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Poésie

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Toujours insaisissable (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Toujours insaisissable —
La vague à venir roulera sur la rive son trésor de mer,
La fleur à venir ouvrira son coeur doré, la pierre sera étoile.
Proche mais si lointain
Ce vert sanctuaire d’où le merle
Jette son chant sauvage sur l’aile du vent.
Délivré de ce corps opaque,
As-tu, chercheur perdu, trouvé?

***

Always just beyond —
The next wave will lift its deep-sea treasure to the strand,
The next flower open golden centre, stone be star.
And yet the near how far
From whose green sanctuary
The ousel flings its wild wind-drifted song.
From body’s blindfold free,
Have you, lost seeker, found?

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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La chanson désespérée (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
La chanson désespérée ne se laisse pas se dire.
La matière verbale errante ne cesse d’émaner
du centre qui n’est pas centre,
du vertige des fleurs aurifères
embues de l’or des chercheurs d’or.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Si tu veux être à l’abri de tout mal (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration
    
Si tu veux être à l’abri de tout mal,
ferme tes yeux à tout ce que tu perçois de prime abord,
et regarde au loin.

Vois que toutes les choses non-existantes existent en réalité!
Vois que toutes les choses existantes sont assurément viles.

Vois au moins que quiconque possède l’intelligence
cherche le non-être jour et nuit.

En mendiant, ils cherchent un bienfait qui n’existe pas;
au bazar, ils cherchent un profit qui n’existe pas.

Dans les champs, ils cherchent une récolte qui n’existe pas;
dans les bosquets, ils cherchent un palmier qui n’existe pas.

Dans les écoles, ils cherchent un savoir qui n’existe pas;
dans les monastères,ils cherchent une abstinence qui n’existe pas.

Ils ont jeté les choses existantes derrière eux,
ils sont les chercheurs et les esclaves de choses qui n’existent pas.

Car la mine et le trésor des actes divins
n’est autre que le non-être se manifestant.

(Mawlana Rûmî)

 

 

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Excuse (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Excuse

Aux arbres il faut un ciel clair,
L’espace, le soleil et l’air,
L’eau dont leur feuillage se mouille.
Il faut le calme en la forêt,
La nuit, le vent tiède et discret
Au rossignol, pour qu’il gazouille.

Il te faut, dans les soirs joyeux,
Le triomphe ; il te faut des yeux
Eblouis de ta beauté fière.
Au chercheur d’idéal il faut
Des âmes lui faisant là-haut
Une sympathique atmosphère.

Mais quand mauvaise est la saison,
L’arbre perd fleurs et frondaison.
Son bois seul reste, noir et grêle.
Et sur cet arbre dépouillé,
L’oiseau, grelottant et mouillé,
Reste muet, tête sous l’aile.

Ainsi ta splendeur, sur le fond
Que les envieuses te font,
Perd son nonchaloir et sa grâce.
Chez les nuls, qui ne voient qu’hier,
Le poète, interdit et fier,
Rêvant l’art de demain, s’efface.

Arbres, oiseaux, femmes, rêveurs
Perdent dans les milieux railleurs
Feuillage, chant, beauté, puissance.
Dans la cohue où tu te plais,
Regarde-moi, regarde-les,
Et tu comprendras mon silence.

(Charles Cros)

 

 

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LE RIEUR ET LES POISSONS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE RIEUR ET LES POISSONS

On cherche les rieurs; et moi je les évite.
Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite.
Dieu ne créa que pour les sots
Les méchants diseurs de bons mots.
J’en vais peut-être en une fable
Introduire un ; peut-être aussi
Que quelqu’un trouvera que j’aurai réussi.

Un rieur était à la table
D’un financier; et n’avait en son coin
Que de petits poissons : tous les gros étaient loin.
Il prend donc les menus, puis leur parle à l’oreille,
Et puis il feint, à la pareille,
D’écouter leur réponse. On demeura surpris ;
Cela suspendit les esprits.
Le rieur alors, d’un ton sage,
Dit qu’il craignait qu’un sien ami,
Pour les grandes Indes parti,
N’eût depuis un an fait naufrage,
Il s’en informait donc à ce menu fretin ;
Mais tous lui répondaient qu’ils n’étaient pas d’un âge
A savoir au vrai son destin ;
Les gros en sauraient davantage.
 » N’en puis-je donc, Messieurs, un gros interroger ?  »
De dire si la compagnie
Prit goût à sa plaisanterie,
J’en doute, mais enfin il les sut engager
A lui servir d’un monstre assez vieux pour lui dire
Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus
Qui n’en étaient pas revenus,
Et que, depuis cent ans, sous l’abîme avaient vus
Les anciens du vaste empire.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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LES YEUX (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: David Sarenco  
    

LES YEUX

Les yeux sont les derniers à s’en aller.
Ils restent longtemps après que le visage a disparu hélas
dans les chairs dont il est fait.
La langue dit au revoir quand les yeux s’attardent en silence,
car ils sont les derniers chercheurs à renoncer à leur quête,
ceux qui restent là où les noyés sont rejetés sur le rivage,
après le départ des lanternes, sans un au-revoir…

Les yeux n’ont foi dans ce langage trop accessible.
Pour eux pas d’occasion assez simple pour qu’un mot la justifie.
L’existence dans le temps, pas seulement la leur, mais ancestrale,
enferme tous les instants entre quatre murs de miroirs.

