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Posts Tagged ‘chêne’

L’homme-chêne (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    
L’homme-chêne

Le temps pourtant était innocent
des blessures infligées au corps
battu de tempêtes et battant;
il connaît l’issue du combat

et l’embellie qui succède au gris.
Lui connaît la pluie, le noir,
l’éclair qu’appelle déjà la nuit.
Tapis dans la symbolique de sa mort
l’homme encore tentait sa vie

pour la clarté du jour et le brin
de lumière qu’allumait l’arbre rouge.
L’homme-chêne attaché au piquet
et que déracinerait le ciel.
Il lui resterait une phrase,
un mot à trouver

avant de se taire, il le dirait.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence
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Une main frôle (Gaspard Hons)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



Une main frôle sans l’ouvrir le livre posé sur la table.
Le vent frôle sans le détacher la dernière feuille du chêne,
le silence le frôle sans l’atteindre.
Je ferme les yeux, je me rencontre

(Gaspard Hons)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Odilon Redon

 

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ELIS (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

ELIS

1

Accompli le calme de ce jour doré.
Sous de vieux chênes
Tu apparais, Elis, un gisant avec des yeux ronds.

Leur bleu transmet le sommeil des amants.
Sur ta bouche
Se sont éteints leurs soupirs couleur de rose.

Le soir le pêcheur retire les lourds filets.
Un bon pâtre –
Conduit son troupeau à l’orée de la forêt.
O ! Comme tous tes jours, Elis, sont justes.

Lentement descend
Contre des murs froids le calme bleu de l’olivier,
Meurt le sombre chant d’un vieillard.

Une barque dorée,
Berce, Elis, ton coeur sur le ciel solitaire.

2

Un doux jeu de cloches tinte dans la poitrine d’Elis,
Le soir,
Alors que sa tête s’enfonce dans le noir coussin.

Un gibier bleu
Saigne lentement dans le hallier d’épines.

Un arbre brun est là, debout, séparé ;
De lui sont tombés ses fruits bleus.

Les signes, les étoiles
Sombrent lentement dans l’étang.

Derrière la colline l’hiver est venu.

La nuit, des pigeons bleus
Boivent la sueur glacée
Qui coule du front de cristal d’Elis.

Toujours tinte
Contre des murs noirs le vent solitaire de Dieu.

***

ELIS

I

Vollkommen ist die Stille dieses goldenen Tags.
Unter alten Eichen
Erscheinst du, Elis, ein Ruhender mit runden Augen.

Ihre Bläue spiegelt den Schlummer der Liebenden.
An deinem Mund
Verstummten ihre rosigen Seufzer.

Am Abend zog der Fischer die schweren Netze ein.
Ein guter Hirt
Führt seine Herde am Waldsaum hin.
O ! wie gerecht sind, Elis, aile deine Tage.

Leise sinkt
An kühlen Mauern des Ölbaums blaue Stille,
Erstirbt eines Greisen dunkler Gesang.

Ein goldener Kahn
Schaukelt, Elis, dein Herz am einsamen Himmel.

2

Ein sanftes Glockenspiel teint in Elis’ Brust
Am Abend,
Da sein Haupt ins schwarze Kissen sinkt.

Ein blaues Wild
Blutet leise im Dornengestrüpp.

Ein brauner Baum steht abgeschieden da ;
Seine blauen Früchte fielen von ihm.

Zeichen und Sterne
Versinken leise im Abendweiher.

Hinter dem Hügel ist es Winter geworden.

Blaue Tauben
Trinken nachts den eisigen Schweiss,
Der von Elis’ kristallener Stirne rinnt.

Immer tönt
An schwarzen Maueren Gottes einsamer Wind.

(Georg Trakl)

Illustration

 

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A HELLBRUNN (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

A HELLBRUNN

Suivant de nouveau la plainte bleue du soir
Le long de la colline, de l’étang printanier —
Comme s’il y flottait l’ombre de morts anciens,
L’ombre des princes de l’Église, de nobles dames —
Leurs fleurs s’ouvrent déjà, les graves violettes
Dans la combe du soir, bruit de la source bleue
La vague de cristal. Mystique verdoiement
Des chênes sur les sentiers oubliés des défunts,
L’or des nuages au-dessus de l’étang.

