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NOUS NE NOUS ASSOUVIRONS… (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

Olivier Valsecchi  1

NOUS NE NOUS ASSOUVIRONS…

Nous ne nous assouvirons jamais, mon âme,
De pain et lumière, de sommeil et d’amour.
La lumière insatiable, l’amour inassouvi.
Nous ne rassasierons jamais la privation,
Nous mangerons et nous aurons faim, puis nous aurons soif.

Nos arbres seront pareils à des corps
Mutilés, chétifs, à demi éclairés,
Partagés entre ténèbres et lumière,
Entre la négation et l’affirmation.

Comme s’ils cherchaient encore plus de lumière dans la lumière.

Notre demeure sera à demi obscurcie
Dans l’immobile infini du temps.
Comme si elle n’était pas comblée de son et de mémoire
Comme si elle n’était pas rassasiée de tout le sommeil
Dans le sommeil où nous avons dormi

Nous ne nous assouvirons jamais, mon âme.

(Georges Themelis)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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Je ne sais pas (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Marie Noël
    
Je ne sais pas si vous avez jamais compris
combien j’aime être pauvre, faible, chétive…

Ce n’est pas que je ne goûte comme tout le monde
ce qui est grand, beau, riche et fort, mais pour moi-même,

plus je me sens petite, dénuée de biens, d’habileté et de sagesse,
moins je possède, moins je suis, moins je pèse,
mieux j’ai accès dans le domaine des Anges et des Ailes.

(Marie Noël)

 

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ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE

Il faudrait que survint quelqu’un d’autre que moi
Et qu’il te saluât avec plus d’éloquence,
Admirant ta beauté sans bégayer d’émoi,
Un peu fou, hardi, vif, encore dans l’enfance.

«Beauté, te dirait-il, où que mènent tes pas
C’est pour toi que surgit la flamme du génie
Et l’esprit créateur perçoit dans tes appas
L’oeuvre antique et divine, admirable harmonie.

En attendant sur ton trône le Jamais Vu,
L’artiste à l’oeil altier te tient en déférence.
Tu fais tomber d’un mot, à peine est-il conçu,
Les murs de Jéricho de notre indifférence ! »

Ainsi dirait-il. De sa lèvre fuserait
Un hosanna pour toi comme celui du prêtre
Adorateur du feu dans l’épaisse forêt
Et qui voit près de lui les flammes apparaître.

Belle Réalité qui fais baisser les veux,
Mon âme veut cueillir une dernière rose,
Et répandre son eau, jardinier malheureux,
Sans un mot, devant toi, sur sa robe déclose.

II
Tel Désir du faucon qui veut qu’elle succombe,
Qui d’un coup d’aile ardent pourchasse la colombe,

Je poursuis quant à moi la timide beauté,
Car dans le sombre ciel de mon coeur attristé
Le regard de la Belle a versé la lumière.
Tout en la bénissant, il attend la voix chère
Qui saura le louer. Si je puis la saisir
Je la déchirerai, pourtant, tel le Désir

Du faucon en plein ciel qui poursuit la colombe
De son coup d’oeil puissant, qui veut qu’elle succombe !

Petit oiseau chétif que la pluie a trempé,
Ne sachant dignement alerter ta beauté,
Me débattant au sol, je traîne mon plumage
Et j’attends tout tremblant que sourie ton visage;
Qu’elle me sourie donc, puisque je me débats !
C’est l’hommage, le seul, digne de ses appas.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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DEPUIS QUE TU ES PARTIE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Jean-François Millet
    
DEPUIS QUE TU ES PARTIE

C’est depuis que tu es partie que sont plus froids.
Ici, le seau, le lait, le manche de la hache,
Et que le bois fendu s’affaisse et se détache.
Vois-le tomber, livide et tout roide à la fois!

Sur le sol sourd, le vent dans ses habits s’engage.
Il recherche sa proie, s’arrête, fouille et tranche,
Et de son tourbillon précipite les branches.
Frêle, la feuille alors bronche et tombe avec rage.

Moi, dans un doux vallon déjà je me croyais…
L’aube neuve épousait mes cheveux qui ondulent,
La plante de mes pieds brillait au crépuscule,
Et du Nord et du Sud tes seins me protégeaient.

