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Posts Tagged ‘cheveux’

Fleur d’oranger (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Fleur d’oranger

Tes compagnes, ô jeune fille! ont cherché ce matin
dans la campagne humide de rosée une fleur
pour former ta parure virginale.
Tu vas nous quitter pour suivre celui que tu aimes,
tu ne partageras plus nos danses et nos jeux.
Accepte cette fleur d’oranger, c’est son doux parfum
qui nous a conduites vers elle.
Nous nous sommes approchées de l’arbre,
et la fleur d’oranger nous a dit:

Vous cherchez un bouquet pour orner le sein d’une fiancée.
Cueillez-moi.
Je suis blanche comme elle, douce comme elle;
semblable à la chasteté, mon parfum dure longtemps encore
après qu’on m’a cueillie.
Fleur des fiancées, lui avons-nous demandé,
pourquoi portes-tu des fruits sur ta branche?
Elle nous a répondu.
Je suis l’emblème de la mariée: amante encore,
elle est mère; la femme vit auprès de ses enfants,
la fleur à côté du fruit.

Alors nous l’avons cueillie.
Partage cette branche d’oranger, jeune fille,
mets-en la moitié dans tes cheveux,
l’autre moitié sur ton sein.
C’est le dernier don de tes chères compagnes.
Ce soir nous te conduirons à l’église, et ta mère en t’embrassant
fermera derrière toi la porte de la maison de l’époux.
Conserve notre guirlande et notre bouquet, jeune fille,
conserve-les bien, et puisses-tu, quand la fleur d’oranger sera fanée,
ne pas regretter le temps où tu étais blanche comme elle.

(J.J. Grandville)

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LE GARÇON BOUCHER (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: Alfred Boucher
    
LE GARÇON BOUCHER

Toujours te sourire,
Jamais te toucher,
Tu me rendras pire
Qu’un garçon boucher!

Apprends qui je suis,
Sache qu’en dormant
J’égorge, la nuit,
Cette femme enfant

Qui est dans tes yeux,
Qui penche la tête,
Je tords ses cheveux,
Je trahie une bête

Vague, blanche et nue,
Grande comme toi,
Quand elle remue
J’enfonce tout droit

Le couteau joyeux,
Le couteau rageur,
Je le sens heureux
D’aller dans ton cœur.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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MAJORQUE (Renée Brock)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019




    
MAJORQUE

L’odeur de la résine et sa jupe empesée
La barque « Filea » : ma vie heureuse ancrée.

Mes deux fils de quinze ans, deux poissons sans écailles,
Tirent des traits de cuivre au flanc vert de la vague.

La chaleur est une énorme reine assise
Sur treize chaises de bougainvillée rose.

Grenade, Algésiras et les balcons de fer,
Les murs blancs, la rosée marine, les oranges,

Les pâtisseries que l’on nomme
« Ensaimadas » avec leur sucre en cheveux d’ange.

L’île est une main d’or qui serre mon bonheur
Dans le creux corail de sa paume.

Nul ne sait où nous sommes.

D’être heureuses, mes mains s’ouvraient comme des fleurs.

(Renée Brock)

 

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J’ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



puma

J’ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche,
sans manger je vais par les rues, et je me tais,
sans le soutien du pain, et dès l’aube hors de moi
je cherche dans le jour le bruit d’eau de tes pas.

je suis affamé de ton rire de cascade,
et de tes mains couleur de grenier furieux,
oui, j’ai faim de la pâle pierre de tes ongles,
je veux manger ta peau comme une amande intacte,
et le rayon détruit au feu de ta beauté,

je veux manger le nez maître du fier visage,
je veux manger l’ombre fugace de tes cils,
j’ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule

et je te cherche, et je cherche ton coeur brûlant
comme un puma dans le désert de Quitratúe.

***

Tengo hambre de tu boca, de tu voz, de tu pelo,
y por las caltes voy sin nutrirme, callado,
no me sostiene el pan, el alba me desquicia,
busco el sonido líquido de tus pies en el día.

Estoy hambriento de tu risa resbalada,
de tus manos color defuriosogranero,
tengo hambre de la pálida piedra de tus uñas,
quiero comer tu piel como una intacta almendra.

Quiero comer el rayo quemado en tu hermosura,
la nariz soberana del arrogante rostro,
quiero comer la sombra fugaz de tus pestañas

y hambriento vengo y voy olfateando el crepúsculo
buscándote, buscando tu corazón caliente
como un puma en la soledad de Quitratúe.

(Pablo Neruda)

 

 

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Dans mon lieu de naissance (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Dans mon lieu de naissance
Le coiffeur de mon enfance
Ne m’a pas reconnu
Et a coupé mes cheveux
Sans y prêter attention

(Abbas Kiarostami)

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JE RENTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019




    
JE RENTRE

Mon chapeau se cabosse
j’entends maintenant les aboiements récents
la fenêtre m’applaudit aussitôt
et ma table sourit

je regarde au loin le bouton de sonnette
et le vent actif agace mes cheveux
l’être innombrablement ailé je le suis aussitôt
je partis oubliant mon cerveau

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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BERCEUSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019




    
BERCEUSE

Je vous donne mes rêves
afin que vous sachiez
l’odeur de vos cheveux

Je vous donne mes songes
pour que vous connaissiez
la lumière de vos yeux

Je vous donne mes fièvres
parce que vous oubliez
le parfum de vos lèvres

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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A ma fenêtre (Évelyne Trouillot)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2019



 

oiseau-fenetre

A ma fenêtre
un oiseau à tire-d’aile
J’ai mal aux cheveux gris

(Évelyne Trouillot)

 

 

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LA LUMIÈRE TOMBÉE DE LA NUIT (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
LA LUMIÈRE TOMBÉE DE LA NUIT

verse sphinge
tes larmes dans mon délire
pousse avec des fleurs dans mon attente
car le salut célèbre
le jaillissement du néant

verse sphinge
la paix de tes cheveux de pierre
dans mon sang enragé

je ne comprends plus la musique
de l’ultime abîme
j’ignore le sermon
du bras du lierre
mais je veux être à l’oiseau amoureux
qui entraîne les fillettes
ivres de mystère
je veux l’oiseau savant en amour
le seul qui soit libre

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Les aventures perdues
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Ypfilon

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LE FAUX ET LE VRAI VERT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    

LE FAUX ET LE VRAI VERT

Tu ne m’attends plus avec le coeur vil
de l’horloge. Qu’importe si tu ouvres
ou fixes la désolation : il reste les heures épineuses,
dénudées, avec les feuilles qui soudain
cognent contre les vitres de ta
fenêtre, haute sur deux allées de nuages.
Il me reste la lenteur d’un sourire,
le ciel sombre d’une robe, un velours
couleur rouille enroulé sur tes cheveux
et déployé sur tes épaules et ton visage
noyé dans une eau à peine mouvante.

Coups de feuilles d’un jaune rugueux,
oiseaux de suie. D’autres feuilles
craquèlent les branches et déjà s’élancent,
enchevêtrées : le faux et le vrai vert
de l’avril, ce rictus moqueur
à la sûre fleuraison. Mais tu ne fleuris plus
tu n’ajoutes plus les jours ni les songes qui s’élèvent
de notre au-delà, tu n’as plus tes yeux
d’enfant, tu n’as plus tes mains tendres
pour chercher mon visage qui me fuit ?
Reste la pudeur d’écrire des vers
de journal ou de pousser un cri dans le vide
ou dans ce coeur incroyable encore
en butte avec son temps exhaussé.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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