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Poésie

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PAR L’INFLUENCE DU PRINTEMPS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration
    
PAR L’INFLUENCE DU PRINTEMPS

Dans le vase de cristal
il y a des fleurs nouvelles. Cette nuit,
il y eut une pluie de baisers.
Elle réveilla un faune bicorne
à la poursuite d’une âme émotive.
Nombre de fleurs exprimèrent leur parfum.
Dans la passionnelle syrinx
grandirent sept voix
qui dans sept roseaux furent placées
par Pan.

D’anciens rites païens
se renouvelèrent. L’étoile
de Vénus brilla, plus limpide
et diamantine. Les fraises
des bois rendirent leur sang.
Le nid se mit en fête.
Un rêve florentin
refleurit de printemps,
de façon qu’en chair vive
resurgirent les aspirations perdues.
Imaginez un chêne
donnant une rose fraîche ;

un bon ægipan latin
avec une bacchante grecque
et parisienne. Une musique
magnifique. Une suprême
inspiration primitive,
emplie de choses modernes.
Un vaste orgueil viril
que parfume l’odor di femina ;
un trône de pierre où
repose un lys.

Divine Saison ! Divine
Saison ! L’aube sourit
plus tendrement. La traîne
du paon exalte
son prestige. Le soleil augmente
son intime influence, et la harpe
nerveuse vibre seule.
Ô Printemps sacré !
Ô jouissance du don sacré
de la vie ! Ô palme superbe
sur nos fronts ! Cou
du cygne ! Colombe blanche !
Rose rouge ! Pallium bleu !
Et tout pour toi, ô mon âme !
Et pour toi, mon corps, et pour toi,
idée qui les relies.
Et pour Toi, que nous cherchons
et jamais ne trouverons —
jamais !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage
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Maudit (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018


forgeron

 

Maudit
soit le père de l’épouse
du forgeron qui forgea le fer de la cognée
avec laquelle le bûcheron abattit le chêne
dans lequel on sculpta le lit
où fut engendré l’arrière-grand-père
de l’homme qui conduisit la voiture
dans laquelle ta mère
rencontra ton père!

(Robert Desnos)

 

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Nous (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Nous

1
Sur la route de Vincennes
Par Grenoble et Montauban
Près du Havre et Valenciennes
J’ai rencontré des enfants
Qui m’ont accueilli
Par ces cris:

{Refrain}
Où allez-vous ? Où allez-vous ?
Qui êtes-vous
Parmi les autres ?
Avec les autres?
Ou avec nous ?
Nous vous tendons notre main,
Mais passez votre chemin,
Si vous avez besoin
D’une nounou,
D’un percepteur,
D’un directeur,
Pour votre goût!
Si vous aimez les coups
Sur votre jou(e)
Et tout et tout,
Si vous vous mettez à genoux
Devant les fous
Vous n’êtes pas avec nous!
Mais si vous avez du coeur
Et de l’ardeur
Si vous aimez vivre
Et si les vieux livres
Et si les gros sous
Ne sont pas tout
Pour vous
Vous êtes avec Nous.
Vous êtes avec Nous.

2
Plus loin près de la fontaine
Deux belles m’ont appelé
Le vent soufflait dans les chênes
L’air était tout embaumé
Et elles m’ont dit
À grands cris: {Refrain}

3
Au milieu des champs de vignes
Des vieillards à l’oeil joyeux
Qui me faisaient de grands signes
M’offrir’nt un vin délicieux
Ah! ça c’est gentil!
Ils m’ont dit: {Refrain}

4
Lorsque j’entrai dans la ville
J’aperçus des ouvriers
Jean, Jacques, Pierre et Emile
Avec qui j’ai déjeuné
Oui mais ils m’ont dit
Mon ami:

5
Et maintenant par le monde
Je marche avec des amis
Et le soleil à la ronde
Éclaire tous les pays
Mais à tous je dis
Mes amis: {Refrain}

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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LILAS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018




    
LILAS

Ma maîtresse me fait des scènes.
Paradis fleuri de lilas
Je viens humer tes odeurs saines.

Les moribonds disent : Hélas!
Les vieux disent des mots obscènes
Pour couvrir le bruit de leurs glas.

Dans le bois de pins et de chênes
Les obus jettent leurs éclats.
Victoire? Défaite? Phalènes.

Pluie améthyste les lilas,
Sans souci d’ambitions vaines,
Offrent aux plus gueux leurs galas.

La mer, les montagnes, les plaines,
Tout est oublié. Je suis las,
Las de la bêtise et des haines.

Mais mon coeur renaît aux lilas.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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VISION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Paul Emile Chabas
    
VISION

I
Au matin, bien reposée,
Tu fuis, rieuse, et tu cueilles
Les muguets blancs, dont les feuilles
Ont des perles de rosée.

Les vertes pousses des chênes
Dans ta blonde chevelure
Empêchent ta libre allure
Vers les clairière prochaines.

Mais tu romps, faisant la moue,
L’audace de chaque branche
Qu’attiraient ta nuque blanche
Et les roses de ta joue.

Ta robe est prise à cet arbre,
Et les griffes de la haie
Tracent parfois une raie
Rouge, sur ton cou de marbre.

II
Laisse déchirer tes voiles.
Qui es-tu, fraîche fillette,
Dont le regard clair reflète
Le soleil et les étoiles?

