C’était l’affaire de quelques mois

Dans les tranchées d’en face
ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de gris vêtus
Un peu plus blonds peut-être

D’un côté comme de l’autre
tous avaient laissé
leur mère, leur sœur, leur fiancée
leur femme, leurs enfants
et les enfants à naître

Ils leur avaient bourré la tête
les bons apôtres :
ils se battraient pour la Nation

Mais ils n’étaient rien que les pions
d’un échiquier géant
dont les joueurs étaient seuls maîtres

Chair à canon
ils ont été déchiquetés
les bruns, les blonds
les bleus, les gris
Leur sang était le même

Dans leur âme et dans leur corps
à tout jamais meurtris
tous ceux qui ne sont pas tombés
au champ d’horreur
en criant : « Maman ! »

Il y a toujours une guerre quelque part
Quand comprendrons-nous ?
Quand comprendrons-nous ?

(Béatrice Bastiani-Helbig)

 

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POUR UN ART POÉTIQUE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



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POUR UN ART POÉTIQUE

Prenez un mot prenez-en deux
faites-les cuir’ comme des oeufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d’innocence
faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et puis mettez les voiles

où voulez-vous en venir ?
À écrire
Vraiment ? à écrire ? ?

(Raymond Queneau)

 

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Chanson subsidiaire (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Chanson subsidiaire

Le train m’entraîne. Je viens te rejoindre.
Dès aujourd’hui, qui sait, je peux t’atteindre…
Alors le feu de mon front s’éteindra.
Mais, tout bas, peut-être, tu me diras:

«Va donc prendre un bain; j’ai ouvert l’eau tiède,
Pour te sécher voilà une serviette.
Si tu as faim, la viande est à chauffer.
Ton lit est toujours où je suis couchée.»

(Attila Jozsef)


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Où es-tu ? (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



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Où es-tu ? où es-tu, maison du père
qui te chauffais l’échine sous le tertre ?
Et toi, ma fleurette bleue, si bleue
et le sable non foulé…
où es-tu, où es-tu, maison du père ?

Un coq chante sur l’autre rive.
Le berger paît son troupeau.
Trois lointaines étoiles
se sont allumées dans l’eau.
Un coq chante sur l’autre rive.

Le temps, ce moulin à une aile,
derrière le bourg fait descendre
la lune-balancier qui arrose le seigle
de l’invisible pluie des heures.
Le temps, ce moulin à une aile.

Cette petite pluie et sa volée de flèches
a lancé en toupie ma maison dans les nues,
elle a fauché la fleurette bleue
et piétiné le sable d’or.
Cette petite pluie et sa volée de flèches.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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