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Début d’après-midi (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

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Début d’après-midi

Le début d’après-midi
est un moment
mal choisi
pour
les poèmes.
La digestion,
Les Feux de l’amour
et même
Derrick
n’est plus là
pour réveiller
ma muse.
Il est 13h11…
à ce soir.

(Balbino)

 

 

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JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Charles Edouard Boutibonne
    
JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE

Certes je ne chanterai pas les amantes célèbres. Si elles ne sont plus, pourquoi en parler?
Ne suis-je pas semblable à elles ? N’ai-je pas trop de songer à moi-même?

Je t’oublierai, Pasiphaê, bien que ta passion fût extrême.
Je ne te louerai pas, Syrinx, ni toi, Byblis,
ni toi, par la déesse entre toutes choisie, Hélênê aux bras blancs!

Si quelqu’un souffrit, je ne le sens qu’à peine.
Si quelqu’un aima, j’aime davantage.
Je chante ma chair et ma vie, et non pas l’ombre stérile des amoureuses enterrées.

Reste couché, ô mon corps, selon ta mission voluptueuse !
Savoure la jouissance quotidienne et les passions sans lendemain.
Ne laisse pas une joie inconnue aux regrets du jour de ta mort .

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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IMPATIENCE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Odilon Redon
    
IMPATIENCE

Je me jetai dans ses bras en pleurant,
et longtemps elle sentit couler mes larmes chaudes sur son épaule,
avant que ma douleur me laissât parler :

« Hélas Ah! je ne suis qu’une enfant; les jeunes hommes ne me regardent pas.
Quand aurai-je comme toi des seins de jeune fille
qui gonflent la robe et tentent le baiser ?

« Nul n’a les yeux curieux si ma tunique glisse ;
nul ne ramasse une fleur qui tombe de mes cheveux ;
nul ne dit qu’il me tuera si ma bouche se donne à un autre. »

Elle m’a répondu tendrement :
« Bilitis, petite vierge, tu cries comme une chatte à la lune et tu t’agites sans raison.
Les filles les plus impatientes ne sont pas les plus tôt choisies. »

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vois, de belles filles… (Huang Fu-Ian)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



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Vois, de belles filles…

Vois ! De belles filles courent en bandes
Dans les larges couloirs,
Avec la musique et la gaieté portées sur la brise.
Viens ! Dis-moi si celle qui, cette nuit, sera choisie
Peut avoir des cils beaucoup plus longs que ceux-ci ?

***

Look! Beautiful Girls

Look! Beautiful girls run in groups
In the wide corridors
With music and gaiety born on the breeze.
Come! Tell me if she who, this night, will be chosen
May have much longer eyelashes that these?

(Huang Fu-Ian)

Illustration: Toyohara Chikanobu

 

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Je regarde (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




    
— Je regarde,
je te regarde,
je regarde ton corps,

Je cherche à savoir
pourquoi et comment,
présent ou absent,
il irradie ma pensée,
mon sang et mes rêves,

Pourquoi, envahisseur accueilli,
il occupe mon corps,
mes émotions, mes gestes,
pourquoi et comment,
il m’a fait naître
une seconde fois,

Né de ton corps choisi,
mon corps se transfigure,
Je regarde ton corps,
non pas comme je regarde la mer,
ses nuances, du gris sombre
au bleu translucide,
dont je goûte la fraîcheur, la saveur,
dont je suis le flux et le reflux,
Non, je regarde ton corps,
comme je ressens le vent,
réel car invisible,
qui rafraîchit mon visage,
dessèche ma peau,
fait trembler les feuilles,
fait voler les oiseaux,
qui, s’il s’emporte,
abat qui lui résiste,
siffle, souffle, s’apaise,
est présent, actif, toujours,
sait aussi être discret,
imperceptible presque,
au point de n’être plus
que l’idée du vent,

Je regarde,
je te regarde,
je regarde ton corps,
je lui confie le mien,
je lui confie la maîtrise
de mon désir de vivre,
le pouvoir ultime,
de ma mise à mort ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Bien placés . . . (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Bien placés . . .

Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
on sait pas toujours ce qu’on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème
mais d’autres fois on pleure on rit
en écrivant la poésie
ça a toujours kékchose d’extrême
un poème

(Raymond Queneau)


Illustration

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Rêve (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



    

Rêve

Ô mes auteurs chéris, vous qui, lorsque je pleure,
Me consolez toujours, m’entourez à toute heure,
Vos écrits ont calmé mes pensers dévorants,
Et je vous aime tous, en amis, en parents !…

Dans mes rêves brillants, fils de la poésie,
Je vois s’ouvrir pour moi votre foule choisie ;
Votre voix m’encourage, et je vous dis comment
Ma jeunesse a passé de tourment en tourment :
Comment, sans qu’un ami soit venu leur sourire,
Je fis mes premiers vers sans savoir les écrire ;
On m’interdit l’étude, ainsi que l’on défend
Le jeu, qui le distrait, au paresseux enfant.
Et je cachais à tous, comme on cache des crimes,
Les désirs du poète et ses penchants sublimes !…

Alors, comme un tribut pour ce que j’ai souffert,
Le laurier triomphal par vos mains m’est offert.

(Louise Colet)

 

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Lorsque choisi pour ce suicide (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Lorsque choisi pour ce suicide
J’ai senti rouler dans mon sang
Tout le poids d’un désert fluide…
Il m’a fallu vous reconnaître
formes d’un nouvel univers.

[…]

Je retrouve soudain l’azur

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

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Vous qui savez aimer (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Eugène Louis Lami
    
Vous qui savez aimer, vous qui savez comprendre,
Oh ! Ne vous laissez pas décourager en vain,
Poète dont le coeur, à la fois triste et tendre,
Vibre à chaque émotion du vaste coeur humain !

Gardez toujours en vous la frêle poésie,
Gardez toujours en vous son doux rythme touchant,
Ecoutez bien la voix, âme qu’elle a choisie ;
Gardez toujours en vous la lumière et le chant !

Gardez toujours en vous cet idéal suprême,
La noblesse de l’âme avec celle du coeur ;
Que votre vie soit la poésie même !
Et soyez de vous-même et du monde vainqueur !

Que rien ne vous attriste et ne vous décourage.
Sachant que vous avez l’harmonie et l’amour ;
Persévérez toujours ! — Ayant le grand message
Que chantait autrefois le moindre troubadour.

Oh ! Le monde a toujours été dur aux poètes !
Car la réalité tuait leur idéal,
Mais vous, — Ah ! Soyez grand ! Que tout ce que vous faites
Ait l’élan victorieux d’un hymne triomphal !

Et songez, quand parfois vous êtes seul et triste,
Que votre vie, hélas ! comprime votre coeur,
Ce coeur plein d’harmonie et de rêves d’artiste,
Songez que tout cela doit vous rendre meilleur !

Songez que cette vie ennoblit, ô poète !
Songez que chaque épreuve est un progrès de fait ;
Que c’est un pas de plus vers le sublime faîte ;
Songez que tout cela tend à rendre parfait.

Si votre force, hélas ! parfois s’est endormie,
Qu’à peine vous pouvez rester fier et debout,
Souvenez-vous alors d’une petite amie
Qui saura vous comprendre et souffrir avec vous !

(Renée Vivien)

 

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Pourquoi donc (Hippolyte Lucas)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2017



 

Pourquoi donc, penché sur ta lyre,
Regretter, comme un vain délire,
Les pleurs qui tombent de tes yeux?
Les pleurs d’un amoureux martyre
Sont comme des gouttes de cire
Pleines d’un ambre précieux.

Tout, autour d’elles, se parfume ;
Elles perdent leur amertume
Sous le feu brûlant qui les fond ;
Et, pour toujours, la poésie
Y met son empreinte choisie,
Son cachet divin et profond !

(Hippolyte Lucas)

Illustration: Latoya Smile

 

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