Je suis assis, chétif… toi t’épanouissant,
Monde lointain, fleur de chiendent… Je te regarde.
Dans ton coeur bleu un ciel de cendre se hasarde
Moi langé par le soir qui tombe immensément…

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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CARCERI D’INVENZIONE (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



 

Illustration:  Giovanni Battista Piranesi
    
CARCERI D’INVENZIONE *

Ces voûtes sombres claires sombres

éclairs sans ciel
rayons sans astre
ni nocturnes ni diurnes

ces voûtes
rationnelles et énigmatiques

ces fosses et ces trous
sont nos abris
ces crevasses ces galeries
sont nos antres
ces ponts et ces poutres
nos routes vers l’erreur

devant cet attirail
qui nous dépasse
nous paraissons
chétifs et sans voix

rêveurs debout
prisonniers
invaincus

Ces grouillantes
oubliettes
où l’abandon règne

ces voûtes de rêve
à l’infini sombres
à l’infini claires
infinies

impénétrables
sont
nos rêveuses têtes

* Prisons imaginaires : suite de dix-huit eaux-fortes de Piranèse.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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Les Astres (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Illustration:  Jean Zakarauskas
    
Les Astres

Chétives sont nos voix
Parmi le chant des sphères
Vains sont nos cris
Précaires nos fables
Périssables nos corps
Liés au persistant univers

Face au monde sans confins
A la magie des actres
Que peuvent nos mots
En leur membrane singulière ?

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans la maison de l’âme (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux

    
Dans la maison de l’âme

Plus au fond, tout au fond, dans la Maison de l’Âme,
Où vont et viennent et s’assoient autour d’un feu,
Les Passions avec leurs visages de femme.
(Rodenbach)

Dans la Maison de l’Âme, les Passions —
jolies femmes vêtues de soie,
la tête ornée de saphirs, sont chez elles.
Toutes les salles, de l’entrée jusques au fond,
sont maintenues sous leur pouvoir. Dans la plus belle,
pendant leurs nuits d’exaltation,
on danse, on boit, et leurs cheveux dénoués ondoient.

Dehors, pauvresses pâles et chétives,
les Vertus, en vieux vêtements,
prêtent l’oreille, non sans amertume,
au tapage endiablé des courtisanes ivres.
Le visage collé aux vitres qui s’allument,
Elles voient, muettes, pensives,
Les fleurs du bal et ses lueurs et ses diamants.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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La pluie faisait corps (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



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La pluie faisait corps
Sans failles
attentif au chétif
à l’écharpe des lisières

Le front contre la vitre
ils rêvaient longtemps
à ce qu’aurait été la vie
s’ils avaient été heureux

(Georges Bonnet)

 

 

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Bacio (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



 

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Bacio

Baiser! rose trémière au jardin des caresses!
Vif accompagnement sur le clavier des dents
Des doux refrains qu’Amour chante en les coeurs ardents
Avec sa voix d’archange aux langueurs charmeresses !

Sonore et gracieux Baiser, divin Baiser!
Volupté non pareille, ivresse inénarrable!
Salut ! l’homme, penché sur ta coupe adorable,
S’y grise d’un bonheur qu’il ne sait épuiser.

Comme le vin du Rhin et comme la musique,
Tu consoles et tu berces, et le chagrin
Expire avec la moue en ton pli purpurin…
Qu’un plus grand, Goethe ou Will, te dresse un vers classique:

Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,
T’offrir que ce bouquet de strophes enfantines:
Sois bénin, et pour prix, sur les lèvres mutines
D’Une que je connais, Baiser, descends, et ris.

(Paul Verlaine)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Fantaisie (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2016



Fantaisie

L’homme habitait un quart de pomme ;
La femme, un huitième de poire.
Leur vieille cousine Opportune
Vaquait dans une demi-prune.
Il y avait monsieur Léon
Qui débordait d’un gros citron
Et sa soeur, madame Émérence,
Qui emplissait toute une orange.
Quant à moi, chétive fillette,
Je tenais dans une noisette
Et, comme je n’étais pas grosse,
Il arrivait, les jours de fête,
Que je m’y déplace en carrosse.

(Maurice Carême)

 

 

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