Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘chimérique’

La forme de ton coeur (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2019


iefpx9b1

 

Ta chevelure d’oranges dans le vide du monde
Dans le vide des vitres lourdes de silence
Et d’ombre où mes mains nues cherchent tous tes reflets.

La forme de ton coeur est chimérique
Et ton amour ressemble à mon désir perdu.
Ô soupirs d’ambre, rêves, regards.

Mais tu n’as pas toujours été avec moi. Ma mémoire
Est encore obscurcie de t’avoir vue venir
Et partir. Le temps se sert de mots comme l’amour.

(Paul Eluard)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

J’ai toujours aimé les êtres originaux (Paul Léautaud)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



Agnès Boulloche  7 [1280x768] 

J’ai toujours aimé les êtres originaux, bizarres, chimériques, singuliers.
Ils sont pour moi le sel de la vie, autant qu’en sont l’horreur les gens qui ressemblent à tout le monde.
J’aime leur fantaisie, leur folie.
Je les suis quand je les rencontre dans la rue, je cherche à me renseigner sur eux,
je voudrais les connaître et les fréquenter, je n’ai que dégoût pour ceux qui se retournent et rient sur leur passage.
Ils ont encore pour me plaire qu’ils sont souvent très bons, bien qu’étant toujours très pauvres.
N’est-ce pas curieux, cet assemblage si fréquent de l’originalité et de la bonté,
alors que les gens qui se ressemblent par milliers sont, dans leur médiocrité, en général si égoïstes et si malfaisants ?
Je rattache encore cela à tout ce qui sépare des êtres qui sont libres d’autres qui ne sont que des esclaves.
S’habiller à sa guise, agir et vivre de même, sans souci des sots qui s’étonnent ou qui se moquent,
c’est encore, dans un petit domaine, le signe d’un esprit libre.

(Paul Léautaud)

Illustration: Agnès Boulloche

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Devant l’écran pâle du soir (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



    
Devant l’écran pâle du soir,
l’église, avec ses tours pointues,
et le large campanile
où doucement se balancent les cloches,
se dresse, haute et sombre.

L’étoile est une larme
dans l’azur céleste.
Sous l’étoile claire
flotte, flocon échevelé,
un chimérique nuage d’argent.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ETANG CHIMERIQUE (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Alphonse Mucha Summer 1896 panel [1280x768]

L’ETANG CHIMERIQUE

Nos plus beaux souvenirs fleurissent sur l’étang
Dans le lointain château d’une lointaine Espagne
Ils nous disent le temps perdu ô ma compagne
Et ce blanc nénuphar c’est ton coeur de vingt ans.

Un jour nous nous embarquerons
Sur l’étang de nos souvenirs
Et referons pour le plaisir
Le voyage doux de la vie
Un jour nous nous embarquerons
Mon doux Pierrot ma grande amie
Pour ne plus jamais revenir.

Nos mauvais souvenirs se noieront dans l’étang
De ce lointain château d’une lointaine Espagne
Et nous ne garderons pour nous ô ma compagne
Que ce blanc nénuphar et ton coeur de vingt ans.

Un jour nous nous embarquerons
Sur l’étang de nos souvenirs
Et referons pour le plaisir
Le voyage doux de la vie
Un jour nous nous embarquerons
Mon doux Pierrot ma grande amie
Pour ne plus jamais revenir

Alors tout sera lumineux mon amie

(Léo Ferré)

Illustration: Alphonse Mucha

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au sommeil (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Toi qui, de tes pavots, enchaînes
Les yeux mêmes des Dieux et mênes
Souvent des mendiants au trône
Et des bergers près d’une belle,
Ecoute: Je ne te demande
Rien de chimérique aujourd’hui;
C’est le plus grand de tes services,
Bien-aimé, qu’il te faut me rendre.

Assis aux côtés de ma belle,
Je lis dans ses yeux du désir
Et je peux, sous la soie jalouse,
Voir se soulever sa poitrine;
Souvent l’Amour l’avait livrée
à mes baisers? mais il me faut
Etre privé de ce bonheur;
Inflexible, sa mère veille.

Ce soir, tu me retrouveras
Chez elle. Oh! entre, et, de tes plumes,
Répands l’odeur de tes pavots,
Dans le sommeil plonge sa mère!
Aux lueurs pâles des bougies
Qu’Annette, brûlante d’amour,
Comme sa mère dans les tiens,
S’abatte dans mes bras avides!

***

An den Schlaf

Der du mit deinem Mohne
Selbst Götteraugen zwingst
Und Bettler oft zum Throne,
Zum Mädchen Schäfer bringst,
Vernimm: Kein Traumgespinste
Verlang ich heut von dir.
Den größten deiner Dienste,
Geliebter, leiste mir.

An meines Mädchens Seite
Sitz ich, ihr Aug spricht Lust,
Und unter neid’scher Seide
Steigt fühlbar ihre Brust;
Oft hatte meinen Küssen
Sie Amor zugebracht,
Dies Glück muß ich vermissen,
Die strenge Mutter wacht.

Am Abend triffst du wieder
Mich dort, o tritt herein,
Sprüh Mohn von dem Gefieder,
Da schlaf die Mutter ein:
Bei blassem Lichterscheinen,
Von Lieb Annette warm
Sink, wie Mama in deinen,
In meinen giergen Arm!

(Goethe)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

CONTINUUM (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

https://arbrealettres.files.wordpress.com/2009/12/walnutofedenay_vladimir-kush.jpg

CONTINUUM

Dégel automnal. Le gland et l’amande
unis. Sommeil de demain, tout comme d’aujourd’hui :
un embrasement. Une langue de fumée
pour habiter nos bouches.

Au-dessous : le calme
de sable alluvial. Au-dessus : la sourde pleine lune, roulant
dans le vif du jour. La lune —
comme un clair nuage de pierre, au moment où le soleil
fleurit au-dessus de nous. Tout

reste à dire. L’éclat
des objets dans la lumière violente
du désir — et comment une pierre
peut disparaître
là où l’eau a commencé
à dégoutter.

Nous verrons la chose
qui est devant nous.
Et si nous la voyons,
si nous l’avons vue une fois, nous égalerons
la chose qui est en nous.
Infime lumière chimérique, qui dissipe
les distances et la terreur — puissions-nous ne pas
être longs à nous éveiller.

(Paul Auster)

Illustration: Vladimir Kush

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :