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RONDEAU DE LA VIE QUI SE RETIRE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



Illustration: Jérôme Royer
    
RONDEAU DE LA VIE QUI SE RETIRE

Démon Vital, toi qui dans ma jeunesse
Tenais bandés mes tendons résolus,
Précipitant vers amour et prouesse
Tout mon squelette aujourd’hui si perclus, —
De mes fols sens, de mon coeur chimérique
Combien de fois forças-tu les transports!
Combien de fois à travers tout mon corps
Ai-je senti ton fluide électrique,
Démon Vital!

Ô si longtemps dans ma boîte à cervelle
Toi qui soutins les pensers chevelus,
Et de ma jambe et de mon rein fidèle
Les bonds musclés et les combats râblus,
Tant que ton flot ruissela dans ma tête,
Tant que ton feu délia mes ressorts,
Beauté n’était ni palmes ni trésors
Dont mon ardeur n’entreprit la conquête,
Démon Vital!

Démon Vital, maintenant tu me quittes;
Dans mes vieux nerfs tes généreux influx
Ont espacé, puis cessé leurs visites,
Tes chauds courants ne me fréquentent plus.
A quel ennui ta retraite me livre!
De l’ancien souffle â peine un reste encor,
Oiseau blessé, volète dans mon for,
Et je me meurs de ne plus vouloir vivre,
Démon Vital.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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L’ARBRE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



Illustration 
    
L’ARBRE

Je me suis dévêtue pour monter à un arbre ;
mes cuisses nues embrassaient l’écorce lisse et humide;
mes sandales marchaient sur les branches.

Tout en haut, mais encore sous les feuilles et à l’ombre de la chaleur,
je me suis mise à cheval sur une fourche écartée
en balançant mes pieds dans le vide.

Il avait plu. Des gouttes d’eau tombaient et coulaient sur ma peau.
Mes mains étaient tachées de mousse,
et mes orteils étaient rouges, à cause des fleurs écrasées.

Je sentais le bel arbre vivre quand le vent passait au travers;
alors je serrais mes jambes davantage et j’appliquais mes lèvres ouvertes
sur la nuque chevelue d’un rameau.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Julie Longchamp (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Julie Longchamp

Nous allions rêvant sous les chênes,
Ensemble, dans les bois touffus;
Par les soirs aux fraîches haleines
Sont les grands chênes chevelus.

A travers le temps et l’espace
Qui mêlent les flots et les jours,
Sans qu’aucune épreuve nous lasse,
Notre amitié dura toujours.

La voilà froide sous la terre,
Où tout tombe éternellement;
Ce coeur charmant est en poussière,
Esprit, bonté sont au néant.

(Louise Michel)


Illustration: Alexandre Séon

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Et la montagne (Maurice Benhamou)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017




    
Et la montagne
devient un grand épaulement de nuit,
une nuit dans la nuit
pour ceux qui attendent
se taisant, oh, se taisant,
tant que la chair embue de nuit
se mue en de la terre inviolable,
de la matière de silence.

Ce fut une nuit
à l’odeur de terre moisie,
à l’odeur de cachot ;
l’instant d’une seule étoile
indifférente
la nuit
de la Révélation du Rien.

Miasmes de temps
qu’exhalent
les tièdes obscurités végétales.
Dans le chevelu des étoiles
grésillent des « où ? » des « quoi ? »

Un glacis d’effroi
ourle
le champ du guetteur.

(Maurice Benhamou)

 

Recueil: Tréfonds du Temps
Editions: Unes

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Je brûle (Jacques Cassabois)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



Je brûle

Oh !
J’ai ici,
sous la peau,
sous les côtes,
sous le cœur,
derrière,
derrière,
derrière encore,
un …
un …
C’est rond,
et lourd,
et chaud,
C’est chevelu comme un brouillon,
et parfois
chauve comme un labour.
C’est tout au bout de moi,
Si loin.
Je ne suis pas si loin pourtant.
C’est dans les mots
Quand je me tais, si près,
si près.
Ca court, ça danse
et me devance,
Et moi,
derrière,
derrière,
je brûle d’impatience
de capturer ce feu follet.
Mais vous qui me voyez passer,
donnez-moi donc
une montagne de papier,
un océan de paille,
ou
une grande cause enflammée,
sinon
je n’aurais bientôt plus
qu’un tas de cendres
à me fumer
sous la dent.

(Jacques Cassabois)

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