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Dans la cheminée des hommes… (Serge Wellens)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022




    
Dans la cheminée des hommes…
À la mémoire de Catinou tué par la guerre

Dans la cheminée des hommes
il a brûlé comme un cierge
sa complainte n’a pas fait
danser longtemps les grandes flammes

Arbre à l’écorce tendre où
le vent mord à pleines dents
Arbre pliant sous le poids d’un oiseau

ses racines n’allaient pas loin
dans le sommeil de la terre

Toute sa vie il l’a vécue
dans l’attente du bûcheron

jamais il n’eut d’autres fruits
que ses fleurs.

(Serge Wellens)

Recueil: Guerre à la guerre
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Intempéries (Claude Haller)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2022




Illustration: Gabriel Lefebvre
    
Intempéries

Il pleuvait
Que faire sans chapeau
Me suis coiffé
Du toit de ma maison

Il neigeait
Que faire sans manteau
Ai revêtu
La cheminée de ma maison

Il gelait
Que faire sans bottillons
Vite enfilé
La moquette de mon salon

Il ventait
Que faire sans pèlerine
Ai tiré sur moi
Tous les rideaux de la maison

Si bien qu’à la fin
Tout habillé de ma maison
Je suis parti faire le tour de monde
Mais bien au chaud

(Claude Haller)

Recueil: Poèmes du petit matin
Traduction:
Editions: Hachette

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Notre maison (Claude Haller)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2022




    
Notre maison

Ma maison a un jardin
qui me fait signe d’entrer

Ma maison a une allée
qui conduit mes pas.

Ma maison a une porte
qui ouvre mon coeur.

Ma maison a une cheminée
qui chuchote mes rêves.

Mais ma maison sans toi…
C’est comme une rue sans fin
un jardin sans fleurs
Une porte sans poignée
une cheminée sans feu.

Alors viens quand tu peux,
un et un font plus que deux.
Viens quand tu veux…
Pour que ma maison ait une âme
Pour que ma maison ait un nom.

(Claude Haller)

Recueil: Poèmes du petit matin
Traduction:
Editions: Hachette

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Premier Matin (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
Premier Matin

L’horloge a sonné quatre coups,
l’horloge sonne le réveil;
la rosée tombe et déjà l’aube cède à l’aurore.
L’aurore agite ses mains roses;
les fenêtres des étables
qui s’allument une une
ont de grandes ombres qui passent
à leurs croisées,
et les cheminées des cuisines fument.
Des sabots claquent sur les pavés,
un merle siffle dans les noyers
et, par les portes entr’ouvertes,
on entend le souffle des vaches,
le mouvement de leurs mâchoires
le bruit des chaînes contre le râtelier.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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POÈMES DE PETERSBOURG (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2022



POÈMES DE PETERSBOURG

1
Saint-Isaac à nouveau se couvre
D’une parure d’argent fondu.
Le cheval de Pierre le Grand
Se fige, impatient; il menace.

Un vent farouche, qui étouffe,
Emporte les fumées des cheminées…
Ah! le souverain est mécontent
De sa capitale nouvelle.

2
Mon coeur bat d’un rythme égal,
Que me font de longues années!
Nos ombres sont pour toujours
Rue des Galères, sous l’arc.

Sous mes paupières mi-closes
Je le vois, tu es avec moi,
Et ta main tient à jamais
Mon éventail encore fermé.

Parce que nous avons vécu
Ensemble un instant de miracle,
Lorsque sur le Jardin d’été
La lune a ressuscité, rose,
Je n’ai plus besoin d’attentes

Près de cette fenêtre lassante
Ni de rendez-vous ennuyeux.
Ah! L’amour est accompli.
Tu es libre, je suis libre,

Demain est meilleur qu’hier, —
Sur l’eau sombre de la Néva,
Devant le sourire glacé
De l’empereur Pierre le Grand.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Vénus noire (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2021



 

eau noire

Vénus noire à l’étreinte squameuse et froide…
Tous les murs se sont renversés dans l’eau, les pignons ont coulé a fond,
et les cheminées, comme des pilotis, sont fichées dans la vase.
C’est l’eau noire qui vit maintenant
pour tous ceux qui dorment un sommeil de mort entre les murs.

[…]

oh! la belle eau, noire comme une bohémienne, lisse et luisante comme l’ébène…
Pas une détresse qui ne souhaite d’y finir avec volupté.
Pas une joie qui ne rêve de s’étirer dans ce baiser…
Elle s’obscurcit de cette nuit qu’elle surpasse,
comme un amant qui prend au contact de l’autre le feu dont il le dévore.

(Franz Hellens)

 

 

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Porte (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021




Porte

Le vent est assis
Sur les cheminées de la fête
La noce fut très belle on dit que la mariée
Tient dans sa main la clef des songes
La Seine
Est très loin
Amicale amicale

(Robert Momeux)


Illustration

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LES QUATRE SAISONS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



 

LES QUATRE SAISONS

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas. grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise.

Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés.

Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et. sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs

Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver.
Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits.

Blanche!
Oh. ses beaux seins blancs et froids!

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal chacun jette, poli.
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace!

(Charles Cros)

 

 

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Tous les bruits (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2021



Tous les bruits

Je suis la proie de tous les bruits
La respiration de la maison
La chute d’une feuille dans l’allée
La plainte d’une branche
Un gémissement dans le buisson
Le râle du vent dans la cheminée
Et un soupir non identifié
Dans la terre du champ voisin

Puis je n’entends plus
Que mon cœur qui bat
Fiévreusement dans ma poitrine
Et les heures boiter
Sur le cadran de l’horloge
Accrochée au mur
Au-dessus de ma tête.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Cactus (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2021



Cactus

Toute mon histoire sur la terre se résume dans ces seuls mots:
J’ai eu froid.
Il m’est impossible de vivre dans ces régions
où il tombe de la neige, où il gèle,
où l’on est sans cesse assailli par la pluie, les vents et les giboulées.

Si j’étais restée sous les tropiques,
je n’aurais pas trop le droit de me plaindre;
mais j’ai fait la sottise de suivre un botaniste en Europe,
et je suis perdues de rhumatismes.

On a beau vivre dans une serre,
on est toujours victime de quelque traître vent coulis.
Et puis cette chaleur factice me donnait la migraine
ou des pesanteurs de tête insupportables.

Mon sang, d’un rouge si vif, ne circulait plus;
mon front alourdi retombait sur ma poitrine;
et il me semblait, dans l’espèce d’hallucination où j’étais,
qu’une main invisible m’avait transformée en portière,
et que je serrais amoureusement un poêle dans mes bras,
ainsi que maintes fois je l’avais vu faire
l’hiver dans la loge de notre hôtel.

Comme je regrettais la douce et tiède température
des pays où nous sommes nées, nous autres fleurs!
comme je m’ennuyais sur les cheminées,
sur les consoles de marbre où je servais d’ornement!

(J.J. Grandville)

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