Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘chemin’

En avril (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017




    
En avril

En avril sous les bourgeons roux,
Voici le bouvreuil aux cris doux,
Voici le merle et la mésange,
Que nul vent glacé ne dérange,
Pépiant au soleil nouveau,
Pendant que d’argent clair se frange
La berge noire des ruisseaux.

Voici le vert cendré des pousses;
Étalant de bleuâtres housses,
La mousse où fleurissent dorés,
Caressés du ciel azuré
Les coucous, où les anémones
Ouvrent leurs pétales nacrés
À l’abri vaporeux des aulnes.

Voici la flûte verte et glauque
Des grives et la plainte rauque
Des crapauds en amour montant,
Des vases molles de l’étang
Et qui, bourdonnante, dévide
Son rythme par les joncs humides
Que chauffe un soleil éclatant.

Voici les trembleuses fougères
Déroulant leurs crosses légères
Et les longs iris flexueux
Qu’agite le vol anguleux
Et fantasque des demoiselles
Effleurant leurs calices bleus
Du bout transparent de leurs ailes.

Ah! Viens, mon amour, je le veux,
Viens, dans la nuit des chemins creux
Parmi les fleurs en avalanches,
Mon coeur est un nid sous les branches;
Viens, comme un doux oiseau lassé,
Dans le nid tiède reposer
A l’ombre des épines blanches.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le café (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



Le café c’est un nuage à l’ombre plein de voix
Où le passant se glisse entre l’odeur et le froid
Contre la glace éteinte les têtes se retournent
La nuit suit son chemin
Mais quelqu’un s’en détache et entre
Toutes les têtes se retournent pour deviner le nom
approximatif de ce nouveau visage

(Pierre Reverdy)

Illustration: Paul Gauguin

 

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A l’ombre des alisiers… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration
    
A l’ombre des alisiers…

A l’ombre des alisiers,
J’écoute la mouille lascive
Et son cantique à la dérive
Si tendrement psalmodié.

Je l’écoute à travers la vase
Le sanglotement jamais las,
Plaintes que vous eûtes, suaves
Livres que l’amour assembla.

J’aime l’odeur des herbes rousses,
Fourrure où s’enfoncent mes mains
Et que l’eau fuyante rebrousse
En se frayant de bleus chemins.

J’aime l’amertume qui rôde,
Forte et puissante comme un cri,
Des bois que l’automne corrode,
Appel que mes sens ont compris.

J’aime me coucher sur la terre
Comme sur un coeur oppressé;
Appuyer mon coeur solitaire
D’immenses désirs harassé;

Sentir mon corps ardent se fondre,
Métal dans un creuset dissous,
Nature, en ta langueur profonde,
Près de la mouille aux spasmes doux.

(Marie Dauguet)

 

 

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Avec mes sens, avec mon coeur … (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Félix Vallotton
    
Avec mes sens, avec mon coeur …

Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau,
Avec mon être entier tendu comme un flambeau
Vers ta bonté et vers ta charité
Sans cesse inassouvies,
Je t’aime et te louange et je te remercie
D’être venue, un jour, si simplement,
Par les chemins du dévouement,
Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie.

Depuis ce jour,
Je sais, oh ! quel amour
Candide et clair ainsi que la rosée
Tombe de toi sur mon âme tranquillisée.

Je me sens tien, par tous les liens brûlants
Qui rattachent à leur brasier les flammes ;
Toute ma chair, toute mon âme
Monte vers toi, d’un inlassable élan ;
Je ne cesse de longuement me souvenir
De ta ferveur profonde et de ton charme,
Si bien que, tout à coup, je sens mes yeux s’emplir,
Délicieusement, d’inoubliables larmes.

Et je m’en viens vers toi, heureux et recueilli,
Avec le désir fier d’être à jamais celui
Qui t’est et te sera la plus sûre des joies.
Toute notre tendresse autour de nous flamboie ;
Tout écho de mon être à ton appel répond ;
L’heure est unique et d’extase solennisée
Et mes doigts sont tremblants, rien qu’à frôler ton front,
Comme s’ils y touchaient l’aile de tes pensées.

(Emile Verhaeren)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

 

 

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La porte (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
La porte

Parmi les vains chemins de cendres et de sable
Et les fauves soleils à l’éclat meurtrier,
Nous avons marché vers toi, Porte redoutable,
Qui fermes l’horizon de tes battants d’acier.

Ton métal flamboyait, tel le glaive de l’ange;
Emportant en nos coeurs l’espoir comme un bleuet,
Nous allions fascinés par ta splendeur étrange
Dans la dure clarté qui nous exténuait

Et plus nous approchions, plus tu semblais géante,
Assujettie au roc, faite d’éternité,
Reflétant les couchants à ta face sanglante,
Incarnant du Destin l’impassibilité.

Aujourd’hui nous voici les doigts à tes ferrures
Et les pieds à ton seuil hérissé de chardons,
Essayant vainement nos clefs à tes serrures,
Attaquant du ciseau tes impeccables gonds;

Nous voici, suppliants que navre ton obstacle,
Sur la rouge colline au sol d’aridité,
Ebranlant ton silence, espérant le miracle
Que depuis sa naissance attend l’humanité.

