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Pitié des choses (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



 

Octavio Ocampo _flor_del_triangulo

Pitié des choses

La douleur aiguise les sens ;
– Hélas ! ma mignonne est partie ! –
Et dans la nature je sens
Une secrète sympathie.

Je sens que les nids querelleurs
Par égard pour moi se contraignent,
Que je fais de la peine aux fleurs
Et que les étoiles me plaignent.

La fauvette semble en effet
De son chant joyeux avoir honte,
Le lys sait le mal qu’il me fait,
Et l’étoile aussi s’en rend compte.

En eux j’entends, respire et vois
La chère absente, et je regrette
Ses yeux, son haleine et sa voix,
Qui sont astres, lys et fauvette.

(François Coppée)

Illustration: Octavio Ocampo

 

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LES HEURES, COMME UN FLOT… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Mary Cassatt the-pensive-reader [800x600]

Les heures, comme un flot, viennent mourir en toi.
Pourquoi guetter un bruit de pas dans le silence ?
Ah! Le coeur n’est pas mort de ton adolescence.
Veux-tu donc le traîner toujours, comme une croix ?

Mon enfant, mon enfant, regarde dans la glace
Ce visage meurtri, ta bouche déjà lasse,
Ton front déjà plus vaste et plus grave — et tes yeux
Où ne vit plus l’espoir immuable et joyeux.

Mon enfant, mon enfant, accepte et prends un livre.
Et qui sait si l’amour ne viendra pas plus tard ?
Tu marches vers des mains, des lèvres, un regard,
Vers l’amour que contient ce qui te reste à vivre.

Le sombre azur du ciel emplit les vitres closes.
Ton front sent la douceur des anciens baisers —
Et voici que reflue, en ton coeur apaisé,
La pieuse et souffrante humilité des choses.

(François Mauriac)

Illustration: Mary Cassatt

 

 

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Le passé (Georges Jean)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le passé
La pluie

Dans le bois du portail une marque est restée
Des cris demeurent dans les pierres

Le jardin est immobile sous l’été
Mon visage d’enfant écrasé de reflets

Ici nous avons couru vers des sources

Dans l’odeur des tilleuls
Les choses rouillent
Et des vagues remontent
De ces paupières mortes

Bruits de l’aube
Matins de lait

Maintenant les persiennes sont fermées.

(Georges Jean)

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Partout je t’aime (Nancy Huston)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



sur la terre des choses
sur la mer des rêves

partout je t’aime

(Nancy Huston)

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Débaptiser le monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Débaptiser le monde,
sacrifier le nom des choses
pour gagner leur présence.
Le monde est un appel nu,
une voix, pas un nom,
une voix porteuse de son propre écho.

Et la parole de l’homme est une part de cette voix,
non pas un signe du doigt
ni une étiquette d’archive
ni un profil de dictionnaire
ni une carte d’identité sonore
ni un drapeau indicatif
de la topographie de l’abîme.

L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela,
est un acte d’amour: créer de la présence.

L’office de la parole
est que le monde puisse dire le monde,
que le monde puisse dire l’homme.

La parole: ce corps vers tout.
La parole: ces yeux ouverts.

(Roberto Juarroz)


Illustration: René Magritte

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L’existence supposée (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



L’existence supposée

Le lieu, comment est-il
tandis que personne n’y passe?
Les choses, existent-elles
quand elles ne sont pas vues?

L’intérieur de l’appartement désaffecté,
la pince oubliée dans le tiroir,
les eucalyptus la nuit sur le chemin
trois fois désert,
la fourmi sous la terre le dimanche,
les morts, une minute
après leur sépulture,
nous, seuls
dans la chambre sans miroir?

Que font, que sont
les choses non éprouvées comme choses,
minéraux non découverts – et qui un jour
le seront?

Etoile non pensée,
mot griffonné sur le papier
que personne n’a jamais lu?
Existe-t-il, le monde existe-t-il
par le seul regard
qui le crée et lui confère
spatialité?

Concrétude des choses: fourberie
de l’œil trompeur, oreille fausse,
main qui s’amuse à attraper le non
et, l’ayant attrapé, à lui octroyer
l’illusion de la forme
et, illusion plus grande, celle du sens?

Ou bien tout a-t-il vigueur
plantureusement, par défaut
de notre judiciaire inquisition,
et celle-ci même, n’existe-t-elle que consentie
par les éléments qui s’y soumettent?
Peut-être tout n’est-il qu’un hypermarché
de possibles et d’impossibles possiblissimes
qui engendrent ma fantaisie de conscience
cependant que
je me livre au mensonge de me promener
quand c’est moi qui suis promené par la promenade,
qui est le suprême réel, et qui s’amuse
de cette brume-rêve dans laquelle je m’éprouve
et jouis de péripéties de passage?

Voici que s’ébauche
l’épouvantable bataille
entre l’être inventé
et le monde inventeur.
Je suis une fiction insurgée
contre l’esprit universel
et je tente de me construire
de nouveau à chaque instant, à chaque colique,
dans le labeur de tracer
un commencement qui n’appartienne qu’à moi
et de détendre un arc de volonté
pour recouvrir tout le dépôt
des souveraines choses circonstantes.

La guerre sans merci, indéfinie
se poursuit
faite de négation, armes du doute,
tactiques propres à se retourner contre moi,
entêtement interrogeant qui veut savoir
si l’ennemi existe, si nous existons
ou si nous sommes tous une hypothèse de lutte
au soleil du jour bref où nous luttons.

(Carlos Drummond de Andrade)

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A un Poète (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Tes grands yeux tour à tour éblouissants ou sombres
Refléteront ainsi qu’au miroir de tes vers
Le spectacle éternel du mobile univers,
Indifférent aux Dieux comme aux hommes moroses:
Et tu n’en retiendras que la beauté des choses.

(José-Maria de Heredia)

Illustration: René Baumer

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Parler ne fait plus partie des choses (Dominique Grandmont)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2016



Disparaître
est ce code

Dont chaque lettre
est la rature et

Parler ne fait plus
partie des choses

(Dominique Grandmont)

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Le nom exact des choses (Juan Ramon Jimenez)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



Intelligence,
donne-moi
le nom exact des choses!

(Juan Ramon Jimenez)

Illustration: Escher

 

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C’est toujours son propre regard (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2016


C’est toujours son propre regard
que l’on voit sur les choses
et non ce qu’elles sont

(Jean-Louis Giovannoni)

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