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IL ETAIT UNE FOIS AUJOURD’HUI (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



IL ETAIT UNE FOIS AUJOURD’HUI

Une étoile filante
une pomme qui tombe
le choc d’un seau
sur la margelle usée
ce marmot qui piète
sous les gouttelettes
d’un chant d’oiseau.

Ainsi frémit
à peine
l’insouciante éternité.

(Jean Mambrino)

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chant d’automne (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Chant d’automne

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

(Charles Baudelaire)

 

 

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Agates (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2018




    
Je me souviens des billes en terre qui se cassaient en deux dès que le choc était un peu fort,
et des agates, et des gros calots de verre dans lesquels il y avait parfois des bulles.

(Georges Perec)

 

Recueil: Je me souviens
Traduction:
Editions: Hachette

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PRESENTE – ABSENTE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



PRESENTE – ABSENTE

Toujours la même et d’une nuit à l’autre
Elle m’attend sous la lumière exsangue.
Elle est assise au centre de ma table.
Je la regarde : elle mange mon pain
Et boit mon vin goulée après goulée.
Toujours la même et sa bouche est un fruit
Qui saigne un peu — gercé par le sommeil.
Toujours la même… Elle ôte enfin sa robe,
Gagne ma couche y jetant un poids d’ombre
Sans que mon corps ne frémisse d’un choc.
Elle me parle en pétales qui brûlent
Et deviendront murmures calcinés.
Elle me parle et nous nous épousons
Chair contre chair jusqu’à jouir du feu
Dont au matin je respire la cendre.

(Jules Tordjman)

Illustration: Odd Nerdrum

 

 

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Aux Baléares : L’été passé (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Aux Baléares : L’été passé.

Ce qui fait le prix du voyage,
c’est la peur.

C’est qu’à un certain moment,
si loin de notre pays, de notre langue
(un journal français devient d’un prix inestimable.
Et ces heures du soir dans les cafés
où l’on cherche á toucher du coude d’autres hommes),
une vague peur nous saisit,
et un désir instinctif de regagner l’abri des vieilles habitudes.
C’est le plus clair apport du voyage.

A ce moment-là, nous sommes fébriles mais poreux.
Le moindre choc nous ébranle jusqu’au fond de l’être.
Qu’une cascade de lumière se rencontre,
l’éternité est là.

C’est pourquoi il ne faut pas dire qu’on voyage pour son plaisir.
Il n’y a pas de plaisir à voyager.
J’y verrais plutôt une ascèse.

C’est pour sa culture qu’on voyage
si l’on entend par culture l’exercice de notre sens
le plus intime qui est celui de l’éternité.

Le plaisir nous écarte de nous-même
comme le divertissement de Pascal éloigne de Dieu.

Le voyage,
qui est comme une plus grande et plus grave science,
nous y ramène.

(Albert Camus)

 

 

 

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Nuit de la Saint-Jean (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




Nuit de la Saint-Jean par-delà le mur de mon jardin.
De ce côté-ci, moi sans nuit de la Saint-Jean.
Parce que Saint-Jean il y a là où on le fête.
Pour moi il y a l’ombre d’une lueur de feux dans la nuit,
Un bruit lointain d’éclats de rire, le choc étouffé des sauts,
Et la clameur fortuite de qui ne sait pas que j’existe.

(Fernando Pessoa)

 

 

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LIBERTÉ (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



LIBERTÉ

A Pan-Mun-Jom
Faut tailler des joncs.

A Buenos Aires
Faut un revolver.

A Salonique
Faut s’armer de piques.

A Berlin
Faut pas s’tromper d’train.

A Moscou
Faut tenir le coup.

A Belgrade
T’en prends pour ton grade.

A Yokohama
Faut se faire tout plat.

A Québec
Béni-béni-bec.

A Pékin
Faut être pour Mâ-Chin.

A Shangai
Contre la racaille.

A Jérusalem
On pleure toute la semaine.

A Calcutta
Calcule ce que t’as.

A Bangkok
Faut subir le choc.

A Panama
Nu-tête il faut pas.

A Montevideo
Faut être comme il faut.

Plus bas à Cuba
Etre ou n’être pas.

A Rome
Il faut faire comme.

A Banga-Bango
Gare à ton gigot!

Lausanne, Genève
Les coeurs sant de neige.

Anvers, Amsterdam
Y’a des drôl’de dames.

Copenhague, Oslo
C’est pas du lolo.

New York, Tombouctou
Faut s’attendre à tout.

Bientôt dans la lune
On sera tous posthumes.

N’y a qu’à Viroflay
(Larirette, larirette)
N’y a qu’à Viroflay
(Poussez, poussez l’escarpolette)
N’y a qu’à Viroflay
Que je fais
Ce qui me plaît.

(René de Obaldia)

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Le choc d’un mot (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Le choc d’un mot suffit pour que ton cerveau chante :
Choc frais ou dur. Mais quel alphabet te tourmente ?

Est-il une frontière entre l’âme et l’oreille
Que tu doives franchir quant bourdonne l’abeille

Des tes veines, ô toi dont l’avancée extrême
Veut aboutir au trèfle incarnat du poème ?

Receleur des trésors de ta mélancolie,
Mais en proie au bûcher prometteur d’embellie,

En vain camoufles-tu ta faim sous des voyelles :
Ton invincible mal a pris couleur en elle.

(Jules Tordjman)

Illustration: René Baumer

 

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Une rose rouge à ma main (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018




    
Une rose rouge à ma main
Si pure
chaque feuille brûle,
à l’instant c’est plein feu
en chacun de mes yeux, ma tête en feu.

Ô mat carmin
vin gelé qui
éclate soudain en flammes rouges
et sang couleur feu
chaleur des fontaines,
échappé des digues du coeur.

Je peux d’un regard prendre votre lumière,
je peux me coucher humblement, plume voletant,
haletant, haletant pour vous,
je peux me laver au fond des flaques,
je peux tout boire votre brillance
vos douces flammes.

Une rose rouge pour mon sommeil
voyez comme elle est sombre,
du sang dans mon sommeil
un rêve d’ambre,
sur une mer rouge rêvée, moi cap blanc.

Ô triste clapotis
et sombres chocs
autour de mon pied rêveur —
Ô fontaine de deuil,
rêve immobile de femme,
blanc éclatant et sombre comme la suie.

Je peux me rêver près de vous
je peux pleurer, à vos côtés,
vous si rouge dans mon âme —
vous volcan brûlant, â jamais furieux
où je suis tombé.

Mort, o mort,
sombre, sombre rouge figé,
viens, o viens.

Mes mains sont si chaudes —
mes yeux brûlent de fatigue
au fond de ma tête, je ne sais
plus rien, je suis si fatigué.

Des voix dans la rue,
vent et lumière céleste —
autour de moi des mots vides,
mon oreille cède.

1l ne reste rien en moi
que ce pauvre désir affamé —
Il est la depuis si longtemps, si longtemps,
Il ne veut plus partir.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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