(Georg Trakl)

Illustration: Alphonse Osbert

 

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Julie Longchamp (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Julie Longchamp

Nous allions rêvant sous les chênes,
Ensemble, dans les bois touffus;
Par les soirs aux fraîches haleines
Sont les grands chênes chevelus.

A travers le temps et l’espace
Qui mêlent les flots et les jours,
Sans qu’aucune épreuve nous lasse,
Notre amitié dura toujours.

La voilà froide sous la terre,
Où tout tombe éternellement;
Ce coeur charmant est en poussière,
Esprit, bonté sont au néant.

(Louise Michel)


Illustration: Alexandre Séon

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CHANSON DE CHARME (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



 

CHANSON DE CHARME

Chérie viens près de moi
Ce soir je veux chanter
Une chanson pour toi.

Une chanson sans larmes
Une chanson légère
Une chanson de charme.

Le charme des matins
Emmitouflés de brume
Où valsent les lapins.

Le charme des étangs
Où de gais enfants blonds
Pêchent des caïmans.

Le charme des prairies
Que l’on fauche en été
Pour pouvoir s’y rouler.

Le charme des cuillères
Qui raclent les assiettes
Et la soupe aux yeux clairs.

Le charme de l’oeuf dur
Qui permit à Colomb
Sa plus belle invention.

Le charme des vertus
Qui donnent au péché
Goût de fruit défendu.

J’aurais pu te chanter
Une chanson de chêne
D’orme ou de peuplier

Une chanson d’érable
Une chanson de teck
Aux rimes plus durables.

Mais sans bruit ni vacarme
J’ai préféré tenter
Cette chanson de charme.

Charme du vieux notaire
Qui dans l’étude austère
Tire l’affaire au clair.

Le charme de la pluie
Roulant ses gouttes d’or
Sur le cuivre du lit.

Le charme de ton coeur
Que je vois près du mien
Quand je pense au bonheur.

Le charme des soleils
Qui tournent tout autour
Des horizons vermeils.

Et le charme des jours
Effacés de nos vies
Par la gomme des nuits.

(Boris Vian)


Illustration: William Bouguereau

 

 

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LA VACHE AU TAUREAU (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



Illustration: Louis Flahaut

    

LA VACHE AU TAUREAU

À l’aube, à l’heure exquise où l’âme du sureau
Baise au bord des marais la tristesse du saule,
Jeanne, pieds et bras nus, l’aiguillon sur l’épaule,
Conduit par le chemin sa génisse au taureau.

Compagnonnage errant de placides femelles,
Plantureuses Vénus de l’animalité,
Qui, dans un nonchaloir plein de bonne santé,
S’en vont à pas égaux comme deux sœurs jumelles.

Si le pis est pesant, les seins sont aussi lourds,
L’une a les cheveux drus, l’autre les crins opaques,
Et leurs yeux sont pareils à ces petites flaques
Où la lune projette un rayon de velours.

Aussi, rocs et buissons, les chênes et les chaumes
Semblent leur dire, émus de cette humble union,
Qu’en ce jour c’est la fête et la communion
Des formes, des clartés, des bruits et des arômes.

(Maurice Rollinat)

 

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La forêt a peur (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



 

La forêt a peur
Une forêt peureuse
panique à la vue du soir
Tout l’angoisse
les cris des chouettes
leur silence
Le regard froid de la Lune
et l’ombre de son sourcil sur le lac
Le bouleau claque des dents
en se cachant derrière le garde-champêtre
Le frêne s’emmitoufle dans son écorce
et retient sa respiration jusqu’au matin
Le pin essuie sa sueur
et appelle son père le pin parasol
La tête entre les jambes
le saule pleure à chaudes feuilles
et fait déborder le ruisseau
Le roseau qui ne le quitte pas des yeux
L’entend supplier le ver luisant
d’éclairer les ténèbres
Seul le chêne garde sa dignité
à genoux dans son tronc
il prie le dieu de la forêt
de hâter l’arrivée du jour ..