Maintenant te voilà nue.
Et tu vas, rieuse encore,
Vers l’endroit d’où vient l’aurore;
Et toi, d’où es-tu venue?

Mais tu ralentis ta course
Songeuse et flairant la brise.
Délicieuse surprise,
Entends le bruit de la source.

Alors frissonnante, heureuse
En te suspendant aux saules,
Tu glisses jusqu’aux épaules,
Dans l’eau caressante et creuse.

Là-bas, quelle fleur superbe!
On dirait comme un lys double;
Mais l’eau, tout autour est trouble
Pleine de joncs mous et d’herbe.

III
Je t’ai suivie en satyre,
Et caché, je te regarde,
Blanche, dans l’eau babillarde;
Mais ce nénuphar t’attire.

Tu prends ce faux lys, ce traître.
Et les joncs t’ont enlacée.
Oh! mon coeur et ma pensée
Avec toi vont disparaître!

Les roseaux, l’herbe, la boue
M’arrêtent contre la rive.
Faut-il que je te survive
Sans avoir baisé ta joue?

Alors, s’il faut que tu meures,
Dis-moi comment tu t’appelles,
Belle, plus que toutes belles!
Ton nom remplira mes heures.

« Ami, je suis l’Espérance.
Mes bras sur mon sein se glacent. »

Et les grenouilles coassent
Dans l’étang d’indifférence.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Promenade avec ma voisine (Sylvie Schenk)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



ombres

Promenade avec ma voisine

J’ai mené la vieille dame avec ses cannes
Dans la nature, nous ouvrîmes les armoires
De chêne, sortîmes les dentelles et l’argenterie
La pluie avait astiqué les arbres
Les chatons des coudriers brillaient comme des lustres
Et ceux des saules ornaient la salle
Les gouttes dans le vent ouvraient le bal
La vieille dame en bottes dansait dans les flaques

(Sylvie Schenk)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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Cheval, cheval (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



    

Cheval, cheval

Cheval, cheval, il me faut un cheval !
mais je n’ai pas de royaume à donner.
Un destrier ? Non, un cheval de bois
en souvenir d’un antique manège.

Un chêne, un chêne ! Où trouver un grand chêne ?
Que dites-vous ? Pour rendre la justice ?
Je ne peux rendre en ne possédant pas.
C’est pour dormir sous les plus belles feuilles.

Des lys, des lys ! Apportez-moi des lys !
pas pour orner la couronne des rois,
plus simplement pour leur cambrure exquise
et le parfum jailli de la beauté.

Abeille, abeille ! oui, je veux une abeille !
non pour l’hommage à de vieux empereurs
mais pour voler avec elle, l’abeille
de fleur en fleur sous le soleil d’été.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Le sang des bêtes (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



Rafal Olbinski - (1)

Le sang des bêtes

Passait la chasse en ces forêts lointaines,
J’étais le cerf et j’étais le chasseur.
Saignait la chair, saignait le sang du monde
Et la musique atroce me baignait.

Je fus ce dieu chevauchant la forêt,
Moi l’homme pâle et l’homme translucide.
Cette victime à l’épieu se rendit
Mais un courant traversa tous mes membres.

Arbre et chasseur, biche parmi les branches,
Connaissez-vous ce chêne qui fut moi ?
La neige glisse et la chasse s’éloigne
En emportant mon silence et mon ombre.

(Robert Sabatier)

Illustration: Rafal Olbinski

 

 

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LA MORT D’UN CHÊNE (Victor de Laprade)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



 

Caspar David Friedrich  chene_neige

LA MORT D’UN CHÊNE
[…]

Ne penche plus ton front sur les choses qui meurent ;
Tourne au levant tes yeux, ton coeur à l’avenir.
Les arbres sont tombés, mais les germes demeurent ;
Tends sur ceux qui naîtront tes bras pour les bénir.

Poète aux longs regards, vois les races futures,
Vois ces bois merveilleux à l’horizon éclos ;
Dans ton sein prophétique écoute les murmures ,
Écoute ! au lieu d’un bruit de fer et de sanglots,

Sur des coteaux baignés par des clartés sereines,
Où des peuples joyeux semblent se reposer,
Sous les chênes émus, les hêtres et les frênes,
On dirait qu’on entend un immense baiser.

(Victor de Laprade)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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Le Montagnard exilé (François-René de Châteaubriand)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018




Le Montagnard exilé

Combien j’ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance !
Ma soeur, qu’ils étaient beaux les jours
De France !
O mon pays, sois mes amours
Toujours !

Te souvient-il que notre mère
Au foyer de notre chaumière
Nous pressait sur son coeur joyeux,
Ma chère,
Et nous baisions ses blancs cheveux
Tous deux ?

Ma soeur, te souvient-il encore
Du château que baignait la Dore,
Et de cette tant vieille tour
Du Maure,
Où l’airain sonnait le retour
Du jour?

Te souvient-il du lac tranquille
Qu’effleurait l’hirondelle agile,
Du vent qui courbait le roseau
Mobile,
Et du soleil couchant sur l’eau,
Si beau ?

Oh ! qui me rendra mon Hélène,
Et ma montagne, et le grand chêne ?
Leur souvenir fait tous les jours
Ma peine !
Mon pays sera mes amours
Toujours !

(François-René de Châteaubriand)

Illustration

 

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