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Poésie

Posts Tagged ‘chemin’

Terreur du Mensonge (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Billy Devorss
    
Terreur du Mensonge

Oui, j’endure aujourd’hui le pire des tourments,
Tu m’as menti… Tu m’as trompée… Et tu me mens !…

Mensonge caressant qui glisse de ta bouche !
O serment que l’on croit, ô parole qui touche !

O multiples douleurs qui s’abattent sur vous
Ainsi qu’un petit vent pluvieusement doux !…

Comme un lilas ne peut devenir asphodèle,
Jamais tu ne seras ni franche ni fidèle.

Tu seras celle-là qui se dérobe et fuit
Plus sinueusement qu’un démon dans la nuit.

O toi que j’aime encor ! L’horreur de ton mensonge
Est dans mon coeur amer… Il me mord, il me ronge…

Je suis lasse d’avoir suivi les noirs chemins…
Col frêle qu’on voudrait prendre entre ses deux mains !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Détrônée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Béatrice Bissara
    
Détrônée

La Reine détrônée est triste en son palais…
Où sont les chants légers, les parfums et les voiles
Et les manteaux brodés de roses et d’étoiles ?
Où sont les harpes d’or et les fleurs et les lais ?

La Reine détrônée en la salle du trône
Est très triste… Elle sait que, dès le lendemain,
L’Ordre s’accomplira… Nulle loyale main
N’assistera l’exil faible et lent d’une aumône ?

Elle a pris le chemin qui mène vers l’oubli.
Et le manteau royal, la sainte bandelette
Ne l’entoureront plus de splendeur violette.
L’or roux ne ceindra plus ce front triste et pâli…

Il ne demeure plus de la grandeur sereine
D’autrefois, de la vie emplissant les palais
De pierre inaltérable, et des fleurs et des lais,
Que cette majesté dernière : Je fus reine !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Dura Lex, Sed Lex (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Dura Lex, Sed Lex

L’Univers m’apparaît comme un songe mauvais…
Qui me dira sur quel chemin obscur je vais ?

Qui me dira pourquoi mon coeur trop lourd se brise
Devant la froide horreur de la Chose Incomprise ?

Je n’ai plus dans les yeux l’arc-en-ciel de l’Espoir.
Qui me dira pourquoi je tremble vers le soir ?

En écoutant gémir la terre infortunée
Je sens trop, vers le soir, cette horreur d’être née.

Je le sais… Dure loi peut-être. C’est la loi.
Mais Toi, dans tout ce rêve abominable ? Et Moi ?

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Pèlerinage (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Egon Schiele
    
Pèlerinage

Il me semble n’avoir plus de sexe ni d’âge,
Tant les chagrins me sont brusquement survenus.
Les Temps se sont tissés… Et me voici pieds nus,
Achevant le terrible et long pèlerinage…

Je sais que l’aube d’or ne sait que décevoir,
Que la jeunesse a tort de suivre les chimères,
Que les yeux ont trompé… Mes lèvres sont amères…
Ah ! que la route est longue et que lointain le soir !

Et la procession lente et triste défile
De ces implorateurs que lasse le chemin.
Parfois on me relève, une me tend la main,
Et tous nous implorons le Divin Soir tranquille !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Départ trouble (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017




    
Départ trouble

Des arbres déchus de leurs gloires
S’exhalent les regrets tardifs,
Et les roses rouges et noires
Dardent leurs parfums sous les ifs.

Voici l’heure des adieux mornes,
O mon Désir ! O mon Souci !
Je vais par les chemins sans bornes,
Car les lys se meurent ici.

Tes seins livrent à l’air nocturne
Leurs dangereuses floraisons :
Accorde à mon voeu taciturne
Tes mains qui filtrent les poisons.

Les oiseaux que le jour accable
Prennent leur ténébreux essor,
Et tes longs pieds creux sur le sable
Ont laissé leur empreinte d’or.

La luciole tremble et brûle
Moins que ton incertain regard…
J’entends au fond du crépuscule
Le divin sanglot du départ.

(Paule Riversdale)

 

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Le chemin le plus court d’un point à un autre (Pierre Dac)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



 

Le chemin le plus court d’un point à un autre est la ligne droite,
à condition que les deux points soient bien en face l’un de l’autre.

(Pierre Dac)

Illustration: Philippe Petit Funambule

 

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DÉDICACE (Albert Boissière)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



DÉDICACE

Je t’apportais des fleurs, des roses, de la vie ;
Comme en rêvant, je semais, au long des chemins,
Des fleurs, des roses, de la vie, à pleines mains,
Et je trouvais insignifiante la Vie…
Sous mes doigts prestigieux, et d’un geste allier,
J’effeuillais mon cœur las, au détour du sentier.

