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J’écris sur le ciel (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2021



J’écris
Sur le ciel
Avec une plume arrachée au vol de l’oiseau rapide
Sur le sable avec mon doigt
Sur tous les murs de la ville avec de la peinture
Sur la feuille vierge
Avec un crayon bien taillé
Sur l’écorce de l’arbre avec un couteau
Sur le tableau noir
Avec des craies de toutes les couleurs
J’écris ton prénom
Qui n’est pas toujours le même
Car à chaque fois
Le vent l’emporte
La vague le submerge
Les affiches le recouvrent
La gomme l’efface
La cognée l’abat
Le chiffon l’essuie.

(Jean-Baptiste Besnard)

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UN NOM FAUFILÉ DE SILENCES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



    
UN NOM FAUFILÉ DE SILENCES

avec le bout de ma langue j’allaitais les fautes.
ZEYNEP KOYLU

I
Le hennissement d’un cheval
déchire la housse du sommeil,
réajuste les images
et le tilleul bréhaigne frémit.
Le maçon, un homme sans visage,
décharge des briques crues et des pierres
devant la porte branlante.
Le muret et le four ancien
reviennent à leurs places
et moi, fillette de cinq ans,
je cours autour de la claie et je pleure
pendant que le cochon mord à belles dents
ma poupée de chiffon,
l’unique,

comme toutes les amours uniques
que le temps disjoint,
comme s’il voulait vérifier
l’endurance du cœur.
Personne ne m’entend.
Les araignées tissent des voiles de mariée
sur le poirier en fleur,
le maçon, impassible, taille
des pierres pour une nouvelle maison
dans laquelle il n’entrera pas.
Si je l’avais appelé,
si j’avais dit grand-père,
aurait-il entendu le sang ?

II
Je n’ai jamais prononcé à haute voix
son nom
que j’apprenais d’une photo,
clouée sur une poutre au grenier.
Les silences de mon père,
les oiseaux de l’accusation
dans les yeux de maman
à cause d’un péché d’autrui
rongeant le sang de la descendance.
Le sommeil rend des mots oubliés
et m’apprend les mantras de la nuit
que la vie passe sous silence.
Son nom est un chaton apeuré
enfoui sous le lit de ma langue.
Je l’épelle en sourdine
avec la persistance de quelqu’un
qui ne veut pas se réveiller
avant de réécrire le songe
de sa vie.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA MOISSON (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



Illustration: Joseph Matar
    
LA MOISSON

Des coquelicots, fleurs du sommeil,
Envahirent les blés.
L’éclat de la faucille, un sifflement dans les champs de blé mûr,
Une rumeur dans l’air que le feu torture.

O la joie folle dans l’ivresse de la mort,
Mais la tristesse plus encore.
Roi de l’étendue, l’épouvantail balance
Sa tête de chiffons, ses bras de bâtons.

Qui vient pour allaiter les sanglots de l’enfant
Oublié là, dans la terre à sillons ?
Donnez-moi la cruche avec l’eau tiède,
Faites encore des liens pour les gerbes.

Dans la plaine il y a, sur le ciel embrasé, le mirage
Un mensonge aux couleurs criardes.
A l’abri du soleil le boyard
Veille sur sa belle récolte.

Vent, où donc iras-tu pour calmer la douleur
Des plaies, le feu des fronts ridés ?
Roi de l’étendue, l’épouvantail regarde.
En chiffons la tête, en bâtons les bras.

(Mihai Beniuc)

 

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LE CHANT DES HUMILIES (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



Dastid Miluka  Portrait3 [1280x768]

LE CHANT DES HUMILIES

Dans l’âpre senteur des multiples sauces,
Parmi les cris, j’avance sur le pavé gris,
Les enfants sont des vieux d’affreuse expérience,
Leur face ne trahit santé, rire, ni rêves.

En cheveux à midi,
Affublées de chiffons,
Les femmes portent le déjeuner dans des cruches,
Leur oeil est mort, leur coeur est mort.

Et je vais parmi elles dans l’horreur de connaltre
Derrière chaque face, une face de vengeance,
Qui se lève à chaque instant comme la mer
Dans ce lit étroit de poissons pourrissants.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Dastid Miluka

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Les P’tits Papiers (Serge Gainsbourg)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018




Les P’tits Papiers

Laissez parler
Les p’tits papiers
A l’occasion
Papier chiffon
Puissent-ils un soir
Papier buvard
Vous consoler

Laisser brûler
Les p’tits papiers
Papier de riz
Ou d’Arménie
Qu’un soir ils puissent
Papier maïs
Vous réchauffer

Un peu d’amour
Papier velours
Et d’esthétique
Papier musique
C’est du chagrin
Papier dessin
Avant longtemps

Laissez glisser
Papier glacé
Les sentiments
Papier collant
Ça impressionne
Papier carbone
Mais c’est du vent

Machin Machine
Papier machine
Faut pas s’leurrer
Papier doré
Celui qu’y touche
Papier tue-mouches
Est moitié fou

C’est pas brillant
Papier d’argent
C’est pas donné
Papier-monnaie
Ou l’on en meurt
Papier à fleurs
Ou l’on s’en fout

Laissez parler
Les p’tits papiers
A l’occasion
Papier chiffon
Puissent-ils un soir
Papier buvard
Vous consoler

Laisser brûler
Les p’tits papiers
Papier de riz
Ou d’Arménie
Qu’un soir ils puissent
Papier maïs
Vous réchauffer

(Serge Gainsbourg)

Illustration
 

 

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Un peintre (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Un peintre, c’est quelqu’un qui essuie la vitre entre le monde et nous
avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence.