Nos gestes sont dolents, nos poitrines creusées
Pour avoir trop heurté l’airain de ton vantail
Où la chair de nos mains saignantes s’est lassée
Au cours d’un inutile et décevant travail.

De lents éplorements, des pleurs, des bras en rêve
Des groupes sous la toge et d’autres sous le froc…
Un incessant effort vers toi qui se soulève,
S’effondre en t’abordant, porte scellée au roc…

Tandis que, dominant la foule, oiseau de proie
Guettant quel Prométhée en ses ongles saisir,
Parmi le ciel brûlant obscurément tournoie,
Tel l’antique vautour, l’immuable Dèsir!

(Marie Dauguet)

 

 

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ÉLÉGIE TROISIÈME (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
ÉLÉGIE TROISIÈME

Ce pays a la fraîcheur molle des bords des eaux.
Les chemins s’enfoncent obscurément, noirs de mousses,
vers des épaisseurs bleues pleines d’ombre d’amour.
Le ciel est trop petit sur des arbres trop hauts.
C’est ici que je viens promener ma tristesse,
chez des amis et que, lentement, au soleil,
le long des fleurs je m’adoucis et je me traîne.
Ils s’inquiètent de mon coeur et de sa peine,
et je ne sais pas trop ce qu’il faut leur répondre.

Peut-être, quand je serai mort, un enfant doux
se rappellera qu’il a vu passer dans l’allée
un jeune homme, en chapeau de soleil, qui fumait
sa pipe doucement dans un matin d’Été.

Et toi que j’ai quittée, tu ne m’auras pas vu,
tu ne m’auras pas vu ici, songeant à toi
et traînant mon ennui aussi grand que les bois…
Et d’ailleurs, toi non plus, tu ne comprendrais pas,
car je suis loin de toi et tu es loin de moi.
Je ne regrette pas ta bouche blanche et rose.
Mais alors, pourquoi est-ce que je souffre encore ?

Si tu le sais, amie, arrive et dis-le-moi.
Dis-moi pourquoi, pourquoi lorsque je suis souffrant,
il semble que les arbres comme moi soient malades ?
Est-ce qu’ils mourront aussi en même temps que moi ?
Est-ce que le ciel mourra ? Est-ce que tu mourras ?

(Francis Jammes)

 

Recueil: Le Deuil des primevères
Editions: Mercure de france

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IL FERA LONGTEMPS CLAIR CE SOIR (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
IL FERA LONGTEMPS CLAIR CE SOIR

Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent.
La rumeur du jour vif se disperse et s’enfuit,
Et les arbres, surpris de ne pas voir la nuit,
Demeurent éveillés dans le soir blanc, et songent…

Les marronniers, sur l’air plein d’or et de lourdeur,
Répandent leurs parfums et semblent les étendre ;
On n’ose pas marcher ni remuer l’air tendre
De peur de déranger le sommeil des odeurs.

De lointains roulements arrivent de la ville…
La poussière qu’un peu de brise soulevait,
Quittant l’arbre mouvant et las qu’elle revêt,
Redescend doucement sur les chemins tranquilles ;

Nous avons tous les jours l’habitude de voir
Cette route si simple et si souvent suivie,
Et pourtant quelque chose est changé dans la vie ;
Nous n’aurons plus jamais notre âme de ce soir…

(Anna de Noailles)

 

Recueil: Le Coeur innombrable
Editions: Grasset

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CHEMIN (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



 

neige canada

CHEMIN

Provende de neige.
Et nos yeux,
noyés
au lieu de nulle image, faisant entrer du blanc
dans une image
de foyer.

Etre au grand air.
Avancer, sans mémoire,
dans la connaissance de la neige.

La route étroite
vers le nord.

(Paul Auster)

Illustration

 

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Le plus court chemin (Malcolm de Chazal)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2017




    
Le plus court chemin
De nous-même
À nous-même
Est l’Univers.

(Malcolm de Chazal)

 

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Dors ! (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



 

Odd Nerdrum  Man in a Boat [1280x768]

Dors !

L’orage de tes jours a passé sur ma vie ;
J’ai plié sous ton sort, j’ai pleuré de tes pleurs ;
Où ton âme a monté mon âme l’a suivie ;
Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs.

Mais, que peut l’amitié ? l’amour prend toute une âme !
Je n’ai rien obtenu ; rien changé ; rien guéri :
L’onde ne verdit plus ce qu’a séché la flamme,
Et le coeur poignardé reste froid et meurtri.

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j’aime encore ;
J’écarte devant toi les ombres du chemin :
Comme un pâle reflet descendu de l’aurore,
Moi, j’éclaire tes yeux ; moi, j’échauffe ta main.

Le malade assoupi ne sent pas de la brise
L’haleine ravivante étancher ses sueurs ;
Mais un songe a fléchi la fièvre qui le brise ;
Dors ! ma vie est le songe où Dieu met ses lueurs.

Comme un ange accablé qui n’étend plus ses ailes,
Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,
Cache ton auréole aux vives étincelles :
Moi je suis l’humble lampe émue à ton côté.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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