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

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DANS LA TOURMENTE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



tourmente

 

DANS LA TOURMENTE

Bleu. Et à l’intérieur de ce bleu un soupçon
de vert, nappes grises de nuages
étayés contre l’air, comme si
dans l’idée de pluie
l’oeil
pouvait saisir ce que dit
n’importe quel moment donné

sur terre. Appelle-le ciel. Et de cette façon
décrire
tout ce que
nous voyons, comme si ce n’était rien
que l’idée
de quelque chose que nous avions perdu
en nous. Car nous pouvons commencer
à nous souvenir

de la terre dure, du silex
reflétant les étoiles, des chênes
ondulant tordus
par la violence de l’air, et ainsi de suite
jusqu’à la plus petite graine, découvrant ce qui pousse
au-dessus de nous, comme si
à cause de ce bleu il pouvait y avoir
ce vert

qui s’étend, miracle
innombrable
en ceci, le plus silencieux
moment de l’été. Les graines
parlent de cette occurrence, définissent
l’éruption de l’air et de la terre
dans cette profusion de hasard, les forces
aveugles de notre propre défaut
de savoir ce que c’est
que nous voyons, et simplement en parler
c’est voir
comme les mots nous trahissent, comme on n’éclaircit rien
par l’énonciation, pas même ces mots
que je suis ému de prononcer
au nom de ce bleu
et de ce vert
qui s’évanouissent dans l’air
de l’été.

Impossible
d’en entendre davantage. La langue
nous retire pour toujours
du lieu où nous sommes, et en aucun lieu
nous ne pouvons être en repos
dans les choses qui nous sont données
à voir, car chaque mot
est un ailleurs, une chose qui bouge
plus vite que l’oeil, tout
comme ce moineau bouge, tournoyant
dans l’air
où il n’a pas de chez-lui. Je ne crois, alors,
à rien

que ces mots puissent te donner, et cependant
je peux les sentir
parler à travers moi, comme si
cela seul
était ce que je désire, ce bleu
et ce vert, et dire
à quel point ce bleu
est devenu pour moi l’essence
de ce vert, et plus que la pure
vision de cela, je voudrais que tu sentes
ce mot
qui a vécu au fond de moi
tout le jour, ce
désir pour rien

que le jour même, et comme il a poussé
au fond de mes yeux, plus fort
que le mot dont il est fait, comme s’il
ne pouvait jamais y avoir d’autre mot

qui s’empare de moi
sans éclater.

(Paul Auster)

Illustration

 

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LA LICORNE (Max Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



LA LICORNE

ATTENTIVE à l’écho de son pas
dans la clarté de l’ombre et la forêt d’étoiles
la Bête marche unique en son éternité.
Pas ténébreux, effroi des bêtes,

elle illumine et courbe au-dessus des collines
les chênes enivrés de lune.
Senteur de vierge et parfum d’immortelle

lui sont le dernier prix d’un sommeil de rocher,
source limpide à la soif qui la brûle,
nuit sans étoile où son sommeil se fond.
Belle licorne douce bête de rêve,

enivrement d’une chair accomplie,
ton pas qui sonne éternel me fait peur
et bien plus ton sommeil qui de la mort me parle.

***

L’UNICORN

AFECCIONADA au resson de son pas
dins la lutz d’ombra e la seuva d’estèlas
la bèstia va unenca en son etèrne.

Pas de tenèbra, espavent de feruna,
emblanquinèla e fa dinar suis serres
los roires embriagats de luna.

Olor de verge e perfum d’immortala
li son l’ultime prètz d’un sòm de ròca,
fònt d’aiga linda a la set que l’enfuòca,
nuòch sens estèla ont s’ajaça e s’escònd.

Bèl unicòrn doça bèstia de sòmi,
embriagament d’una carn espelida,
crente ton pas qu’etèrne restontís
e mai ton sòm que la mòrt me recòrda.

(Max Rouquette)

Illustration

 

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