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Poésie

Posts Tagged ‘chemin’

Le chemin du jardin (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Le chemin du jardin maritime s’assombrit,
La lumière jaune des réverbères fraîchit.
Je suis très calme. Seulement il ne faut pas
Me parler de lui.
Tu es gentil, fidèle, et nous serons amis…
Se promener, s’embrasser, vieillir…
Au-dessus de nous, les mois légers
Voleront comme étoiles de neige.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Emil Nolde

 

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Mon berceau, béni du Ciel (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Mon berceau, béni du Ciel,
Fut une ville sombre près d’une rivière menaçante,
La solennité de mon lit nuptial,
Au-dessus duquel tenaient des couronnes
Tes jeunes séraphins,
Fut une ville aimée d’un amour amer.

La tribune où j’ai prié,
Ce fut toi, sévère, calme, brumeuse.
Là mon fiancé m’est apparu;
Il m’a montré mon chemin lumineux,
Et ma Muse douloureuse
M’a menée comme une aveugle.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Nathan Altman

 

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Prie pour mon âme misérable (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Prie pour mon âme misérable,
Mon âme perdue, mon âme vivante,
Toi qui es toujours sûr de ton chemin,
Toi qui a vu la lumière dans la hutte.

Alors, triste et reconnaissante,
Je te dirai en échange comment
J’ai souffert de la nuit étouffante,
Respiré dans le froid du matin.

Dans cette vie, j’aurai vu peu de choses.
Je n’ai rien fait que chanter et attendre.
Je sais: je n’ai ni haï mon frère
Ni trahi ma soeur.

Pourquoi Dieu m’a-t-il punie,
Chaque jour, chaque heure?
Ou c’était un Ange qui me montrait
Une lumière pour nous invisible…

(Anna Akhmatova)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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Une aube de printemps m’a dit (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Une aube de printemps m’a dit :
Dans ton coeur sombre j’ai fleuri
il y a longtemps, ô vieux pèlerin
qui ne coupes pas les fleurs du chemin.

Ton coeur d’ombre garde-t-il par hasard
le vieil arôme de mes lys anciens?
Mes roses parfument-elles encor le front blanc
de la fée de ton rêve aux éclats de diamant?

J’ai répondu au matin :
Mes rêves ne sont que cristal.
Je ne connais pas la fée de mes songes
et j’ignore si mon coeur est fleuri.

Mais si tu attends le pur matin
qui brisera le vase cristallin,
la fée peut-être te donnera tes roses,
mon coeur tes lys.

(Antonio Machado)

Illustration: Malinowsky

 

 

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Dans un Chemin de Violettes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Dans un Chemin de Violettes

DANS l’air la merveilleuse odeur de violettes,
Nos doigts entrelacés et nos lèvres muettes.

Les rosiers roux ont la couleur de tes cheveux
Et nos coeurs sont pareils… Je veux ce que tu veux.

Tout le jardin autour de nous, ma bien-aimée,
Et la brise embaumant ta face parfumée.

Nulle n’a la splendeur de tes cheveux flottants
Ni le charme de ton sourire, ô mon Printemps !

De tout mon coeur avide et chantant je te loue.
Nulle n’a le contour précieux de ta joue,

Nulle n’a ce regard incertain qui me plaît,
Mêlé de gris aigu, de vert, de violet.

Dans l’énorme univers nulle ne te ressemble,
C’est pourquoi près de toi mon désir brûle et tremble.

Je le sais, ton regard n’a pas de loyauté
Et ta bouche a menti… Que j’aime ta beauté !

Règne sur moi toujours, préférée et suprême…
Que tes plus petits pas sont charmants… Que je t’aime !

(Renée Vivien)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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Ni le chemin qui se choisit (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
Ni le chemin qui se choisit
ni le chemin qui ne se choisit pas :
le chemin qui ne se choisit pas
ni non plus ne s’impose,
mais qui tombe sur soi
comme un orage pour toujours.

Car le chemin est en haut,
pas en bas.

En bas il y a l’ombre du chemin.

Nous allons par l’ombre du chemin
et de toutes les choses.

***

Ni el camino que se elige
ni el camino que no se elige:
el camino que no se elige
ni tampoco se impone,
sino que cae sobre uno
como una tormenta para siempre.

Porque el camino está arriba,
no abajo.

Abajo está la sombra del camino.

Andamos por la sombra del camino
y de todas las cosas.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’impossibilité de vivre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Illustration: Olivier de Sagazan 
    
L’impossibilité de vivre
se glisse en nous au début
comme un caillou dans la chaussure :
on le retire et on l’oublie.

Ensuite arrive une pierre plus grande
qui n’est plus déjà dans la chaussure :
le premier ou le dernier malentendu
se mêle à l’amour ou au doute.

Viennent après d’autres échecs :
la perte d’un mot,
la sauvage irruption d’une douleur,
une mort sur le chemin,
la chute d’une feuille sur notre solitude,
la vieillesse qui s’annonce
comme un soir écorché par la pluie.

Nous émergeons de tout
avec un tremblement qui dissout la confiance.
La lune pâlit,
nous commençons à nous méfier du soleil.

Et un jour quelconque,
dans la prairie ou le ciment,
dans la dissonance qui brise une chanson
ou une rotation inattendue au lit,
quelque chose nous blesse comme un fouet:
vivre c’est dévivre.
La promesse est rompue.

Qui a fait la promesse ?
Et qui peut la croire ?
Nous ne le saurons plus.
La promesse était autre.

Vivre est impossible.
Mais à l’intérieur du vivre il y a autre chose
que nous ne comprendrons jamais
et qui pourtant saute et joue
comme un dieu étonné
qui ne s’accordera jamais
avec les scandales successifs
de vivre sans vivre
et de mourir sans vivre.

