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Posts Tagged ‘chimère’

Les Moutons (Madame Deshouliéres)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020




Les Moutons

Hélas ! petits moutons que vous êtes heureux,
Vous paissez dans nos champs sans soucis, sans alarmes
Aussitôt aimés qu’amoureux,
On ne vous force point à répandre des larmes ;
Vous ne formez jamais d’inutiles désirs ;
Dans vos tranquilles corps l’amour suit la nature ;
Sans ressentir ses maux vous avez ses plaisirs.
L’ambition, l’honneur, l’intérêt, l’imposture,
Qui font tant de maux parmi nous,
Ne se rencontrent point chez vous,
Cependant nous avons la raison pour partage,
Et vous en ignorez l’usage.
Innocents animaux, n’en soyez point jaloux,
Ce n’est pas un grand avantage.
Cette fière raison dont on fait tant de bruit,
Contre les passions n’est pas un sûr remède ;
Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit ;
Et déchirer un coeur qui l’appelle à son aide
Est tout l’effet qu’elle produit ;
Toujours impuissante et sévère,
Elle s’oppose à tout et ne surmonte rien.
Sous la garde de votre chien
Vous devez beaucoup moins redouter la colère
Des loups cruels et ravissants,
Que, sous l’autorité d’une telle chimère,
Nous ne devons craindre nos sens.
Ne vaudrait-il pas mieux vivre comme vous faites
Dans une douce oisiveté ?
songe,
Ces prétendus trésors, dont on fait vanité,
Valent moins que votre indolence :
Ils nous livrent sans cesse à des soins criminels ;
Par eux plus d’un remords nous ronge ;
Nous voulons les rendre éternels,
Sans songer qu’eux et nous passerons comme un
Il n’est, dans ce vaste univers,
Rien d’assuré, rien de solide ;
Des choses ici-bas la fortune décide
Selon ses caprices divers.
Tout l’effort de notre prudence
Ne peut nous dérober au moindre de tes coups.

(Madame Deshouliéres)

 

 

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Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles! (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles!
Pauvre coeur inquiet qu’aucun bonheur n’emplit,
Missel enluminé qui s’attriste d’un pli,
Forêt d’où sort la plainte éternelle des trembles !

Je t’aime, ô ma beauté, puisque ton sort est tel
Que tu rêves d’amour en sachant que je t’aime,
Toi qui, pareille à moi, te tourmentes toi-même
En sentant fugitif ce qu’on rêve immortel.

Toi pour qui le présent est une source en fuite
Où, parmi l’eau qui souffre, on se mire un moment,
Tu comprends que je pleure, inconsolablement,
Le passé triste et cher comme un pays qu’on quitte.

Je t’aime, ô mon amour ! ô mon ombre ! ô ma soeur !
Il semble – tant notre âme a la même chimère —
Que nous avons jadis aimé la même mère
Et du même baiser partagé la douceur !

Je t’aime, ô mon amour, parce que l’un et l’autre
L’infini nous sépare ainsi qu’un noir témoin,
Puisque, même enlacés, nous nous sentons si loin
Sans jamais pouvoir faire un seul coeur qui soit nôtre !

Car nous sommes pareils à des miroirs jumeaux
Où tout se mire et luit d’identique manière,
Mais l’ombre de la nuit absorbe la lumière
Et nous nous sentons loin dans l’exil des trumeaux.

O coeur semblable au mien — coeur profond qui m’évoques
Un ciel d’automne, un ciel maladif et changeant
Où fleurit, parmi les nuages voyageant,
Toute une floraison d’étoiles équivoques !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Lauri Blank

 

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Entendre l’axe de la terre (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020



J’ai pris leur sens de la vue aux guêpes menues
Qui sucent l’axe de la terre, l’axe de la terre,
Je pressens tout ce qui m’est advenu
Et m’en souviens par cœur et par chimère.

Je ne joue pas de la voix noire de l’archet,
Et je ne chante pas et non plus ne dessine,
Je ne fais que boire la vie et il me plaît
D’envier les guêpes majestueuses et malignes.

Ô ! s’il était possible qu’un jour moi aussi,
La chaleur de l’été et l’aiguillon de l’air
Me donnent, dépassant mort et sommeil d’ici,
D’entendre l’axe de la terre, l’axe de la terre.

(Ossip Mandelstam)

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Votre rire est éclatant comme un bel oiseau des Iles (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



I

Votre rire est éclatant
Comme un bel oiseau des Iles.
Mais à rire on perd son temps,
O ma soeur, ma soeur fragile !

Vous savez des jeux plus fous
Que celui de « pigeon-vole ».
C’est un mauvais point pour vous,
O ma soeur, ma soeur frivole !

Vous manquez de sérieux
Et de vertus ménagères.
Vous n’irez jamais aux cieux,
O ma soeur, ma soeur légère !

II

Pourquoi ces mains, dont vous ne faites
Qu’un usage absolument vain ?
Mais quelle fête,
Quand je saisis leurs doigts divins !

Pourquoi ces yeux où ne réside
Rien du tout, pas même l’ennui ?
Mais quel suicide
Que de les perdre dans la nuit !

Pourquoi ces lèvres d’où j’écoute
Tomber des mots sans intérêt ?
Mais quelle absoute
Leur seul baiser me donnerait !

