Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘cher’

Nell (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Nell

Ta rose de pourpre, à ton clair soleil,
O Juin, étincelle enivrée ;
Penche aussi vers moi ta coupe dorée :
Mon coeur à ta rose est pareil.

Sous le mol abri de la feuille ombreuse
Monte un soupir de volupté ;
Plus d’un ramier chante au bois écarté,
O mon coeur, sa plainte amoureuse.

Que ta perle est douce au ciel parfumé,
Etoile de la nuit pensive !
Mais combien plus douce est la clarté vive
Qui rayonne en mon coeur charmé !

La chantante mer, le long du rivage,
Taira son murmure éternel,
Avant qu’en mon coeur, chère amour, ô Nell,
Ne fleurisse plus ton image !

(Leconte de Lisle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Amour explique moi (Ingeborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



Amour explique moi

Ton chapeau se soulève légèrement,
il plane dans le vent,
ta tête découverte a jeté un charme aux nuages,
ton cœur a à faire ailleurs,
ta bouche s’incorpore de nouvelles langues,
l’amourette couvre tout
de son frêle tremblement,
l’été caressant couvre et souffle les asters,
aveugle de flocons tu relèves le visage,
tu ris, tu pleures et succombes à toi-même,
que doit-il encore t’arriver –
Amour, explique-moi!

Le paon solennellement étonné fait la roue,
la tourterelle remonte sa collerette,
gonflée de roucoulade,
l’air se dilate,
le canard crie,
tout le pays consomme ce miel sauvage,
et même dans le parc rangé
les plates-bandes sont ourlées de pollen d’or.
Le poisson rougit, dépasse l’essaim des autres
et se jette à travers grottes sur le lit de corail.
Le scorpion craintif danse au son du sable argent.
Le scarabée sent de loin la Merveilleuse.
Si j’avais seulement un sens,
je sentirais aussi
que des ailes scintillent sous sa carapace
et prendrais le chemin du fraisier lointain!
Amour, explique-moi!

L’eau sait parler,
la vague prend la vague par la main,
le raisin gonfle dans les vignes, éclate et tombe.
L’escargot sort si innocemment de sa maison!
Une pierre sait en attendrir une autre!
Amour, explique-moi ce que je ne peux expliquer:
dois-je tout ce temps épouvantable et court
ne fréquenter que des pensées
et seule
ne rien connaître de cher,
ne rien faire de cher?
Faut-il que quelqu’un pense?
Ne manque-t-il pas à d’autres?

Tu dis:
un autre esprit compte sur lui.
Ne m’explique rien.
Je vois la salamandre passer à travers tous les feux.
Aucune averse ne la chasse,
et rien ne lui fait mal.

(Ingeborg Bachmann)

Découvert chez Lara ici

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES ÉTOILES ME SONT CHÈRES (Shmuel Halkin)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
LES ÉTOILES ME SONT CHÈRES

Toute étoile est chère à mes yeux
Pour la pureté de son feu
Pour son vol parmi des milliers,
Pour son éclat particulier,
Parce que sa clarté profonde
Dans chaque goutte peut se fondre.

Toute étoile est chère à mes yeux
Car jamais n’est double son feu
Quand elle offre à l’eau sa lumière,
Rien n’est plus sombre ni plus clair
Sur la route longue et dorée
Qui monte jusqu’à l’empyrée.

Toute étoile est chère à mes yeux
Tant son ordre est vertigineux,
Je trouve mesure pour elle,
Mais sa lumière en moi se perd
Car elle appartient à la terre
Tout comme elle appartient au ciel.

(Shmuel Halkin)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES (Avrom Reisen)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Samuel Hirszenberg
    
DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES

Nous sommes ceux qu’on dispersa
Dans les terres les plus lointaines.
Chacun de nous est un anneau
De la nouvelle chaîne.

Non seulement à Babylone
Mais au bord des fleuves, partout
Nous sommes venus nous asseoir,
Cherchant un toit qui soit à nous.

C’est ainsi qu’est devenu cher
À notre coeur le monde entier,
Sur les rives les plus lointaines
Se trouve pour nous un foyer.

Et maintenant nous chérissons
La Vistule autant que le Rhin,
Le large Dniepr à notre coeur
Murmure aussi douce complainte

Le libre Hudson nous fait un signe
Fraternel du fond de ses flots,
Il est permis, sur son rivage,
De connaître enfin le repos !

Quelque chanson que l’on écoute
Nous connaissons sa mélodie,
Quel que soit le fleuve qui coule
Il nous apporte nostalgie,

Quel que soit le drapeau qui flotte,
Nous est familier son appel,
Quel que soit le bateau qui vogue
C’est vers un pays fraternel.

(Avrom Reisen)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TOUT EST VENDU! (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



    

TOUT EST VENDU!

Il allait au-devant du monde
Le coeur plein d’ardeur.
Il séduisait! Tout le monde
Commandait du coeur.

Coeur au kilo, coeur au gramme,
On achète, ici le coeur!
Pour un sourire – les dames,
Les filles – pour un doux pleur.

Pour la monnaie – les lecteurs,
Pour un centime ou même un tiers,
La foule en goûte l’odeur,
Aï pourtant le coeur est cher !

Pour lui, chose mirifique,
La demande était sans fin.
Mais il dut fermer boutique :
Le coeur s’est éteint.

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ces pensées en moi (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2019



Illustration: Toyohara Yoshu Chikanobu  
    
Ces pensées en moi
Comme un rêve en plein midi ?
Qui donc pour le dire,
Quand au printemps plane doux
Le cher parfum de l’ivresse

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mon voeu le plus cher (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2019




    
Mon voeu le plus cher
Serait d’enduire les lèvres
Des jeunes gens
En recherche de l’amour
D’un miel au poison fatal

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Frémis, très chère ! (Boris Pasternak)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019




    
Frémis, très chère ! Un poète amoureux,
C’est un dieu, un forcené qui aime.
Le chaos ancien monte, ténébreux,
Comme aux ères antédiluviennes.

(Boris Pasternak)

 

Recueil: Ma soeur la vie et autres poèmes
Traduction: sous la direction d’Hélène Henry
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA BEAUTÉ (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2019



 

LA BEAUTÉ
A Roger Toulouse.

La beauté chaque nuit s’absente
La beauté nous ferme les yeux
Chacun s’emmure dans son corps
Et leste ses mots les plus chers
Avec le plomb des vieux remords
La nuit plus longue que l’espoir
La nuit plus courte qu’un baiser
La nuit morcelle le sommeil
En jours entiers qu’il faut tuer
Qu’on tue avec des mains d’étoupe
Et des couteaux mal aiguisés
Des jours qui sont à tout le monde.

(Jean Rousselot)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’écrirai ce poème (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




J’écrirai ce poème
pour qu’il me donne
un fleuve doux
comme les ailes du toucan
j’écrirai ce poème
pour qu’il t’offre une aurore
quand il fait nuit
entre ta gorge et ton aisselle
j’écrirai ce poème
pour que dix mille marronniers
prolongent leurs vacances
pour que sur chaque toit
vienne s’asseoir une comète
j’écrirai ce poème
pour que le doute de ce vieux loup
parte en exil
pour que tous les objets reprennent
leurs leçons de musique
j’écrirai ce poème
pour aimer comme on aime par surprise
pour respecter comme on respecte en oubliant
pour être digne
de l’inconnu de l’impalpable
j’écrirai ce poème
mammifère ou de bois
il ne me coûte rien
il m’est si cher
il vaut plus que ma vie

(Alain Bosquet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :