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Poésie

Posts Tagged ‘chiffre’

Divisibles par neuf (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2018




    
Je me souviens que tous les nombres
dont les chiffres donnent un total de neuf
sont divisibles par neuf
(parfois je passais des après-midi à le vérifier…).

(Georges Perec)

 

Recueil: Je me souviens
Traduction:
Editions: Hachette

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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DIEUX DE COPAN (Miguel Angel Asturias)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



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DIEUX DE COPAN

D’un vert humide, ces visages de pierre
et ce rictus figé des lèvres,
d’un vert humide, ces visages de pierre
et ce sourire des pommettes saillantes,
d’un vert humide, ces visages de pierre.

D’un vert humide, ces mains de pierre,
ces doigts en volutes de bagues,
d’un vert humide, ces mains de pierre,
ces ongles, croissants de rosée,
d’un vert humide, ces mains de pierre.

D’un vert humide, ces yeux de pierre,
ces pupilles du dehors par-dedans,
d’un vert humide, ces yeux de pierre,
cette épaisse paupière batracienne de la race,
d’un vert humide, ces yeux de pierre.

D’un vert humide, ces bras de pierre,
ces athlètes aux racines de chevilles,
d’un vert humide, ces jambes de pierre,
ces pieds pulpeux d’arbres fruitiers, ces doigts très longs,
d’un vert humide, ces doigts de pierre.

D’un vert humide, ce manteau de pierre,
cette brise de chiffres et de lunaisons,
d’un vert humide, ce manteau de pierre,
l’éternité en plumes de quetzal,
d’un vert humide, ce manteau de pierre.

(Miguel Angel Asturias)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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L’INSOMNIE (José Juan Tablada)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

L’INSOMNIE

Sur son tableau noir
il additionne des chiffres de phosphore.

(José Juan Tablada)

 

 

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Je vous lâche (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018


 


 

fenetre -1

Je vous lâche

Je vous lâche
vous serez courageux.
Pour s’enfuir
il faut
être deux.
J’étais
seul.

Je suis sorti
pour
mes dernières courses.
Label 5
cigarettes
légères.
Il faisait beau
un enfant courait
rien n’aurait pu
l’arrêter.

La caissière
m’a regardé
derrière ses chiffres.
J’ai voulu
lui laisser
la monnaie.

J’ai ouvert la fenêtre
aérer
pour toujours
cette unique pièce

nous fumions
ensemble.

(Balbino)

 

 

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Le chiffre (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Le chiffre

L’amitié silencieuse de la lune
(je cite mal Virgile) t’accompagne
depuis, cette nuit, aujourd’hui perdue
dans le temps, cette soirée où tes yeux
vagues l’ont déchiffrée pour toujours dans
un jardin, un patio qui sont poussière.
Pour toujours ? Je sais qu’une fois quelqu’un
pourra te dire en toute vérité :
Tu ne reverras pas la lune claire.
Tu viens d’épuiser la somme des chances
que t’accorde le destin. Inutile
d’ouvrir toutes les fenêtres du monde.
Il est tard. Tu ne la trouveras plus.
Nous vivons découvrant et oubliant
cette douce coutume de la nuit.
Regarde. C’est peut-être la dernière.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Lori Earley

 

 

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NUMÉRO UN (Ewa Lipska)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018




    
NUMÉRO UN

La planète a été réservée.
Et alors
qu’est-ce que ça peut bien faire.

La lune est inscrite au registre du cadastre.
Le soleil légué par acte notarial.

Villes numérotées. Rues alignées.
Un destin à plusieurs chiffres.

De nouvelles guerres
sont garanties
sur les biens immobiliers du Décalogue.

Des sommes folles d’espoir
s’envolent aux enchères.

Qu’est-ce que ça peut nous faire
si l’amour
brindille qui se balance au vent
reste toujours Numéro Un
et se penche vers nous.

(Ewa Lipska)

 

Recueil: Moi ailleurs l’écharde
Traduction: Isabelle Macor-Filarska et Irena Gudaniec-Barbier
Editions: Grèges

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LETTRE À MON PÈRE (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018


 


 

Alexander Anufriev

LETTRE À MON PÈRE

Un jour mon père quand je serai grand
je t’engendrerai je t’offrirai des ailes

une mémoire habitable avec tous les secrets
de l’amour et comment vivre de nous

je te donnerai la combinaison du coffre
de l’enfance et le chiffre de la mer

que tu n’as jamais traversée. Je
te donnerai la barbe du bon Dieu

et un grand tourbillon de voyelles
pour effrayer tes anges casaniers

et te mériter un petit paradis
perdu près de ma source.

(Guy Goffette)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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LES MAINS (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



LES MAINS

Elle est assise au bord des saisons
Et fait miroiter ses mains comme des rayons.

Elle est étrange
Et regarde ses mains que colorent les jours.

Les jours sur ses mains
L’occupent et la captivent.

Elle ne les referme jamais.
Et les tend toujours.

Les signes du monde
Sont gravés à même ses doigts.

Tant de chiffres profonds
L’accablent de bagues massives et travaillées.

D’elle pour nous
Nul d’accueil et d’amour

Sans cette offrande impitoyable
Des mains de douleurs parées
Ouvertes au soleil.

(Anne Hébert)

Illustration: Chantal Mainguy

 

 

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Loin (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018



LOIN
La ligne de l’abysse et le chiffre virgule
Me regardent curieusement tandis que je nais.

(Pierre Jean Jouve)

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