(Christian Bobin)

Illustration

 

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Othis (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Othis

C’était un peintre
qui cherchait des sujets
dans un village-souris
si-il-vi si-il-vi
s’il vit.

Le boucher souilla de sang
une robe bise
une robe grise
une robe de vent une robe de brise
dans le village-souris
si-il-vi si-il-vi
s’il va.

La laveuse portait des torchons
en tas sur sa fatigue
la digue
comme des pelures d’oignon
si-il-vi si-il-vi
s’il vit.

Ils les mirent un peu partout
la robe bise et les chiffons
le vent sécha le sang du mouton
puis se baisèrent la bouche à doux
dans leur village-souris
si-il-vi si-il-vi
s’il va.

Le boucher partit
la laveuse aussi
le peintre peignit
le village en gris souris
puis s’endormit.
Voilà tout ce que l’oiseau vit
si-il-vi si-il-vi
tireli la fontaine
barbela marjolaine
s’il vit
Sylvie.

(Armand Lanoux)


Illustration

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La Folle (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018



Illustration: Sara Castro
    
La Folle

Elle a les cheveux blancs, très blancs. Elle est jolie
Encore, dans sa robe aux chiffons de couleur.

Elle emporte, en passant, des branches qu’elle oublie:
Les jardins sont absents et morte est la douleur.

Elle a des yeux d’enfant qui reflètent les jours,
Eau transparente ou passe et repasse une fuite.

Sa sagesse est donnée avec des mots sans suite,
Des mots divins qui vont mourir dans le vent lourd.

(Edmond-Henri Crisinel)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Oeuvres (complètes)
Traduction:
Editions: L’âge d’homme

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Te souviens-tu de ce rêve (Napoléon Bonaparte)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2018




    Te souviens-tu de ce rêve où j’ôtais tes souliers, tes chiffons
et je te faisais entrer tout entière dans mon coeur?
Pourquoi la Nature n’a-t-elle pas arrangé cela comme cela ?
Il a bien des choses à faire.

(Napoléon Bonaparte)

 

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Avalanche (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
Avalanche

J’ai été pris dans une avalanche
elle a recouvert mon âme
Quand je ne serai plus bossu
je dormirai sous une colline dorée
Toi qui veux vaincre la douleur
tu dois apprendre à me servir

Tu me heurtes par hasard
en allant chercher de l’or
Le boiteux que tu habilles et nourris
n’a ni faim ni froid
Il ne recherche pas de compagnie
pas au centre du monde

Quand j’étais sur ce piédestal
tu ne m’y avais pas hissé
Tes lois ne m’obligent pas
à m’agenouiller grotesque et nu
Je suis moi-même le piédestal
de cette bosse que tu regardes

Toi qui veux vaincre la douleur
tu dois apprendre ce qui m’adoucit
Les miettes d’amour que tu m’offres
sont les miettes que j’abandonne
Ta croix ne te donne aucun titre
ce n’est que l’ombre de ma blessure.

J’ai commencé à me languir de toi
moi qui n’ai aucun besoin
J’ai commencé à t’attendre
moi qui n’ai nul appétit
Tu dis que tu es loin de moi
mais je sens ton souffle quand tu respires

Ne t’habille pas pour moi de chiffons
je sais que tu n’es pas pauvre
Et ne m’aime pas avec tant de violence
quand tu sais ne pas être sûre
C’est ton monde bien-aimé
c’est ta chair que je porte.

***

Avalanche

Well I stepped into an avalanche,
it covered up my soul;
when I am not this hunchback that you see,
I sleep beneath the golden hill.
You who wish to conquer pain,
you must learn, learn to serve me well.

You strike my side by accident
as you go down for your gold.
The cripple here that you clothe and feed
is neither starved nor cold;
he does not ask for your company,
not at the centre, the centre of the world.

When I am on a pedestal,
you did not raise me there.
Your laws do not compel me
to kneel grotesque and bare.
I myself am the pedestal
for this ugly hump at which you stare.

You who wish to conquer pain,
you must learn what makes me kind;
the crumbs of love that you offer me,
they’re the crumbs I’ve left behind.
Your pain is no credential here,
it’s just the shadow, shadow of my wound.

I have begun to long for you,
I who have no greed;
I have begun to ask for you,
I who have no need.
You say you’ve gone away from me,
but I can feel you when you breathe.

Do not dress in those rags for me,
I know you are not poor;
you don’t love me quite so fiercely now
when you know that you are not sure,
it is your turn, beloved,
it is your flesh that I wear.

(Leonard Cohen)

 

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