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L’HOMME DE LA RUE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Joan Miro

    

L’HOMME DE LA RUE

Je suis allé à la maison de l’homme de la rue,
j’y ai trouvé sa compagne.
Je lui ai demandé : Où est l’homme de la rue ?
Elle a dit : L’air libre est son chez-soi.

Je lui ai demandé : À quoi ressemble-t-il ?
Elle a dit : Aucune femme ne sait.
Il pleurnichait un peu quand
sous mes draps il s’est glissé.

Il s’est couché sur moi tel un oiseau,
dit-elle avec un brin de dérision.
Bon, dans l’empressement de ses ailes
à peine s’il a prononcé mon nom !

Et lorsqu’il est parti, étiez-vous triste ?
Oh non, à peine si j’en ai eu conscience…
Elle s’est levée, est allée à la fenêtre,
indolente et immense…

Puis tout à coup, son corps s’est brisé
Comme une pierre, en deux parties,
et quand l’oiseau sauvage s’est échappé :
C’est l’homme de la rue, a-t-elle gémi.

***

EVERYMAN

I went to the house of Everyman,
I found his woman there.
I asked her, Where is Everyman?
She said, His home is air.

I asked her, then, What is he like?
She said, No woman knows.
He moaned a little as he crept
beneath my linen clothes.

He lay upon me as a bird,
she said with half disdain.
Why, in the hurry of his wings
he scarcely spoke my name!

And when he left you, did you grieve?
Oh, no, I scarcely knew…
She rose, and to the window moved,
indolent and huge…

Then all at once her body broke
in two parts, like a stone,
and as the savage bird escaped,
It’s Everyman, she moaned.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Non plus de quelque architecture aérienne et trop pure (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2015



Gao Xingjian

Non plus de quelque architecture aérienne et trop pure,
quelque complexe et subtil jeu de lignes à travers quoi pour l’éternité joue le vide.
Il s’agit de descendre. Plus bas. Encore plus bas.
Nous sommes au niveau de la terre noire,
au niveau des odeurs humides, de la fraîcheur obscure,
au niveau de la naissance des pensées verdoyantes.
Nous sommes chez nous.

(Paul Nougé)

Illustration: Gao Xingjian

 

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