Fermés, ils attendent. Ouverts, ils attendent aussi.
Ils sont connus,
mais ils ont oublié le nom de qui les connaît
La jeunesse est leur oiseau inquiet, et des ombres plus claires
que la lumière
les traversent de temps à autre

Car les eaux ne sont pas plus changeantes sous les cieux
ni les pierres sous les rapides.

Les yeux peuvent être fixes avec ce regard athénien
qui répond avec calme à la terreur, ou rapides
étant tout entiers sous le charme. Presque toujours
les yeux s’accrochent à une image
de quelqu’un parti récemment ou il y a longtemps
ou seulement espéré…

Les yeux ne sont pas chanceux.
Ils semblent désespérément enclins à s’attarder.

Ils font des additions qui ne donnent aucun résultat.
Il est très difficile de dire si leur ombre est pire que leur lumière,
leurs découvertes meilleures ou pires que de ne pas savoir.

Mais ils sont les derniers à s’en aller
et leur départ survient toujours quand ils sont levés.

***

THE EYES

The eyes are last to go out.
They remain long after the face has disappeared regretfully
into the tissue that it is made of
The tongue says good by when the eyes have a lingering silence,
for they are the searchers last to abandon the search,
the ones that remain where the drowned have been washed ashore,
after the lanterns staying not saying good-by…

The eyes have no faith in that too accessible language,
For them no occasion is simple enough for a word to justify it.
Existence in time, not only their own but ancestral,
encloses all moments in four walls of mirrors.

Closed, they are waiting. Open, they’re also waiting.
They are acquainted,
but they have forgotten the name of their acquaintance.

Youth is their uneasy bird, and shadows clearer
than light
pass through them at times,
for waters are not more changeable under skies
nor stones under rapids.

The eyes may be steady with that Athenian look
that answers terror with stillness, or they may be quick
with a purely infatuate being. Almost always
the eyes hold onto an image
of someone recently departed or gone a long time ago
or only expected…

The eyes are not lucky.
They seem to be hopelessly inclined to linger.

They make additions that come to no final sum.
It is really hard to say if their dark is worse than their light,
their discoveries better or worse than not knowing,

but they are last to go out,
and their going out is always when they are lifted.

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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J’ai tort (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



J’ai tort

La toundra glisse sur ma main.
J’entends geindre le rien.
La mer craint son malheur
Crie.
La rive perd ses chercheurs,
La mort est chamarrée.
J’accapare le marasme, la foire, le Sahara.
Ma grammaire est un tapage
Mes bagages sont de légers fous rires.
J’ai voulu me tuer,
J’ai visé trop bas
(si j’étais un rat, je serais déjà mort).
J’ai tort.

(Alain Jouffroy)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Adrian Borda

 

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Je cherche la grande douceur (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2016




Je cherche la grande douceur,
celle que personne n’a jamais vue
et dont l’existence ne fait aucun doute
car c’est à elle qu’on doit la beauté odorante des jacinthes,
la lumière dans les yeux étonnées des bêtes
et tout ce qu’il y a sur terre
et dans les livres de bienfaisant.

(Christian Bobin)

 

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Vert paysage (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2016


Une fille fragile
et le fils qu’elle mène
voient s’épanouir le vert intense:
le chercheur d’orties
les hache avec le son
pour la volaille aux yeux sanglants
pas une feuille ne vole.
Au carrefour vibrant
quelqu’un s’arrête et boit
à la faveur du jour profond
puis trouve le chemin
qui va le plus loin.

(Jean Follain)

Illustration: Rafal Olbinski

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Le visage penché de la belle chercheuse (Tristan Tzara)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2015



le visage penché de la belle chercheuse
se reflète dans la flamme où vécut la splendeur
des ferventes attaches et des sorts enlacés
aux enfances des rafales par nos cris mis à nu

depuis qu’en nos nuits les maisons ont vieilli
dans les parcs desséchés dans les feuilles de braise
dans l’essaim des perpétuels souvenirs
ont pâli les pétales des paroles de brise

une autre jeunesse est montée
au dégel des gestes
la tendresse d’un jeu plus profond
à regagner toutes les cendres au doute de l’été

(Tristan Tzara)

 

 

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