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Poésie

Posts Tagged ‘chaux’

C’était ma douleur (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018




    
C’était ma douleur blanchie à la chaux.
Tu patientes, étendue sur les feuilles recueillies.
Il faut pouvoir ressembler au vent.
Tu voles. Tu chantes.
Je t’aime pour chaque branche,

C’était un sourire sur nos doigts fiévreux.
Une étrange silhouette détachée du soir :
Elle découvrait, pour nous, le monde.
Mais seule tu voyais.

Je te crois, je t’influence, je t’obéis.
Un mur nous réunit:
Jamais tu n’as le même visage.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

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POÈME POUR NABIHA (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

Akzhan Abdalieva  7

POÈME POUR NABIHA

Je rentrerai de voyages
Et te trouverai endormie.
Le raffût des meubles se sera tu,
Les bêtes en douceur se seront éclipsées
Et tous les tambours de la maison
Seront devenus peaux vivantes mais discrètes.

J’arrive toujours dans la suspension juste des pulsations,
Quand la chaux, l’argile et leur blancheur ont tout réoccupé.

J’arrive
Et je vois peu à peu l’émersion :
Toi d’abord qui orchestres couleurs et mouvements,
Redonnes leur tapage aux bestioles,
Diriges des vols périlleux.
Puis les objets,
Fiers de leur prouesses,
Déclenchent l’élan des manèges.

Tu chercheras les chiens acrobates du rêve
Entre les draps étonnés,
Tu secoueras un à un les poudroiements de la lumière
Et la vie se réinstallera.

Tu te réveilles
Et la maison devient un carnaval

(Tahar Djaout)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Akzhan Abdalieva

 

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La cellule de moi-même (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018



LA CELLULE DE MOI-MÊME emplie d’étonnement
La muraille peinte à la chaux de mon secret
J’ouvre la porte avec ma main vide
Un peu de sang blessé dans la paume

(Pierre Jean Jouve)


Illustration: Vladimir Kush

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PASSAGE DE LA SÉGUIDILLE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2018




    
PASSAGE DE LA SÉGUIDILLE

Parmi des papillons noirs,
va une fille brune
à côté d’un blanc serpent
de brouillard.

Terre de lumière,
ciel de terre.

Elle est enchaînée au frémissement
d’un rythme qui jamais n’arrive;
elle a un coeur d’argent
et un poignard dans la main droite.

Où vas-tu, séguidille,
avec un rythme sans tête?
Quelle lune recueillera
ta douleur de chaux et de laurier-rose?

Terre de lumière,
ciel de terre.

(Federico Garcia Lorca)

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Je n’ai pas oublié (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Je n’ai pas oublié cette maison d’école
Où je naquis en février dix-neuf cent vingt
Les vieux murs à la chaux ni l’odeur du pétrole
Dans la classe étouffée par le poids du jardin

(René Guy Cadou)

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L’Enfant Nouveau (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



L’Enfant Nouveau qui habite où je vis
Me tend une main à moi
Et l’autre à tout ce qui existe
Et ainsi nous allons tous trois
par le chemin qui se présente.
Sautant et chantant et riant
Et savourant notre secret commun
Qui est que nous savons en tout lieu
Qu’il n’y a pas de mystère en ce monde
Et que tout vaut la peine.

L’Enfant Eternel m’accompagne toujours.
La direction de mon regard c’est son doigt qui désigne.
Mon ouïe joyeusement attentive à tous les bruits
Ce sont les chatouilles qu’il me fait,
pour jouer, dans mes oreilles.

Nous nous entendons si bien l’un l’autre
Dans la compagnie de toute chose
Que nous ne pensons jamais l’un à l’autre,
Mais nous vivons ensemble et deux
Selon un accord intime
Telles la main droite et la gauche.

A la tombée de la nuit nous jouons aux osselets
Sur le seuil de la porte d’entrée.
Graves comme il sied à un dieu et à un poète,
Et comme si chaque osselet
Etait tout un univers
Et que pour cela ce soit un grand danger pour lui
Que de le laissser tomber par terre.

Après quoi je lui raconte des histoires
des choses purement humaines,
Et lui il en sourit, parce que tout est incroyable.
Il rit des rois et de ceux qui ne sont pas rois,
Et il se désole d’entendre parler de guerres,
Des commerces, et des navires
Qui se font fumée dans l’air des hautes mers.
Parce qu’il sait que tout cela manque à la vérité
Qu’une fleur détient quand elle fleurit
Et qui avec la lumière du soleil vient
Modifier montagnes et vallées
Et pousser les murs blanchis à la chaux
à faire mal aux yeux.

Après quoi il s’endort et je le couche.
Je le prends dans mes bras jusque dans la maison
Et je le couche, en le déshabillant lentement
Et comme en suivant un rituel très limpide
Et tout maternel jusqu’à ce qu’il soit nu.

Il dort au-dedans de mon âme
Et parfois il se réveille la nuit
Et joue avec mes rêves.
Il met les uns cul par-dessus tête,
Entasse les autres les uns sur les autres
Et bat des mains tout seul
En souriant à mon sommeil.

Quand je mourrai, fiston,
Que ce soit moi, l’enfant, le plus petit.
Et toi, prends-moi dans tes bras
Et emmène-moi au-dedans de chez toi.
Déshabille mon être humain et fatigué
Et couche-moi dans ton lit.
Et raconte-moi des histoires,
au cas où je me réveillerais,
Pour que je puisse me rendormir.
Et donne-moi des rêves à toi pour que j’en joue
Jusqu’à ce qu’en naisse certain jour
Dont toi sais bien ce qu’il est.

(Fernando Pessoa)

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Retouche au remords (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
retouche au remords

groupant ses dix mille ombres
l’âme à l’oeil noir s’adosse au mur de chaux

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie Retouches
Editions: Gallimard

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Assez! Nous voulons de la douceur à la pelle (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



« Assez! Nous voulons de la douceur à la pelle,
L’éloge du printemps, l’esthétique des roses,
Sur fond d’oiseaux, le portrait grandeur nature
D’une femme endiamantée qui se prélasse
Et lève un doigt gracile vers un ciel de velours.
Nous ne voulons ni chaux, ni sang, ni boue
Et surtout pas de cadavre qui nous ressemble! »

(Jean Joubert)

Illustration: Fanny Verne

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Ballade qui dit que nous ne disparaissons pas (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2017



Ballade qui dit que nous ne disparaissons pas

Ceux qui prirent la mer à l’aube
mais qui jamais ne reviendront
laissèrent une trace sur la vague —

au fond tombe alors un coquillage
beau comme lèvres pétrifiées

ceux qui suivirent la route sablonneuse
mais sans atteindre les persiennes
bien qu’on vît déjà les toits —

un tourbillon d’air leur est abri

ceux qui ne rendront orphelins
qu’une chambre glaciale quelques livres
un encrier vide une page blanche —

en vérité ils ne sont pas morts tout entiers

ils chuchotent dans les taillis de la tapisserie
une tête plate loge dans le plafond

d’air d’eau de chaux de terre
est fait leur paradis l’ange du vent
effacera leur corps entre ses paumes
ils se disperseront
par les prairies de ce monde

(Zbigniew Herbert)

Illustration

 

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Le café (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



Le café

L’on s’aperçoit soudain qu’il n’y a rien dans le verre,
que l’on porte l’abîme à ses lèvres.
Les guéridons de marbre s’évaporent comme neige au soleil.
Seuls les miroirs se mettent en frais face aux miroirs, ils sont les seuls à croire à l’infini.
Voici l’heure où il convient, sans attendre le saut meurtrier de l’araignée, de partir.
La nuit on peut revenir pour observer à travers la grille le terrible sabbat des objets.
Les tables et les chaises tuées avec bestialité sont sur le dos les pieds dressés vers un ciel de chaux.

(Zbigniew Herbert)

Illustration

 

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