***

La imposibilidad de vivir
se nos infiltra al principio
como una pequeña piedra en el zapato:
uno la quita y se olvida.

Luego llega un piedra mas grande,
y ya no en el zapato:
el primero o el último malentendido
se mezcla con el amor o la duda.

Vienen después otros fracasos:
la pérdida de un palabra,
la salvaje irrupción de un dolor,
una muerte en el camino,
la caída de una boja sobre nuestra soledad,
la vejez que se anuncia
como un tarde desollada por la lluvia.

Emergemos de todo,
con un temblor que disuelve la confianza.
La luna empalidece,
comenzamos a desconfiar del sol.

Y un día cualquiera,
en la pradera o el cemento,
en la disonancia que rompe una canción
o en una vuelta sorpresiva en el lecho,
algo nos hiere como un látigo:
vivir es desvivir.
La promesa está rota.

¿Quién hizo la promesa?
¿ Y quién puede creerla?
Ya nunca lo sabremos.
La promesa era otra.

Vivir es imposible.
Pero adentro del vivir hay otra cosa,
que jamás entenderemos
y sin embargo salta y juega
como un dios asombrado,
que nunca armonizará
con los sucesivos escándalos
de vivir sin vivir
y morir sin vivir.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Il n’existe qu’un chemin (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Il n’existe qu’un chemin :
Celui de ta main légère ;
Comment trouver autrement
Le pays qui m’est si cher ?

Pour que je vogue sans heurt
Vers mon rivage là-bas,
porte ta main vers mes lèvres
Et ne la retire pas.

Les doigts minces sont tremblants
Et le corps frêle s’anime —
Mon esquif glisse au-dessus
Des eaux, de leur calme abîme.

***

(Ossip Mandelstam)

 

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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TROMPERIE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




TROMPERIE

1
Printemps. Le matin est ivre de soleil,
Plus net le parfum des roses sur la terrasse,
Le ciel a plus d’éclat qu’une faïence bleue.
Le cahier est relié en maroquin très souple,
J’y lis des stances et des élégies,
Qui furent écrites pour ma grand-mère.

Je vois le chemin jusqu’à la grille, les bornes
Se détachent en blanc sur l’émeraude du gazon.
Oh! ce coeur est plein d’un amour exquis, aveugle.
Et quelle joie! ces couleurs, dans les massifs,
Et dans le ciel le cri aigu du corbeau noir,
La voûte du cellier au profond de l’allée.

2
Le vent souffle chaud, étouffant.
Le soleil brûle les mains.
La voûte de l’air sur la tête,
On dirait un verre bleu.

Odeur sèche des immortelles
Dans ma tresse qui se défait.
Sur le tronc rugueux du sapin
Une route pour les fourmis.

Reflets paresseux sur l’étang.
Vie légère, comme jamais…
Aujourd’hui j’ai cru voir quelqu’un
(Mais qui?) dans le hamac léger.

3
Soir bleu. Les vents sont apaisés,
La lumière veut que je rentre.
Qui est là? Devine… un fiancé?
Et pourquoi pas mon fiancé ?…

Sur la terrasse une silhouette familière,
On parle, mais très doucement.
Oh, je n’avais jamais éprouvé jusqu’ici
Une langueur si séduisante.

Les peupliers frémissent d’inquiétude,
Visités par des rêves de tendresse
Le ciel est couleur d’acier bruni,
La pâleur des étoiles est mate.

Je tiens un bouquet de giroflées blanches.
Elles cachent un feu secret, pour brûler
Celui qui les prendra de mes mains timides,
En effleurant ma paume tiède.

4
J’ai écrit des mots
Que longtemps je n’ai pas osé dire.
Le mal de tête m’engourdit,
Mon corps est comme insensible.

Le cor au loin s’est tu, mon coeur
Ressasse les mêmes énigmes,
Une légère neige d’automne
A recouvert le terrain de croquet.

Les feuilles bientôt ne frémiront plus !
La pensée bientôt oubliera ses tourments.
Je ne voulais pas être une gêne
Pour ceux dont le devoir est de se divertir.

J’ai pardonné à ces lèvres rouges
Leur cruelle plaisanterie…
Vous viendrez nous voir demain
En foulant aux pieds la première neige.

On allumera des bougies,
De jour leur éclat est plus doux,
On apportera un bouquet
De roses cueillies dans l’orangerie.

(Anna Akhmatova)

 

 

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QUAND M’ACCOMPAGNE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
QUAND M’ACCOMPAGNE

Quand m’accompagne la pensée
de toi dans cette nuit où je me réfugie,
parfois, loin des horreurs du jour — m’étreint
figé comme statue une telle douceur.

Puis je me lève et reprends mon chemin.
De moi se sont éloignées la jeunesse et la gloire.
Autre souci des autres me sépare.
Mais la pensée de toi, que tu vis, me console
de tout. Tendresse immense,
comme inhumaine…

***

QUANDO IL PENSIERO

Quando il pensiero di te mi accompagna
nel buffo, dove a volte dagli orrori
mi rifugio del giorno, per dolcezza
immobile mi tiene come statua.

Poi mi levo, riprendo la mia vita.
Tutto è lontano da me, giovanezza,
gloria; altra cura dagli altri mi strana.
Ma quel pensiero di te, che tu vivi,
mi consola di tutto. Oh tenerezza
immensa, quasi disumana!

(Umberto Saba)

 

Recueil: Comme on cherche un trésor
Traduction: Franc Ducros
Editions: La Dogana

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