III

Le rire clair, l’âme sans reproche,
Un regard pur comme du cristal,
Elle viendra, puisque c’est fatal !
Moi, je l’attends les mains dans les poches.

A tout hasard, je me suis pourvu
D’un stock d’amour et de prévenances,
N’oubliant point qu’en cette existence
Il faut compter avec l’imprévu.

Tu n’auras donc, petite vestale,
Qu’à t’installer un jour dans mon coeur,
Il est, je crois, plus riche en couleur
Que ton album de cartes postales.

IV

Depuis tant de jours il a plu!
Pourtant, voilà que recommence
Un printemps comme on n’en voit plus,
Chère, sinon dans tes romances.

Adieu rhumes et fluxions !
Adieu l’hiver, saison brutale !
C’est, ou jamais, l’occasion
D’avoir l’âme sentimentale.

Que ne puis-je, traînant les pieds,
Et mâchonnant ma cigarette,
Cueillir pour toi, sur les sentiers,
De gros bouquets de pâquerettes !

V

Amie aux gestes éphémères,
Cher petit être insoucieux,
Je ne veux plus d’autre chimère
Que l’azur calme de tes yeux.

Pas besoin d’y chercher une âme !
De tels objets sont superflus.
Le seul bonheur que je réclame,
C’est de m’y reposer, sans plus.

Que m’importe l’horreur du vide ?
Je vais plonger, à tout hasard,
Ainsi qu’un nageur intrépide,
Dans le néant de ton regard.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Jeff Scher

 

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A flancs de coteau du village (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



A flancs de coteau du village
bivouaquent des champs fournis de mimosas.
A l’époque de la cueillette,
il arrive que, loin de leur endroit, on fasse la rencontre extrêmement odorante
d’une fille dont les bras sont occupés durant la journée aux fragiles branches.
Pareille à une lampe ont l’auréole de clarté serait de parfum, elle s’en va,
le dos tourné au soleil couchant.
Il serait sacrilège de lui adresser la parole
L’espadrille foulant l’herbe, cédez-lui le pas du chemin.
Peut-être aurez vous la chance de distinguer sur ses lèvres
la chimère de l’humidité de la nuit ?

(René Char)

Illustration

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L’instant (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2019



L’instant nous dilapide.
L’instant nous établit.
L’instant se consume
A l’abri des clôtures.
L’instant s’épuise
Aux façades de nos vies.
L’instant s’avive
Pour te nommer,
Chimère.

L’instant n’est plus
Et tu te lèves,
Amour.

(Andrée Chedid)

Illustration

 

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Oubli (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Alex Alemany-38

Oubli

I

Mon coeur, ô ma Chimère, est une cathédrale
Où mes chastes pensers, idolâtres du Beau,
S’en viennent à minuit sous la flamme lustrale
Râler leur requiem au pied de ton tombeau.

J’ai dressé sous le ciel du dôme un sarcophage
Dont la grave épitaphe en strophes de granit
Proclamera de l’aube à l’ombre et d’âge en âge
L’amen et l’hosanna de notre amour bénit.

II

Mon coeur est une crypte où parmi les pilastres
S’enroulent les remous de l’encens des oublis,
Et par l’heure qui luit de la lueur des astres
La paix des nuits se mire en les pavés polis.

Sur le carrare froid des marches sépulcrales
Déjà mes vieux pensers sont pâmés de sommeil :
Les lampadaires d’or s’endorment en spirales,
Et, ô la glauque aurore en le vitrail vermeil !

(Stuart Merrill)

Illustration: Alex Alemany

 

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Voyageur immobile (Christian A. Pilardeaux)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



Voyageur immobile
sur les chemins fous des rêves
qui accompagne une chimère

(Christian A. Pilardeaux)


Illustration

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Il était monté tout en haut de Notre-Dame (Jean-Paul Labaisse)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2019




    
Il était monté tout en haut de Notre-Dame,
Se tenant, essoufflé, près du lourd carillon.
L’infirme caressait le fabuleux bourdon
Et la vue de Paris émerveillait son âme…

Sous ses pieds s’étendaient la Seine et ses bateaux,
L’île de la Cité, ses places, ses venelles,
Les flèches et les tours, tranquilles sentinelles…
Plus loin, c’était Montmartre et ses charmants coteaux.

Quasimodo pencha la tête et regarda :
Sur le parvis dansait la belle Esmeralda,
Créoles, caraco doré, châle vermeil.

Et le bossu, parmi les gargouilles sévères,
Les griffons, les serpents, les guivres, les chimères,
Rêvait d’un peu d’amour et d’un rai de soleil…

(Jean-Paul Labaisse)

 

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Franchement je te le dis (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Franchement je te le dis,
O mon ange :
Chimère et cherry brandy,
Rien ne change !

Là où les Grecs ne rencontrent
Que beauté,
En trous noirs pour moi la honte
Seule bée.

Sur l’onde ils kidnappaient celle
Dite Hélène,
Moi je n’ai qu’écume et sel
Sur les lèvres.

Sur mes lèvres un seul baume :
Le néant ;
La misère ouvre ses paumes,
Me narguant.

Oh, vraiment, suis-je marri ?
Bagatelles !
Bois ton vin, ange Mary,
Tes cocktails !

Franchement je te le dis,
O mon ange :
Chimère et cherry brandy,
Rien ne change.

(Ossip Mandelstam)

***

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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