Les hypocrites trouvaient ma constance vaine
Et j’épuisais le sang anème de mes veines
A paraître celui que je n’étais pas,
A semer toutes mes roses sous tous les pas.

Mais je t’ai rencontrée, un soir de lilas tendre,
Et j’ai rassemblé sur ma poitrine la gerbe
Eparse des fleurs, des roses et de l’herbe
Mauvaise qu’est la vie, odeur de lilas tendre !

Et, pour complaire à ton subtil enchantement,
O ma très belle, ô ma très bonne au Bois Charmant,
Par le parc idéal où pleurent les fontaines,
En l’égrènement doux de musiques lointaines,
— Loin de les effeuiller, au détour du sentier,
J’ai rangé les fleurs de mon cœur en ton herbier.

(Albert Boissière)

Illustration: Marc Chagall

 

 

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DEVANT LA COUR DESERTE (Fang Yanyi)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



estampe [800x600]

DEVANT LA COUR DESERTE

Combien profonde est la cour
Cachée derrière les saules légers
Voilée par un épais rideau de bambou
Je serre la bride de ma monture
Où est le chemin qui me mène
A mon rendez-vous amoureux dans haut pavillon?

A la fin du troisième mois
La tempête devient forte
La porte empêche la nuit de pénétrer à l’intérieur
Pourtant elle ne retient pas le pas du printemps
Je pleure devant les fleurs qui restent muettes
Elles s’envolent au-delà de la balançoire

(Fang Yanyi)

 Illustration: Han Gan

 

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La pluie chante en nous (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
La pluie chante en nous son retour éternel,
En nous la terre oublieuse retrace son chemin.

Senteur des collines en fête,
Murmure des pêchers en fleur,
Sourire des auvents en larmes,
Tout feu pris toute fumée bue,
Toute chair au sang délivré,
Et tout mot soudain souvenu.

Dans le coeur désert, nous reprenons goutte à goutte
La source que nous avions cédée aux saisons.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Ô CHAMPS plein de silence (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (54) [1280x768]

 

Ô CHAMPS plein de silence,
Où mon heureuse enfance
Avait des jours encor
Tout filés d’or!

Ô ma vieille Font-Georges,
Vers qui les rouges-gorges
Et le doux rossignol
Prenaient leur vol!

Maison blanche où la vigne
Tordait en longue ligne
Son feuillage qui boit
Les pleurs du toit!

Ô claire source froide,
Qu’ombrageait, vieux et roide,
Un noyer vigoureux
A moitié creux!

Sources! fraîches fontaines!
Qui, douces à mes peines
Frémissiez autrefois
Rien qu’à ma voix!

Bassin où les laveuses
Chantaient insoucieuses
En battant sur leur banc
Le linge blanc!

Ô sorbier centenaire,
Dont trois coups de tonnerre
Avaient laissé tout nu
Le front chenu!

Tonnelles et coudrettes,
Verdoyantes retraites
De peupliers mouvants
A tous les vents!

Ô vignes purpurines,
Dont, le long des collines,
Les ceps accumulés
Ployaient gonflés;

Où, l’automne venue,
La vendange mi-nue
A l’entour du pressoir
Dansait le soir!

Ô buissons d’églantines,
Jetant dans les ravines,
Comme un chêne le gland,
Leur fruit sanglant!

Murmurante oseraie,
Où le ramier s’effraie,
Saule au feuillage bleu,
Lointains en feu!

Rameaux lourds de cerises!
Moissonneuses surprises
A mi-jambe dans l’eau
Du clair ruisseau!

Antres, chemins, fontaines,
Âcres parfums et plaines,
Ombrages et rochers
Souvent cherchés!

Ruisseaux! forêts! silence!
Ô mes amours d’enfance!
Mon âme, sans témoins,
Vous aime moins

Que ce jardin morose
Sans verdure et sans rose
Et ces sombres massifs
D’antiques ifs,

Et ce chemin de sable,
Où j’eus l’heur ineffable,
Pour la première fois,
D’ouï sa voix!

Où rêveuse, l’amie
Doucement obéie,
S’appuyant à mon bras,
Parlait tout bas,

Pensive et recueillie,
Et d’une fleur cueillie
Brisant le cœur discret
D’un doigt distrait,

A l’heure où les étoiles
Frissonnant sous leurs voiles
Brodent le ciel changeant
De fleurs d’argent.

(Théodore de Banville)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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