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Poésie

Posts Tagged ‘Christ’

La chouette (Pierre Garnier)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration
    
la chouette, visage humain

les étoiles aussi sont nocturnes.

le soir on entend la note claire
du hibou petit duc
invisible
comme Dieu.

naguère les paysans
les crucifiaient aux portes des granges.
elles étaient, prétendaient-ils,
de mauvais augure.

On l’avait dit aussi du Christ

(Pierre Garnier)

 

Recueil: Ornithopoésie
Traduction:
Editions: Des Vanneaux

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Larme du Christ (Jacqueline Kelen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    

Larme du Christ, enfermée en une pierre précieuse dans la cathédrale de Vendôme :

Cette bizarrerie ne fera rire que ceux qui n’ont jamais pleuré de beauté,
de reconnaissance et de ferveur.

Les mystiques qui ont connu la grâce des larmes,
les amants qui s’étreignent en pleurant
et tous ceux qui ont le cœur endeuillé
savent bien que ces gouttes d’eau apparemment banales
recèlent le plus précieux d’une existence humaine
parce que c’est une eau d’amour.

Si « tout coule » comme l’assurait le philosophe d’Ephèse,
rien ne demeure stable,
mais seul survit ce qui se joint au flot,
ce qui se baigne dans le fleuve jusqu’à s’y fondre.

Il reste à se faire larme pour devenir océan.

(Jacqueline Kelen)

 

Recueil: Les Larmes
Traduction:
Editions: Alternatives

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Le Christus de Guadalajara (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration

    

Le Christus de Guadalajara
est déposé dans Son suaire.
Dans Ses paumes sont plantés
les clous et dans Ses pieds.
Ô Mère de Dieu, ait pitié,
Il pleure et si Elle pouvait
Notre Dame donnerait Sa couronne
contre une goutte de Son sang.
Mais comme Lui seule en Sa douleur,
La Madrecita se pelotonne
dans un coin sombre pour porter
Sa terrible Rose du Monde.

***

The Christus of Guadalajara
turns in His salted sheet.
Into His palms are driven
the nails and into His feet.
O Mother of God, have mercy,
He cries, and if She could
Our Lady would give Her crown
to ransom a drop of His blood.
But alone in Her anguish as He,
La Madrecita has curled
in a lampless corner to bear
Her terrible Rose of the World.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Le vide (Stanisław Korab-Brzozowski)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

Jacques Barcat   Agonie du Christ en croix

Le vide

Un arbre nu, solitaire,
Soulève ses épaules maigres, lance
Des chants rauques de désespoir,
Vers le vide du ciel d’acier.

Sous l’arbre, une croix rongée de vers,
Le Christ attaché, bras étendus,
Agonise, il lève ses yeux désespérés
Vers le vide du ciel d’acier.

Sous cette croix, mon âme qui souffre,
Depuis le gouffre noir de son néant, porte
Ses désirs fous, ses espoirs enragés,
Vers le vide du ciel d’acier.

(Stanisław Korab-Brzozowski)

Découvert ici : poetespolonais

Illustration: Jacques Barcat

 

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Le Corps du Christ (Benjamin Britten)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



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Le Corps du Christ

Il l’a transportée, il l’a emmené
Il l’a déposée sur le sol d’un verger

Lu li lu lay lu li lu lay

Le faucon m’a enlevé mon amour
Et dans ce verger, il y avait une grotte,
Qui était remplie de pourpre et d’or
Et dans cette grotte, il y avait un lit,
Et il était remplie d’or si rouge

Lu li lu lay lu li lu lay

Et sur ce lit, il y avait couché un chevalier
Sa blessure saignait jour et nuit
A son chevet, une bonne était agenouillée
Et elle pleurait nuit et jour

Lu li lu lay lu li lu lay

A son chevet était déposée une pierre
Sur laquelle était écrit Le corps du Christ

***

Corpus Christi

He bear her off, he bear her down
He bear her into an orchard ground

Lu li lu lay lu li lu lay

The falcon hath bourne my mate away

And in this orchard there was a hold
That was hanged with purple and gold
And in that hold there was a bed
And it was hanged with gold so red

Lu li lu lay lu li lu lay

The falcon hath bourne my mate away
And on this bed there lyeth a knight
His wound is bleeding day and night
By his bedside kneeleth a maid
And she weepeth both night and day

Lu li lu lay lu li lu lay

The falcon hath bourne my mate away
By his bedside standeth a stone
Corpus christi written thereon

(Benjamin Britten)

 Illustration: John Melhuish Strudwick

Groupe vocal VOCE8:

 

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Portrait d’une ville (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Portrait d’une ville

Elle porte nom de rivière cette ville
où les rivières jouent à cache-cache.
Ville faite de montagne
indissolublement mariée
à la mer.

Ici
le jour se lève comme dans n’importe quel autre endroit du
monde
mais vibre le sentiment
que les choses se sont aimées pendant la nuit.

Les choses se sont aimées. Et s’éveillent
plus jeunes, avec l’appétit de vivre
de la lumière dans l’écume,
la topaze du soleil dans le feuillage,
l’irisation de l’heure
sur le sable déployé à perte de vue.

Des formes adolescentes ou adultes
se découpent sculptées dans l’eau éclaboussée.
Un rire clair, venu d’avant la Grèce
(venu de l’instinct)
couronne la sarabande du bord de mer.

Regarde, regarde ce corps
qui est fleur en acte de fleurir
entre ce parasol et cette planche de surf,
luxueusement fleur, gratuitement fleur
offerte à la vue de celui qui passe
dans l’acte de voir et non de cueillir.

Voici qu’une frénésie gagne ce peuple
griffe l’asphalte de l’avenue, heurte l’air,
Rio prend forme de sambista.
C’est carnaval pur, douce folie,
retentissant dans le chant de mille bouches,
dix mille, trente mille, cent mille bouches,
dans un rituel d’abandon à un dieu ami,
dieu rapide qui passe et laisse
un sillage de musique dans l’espace
pour le reste de l’année.

[…]

Le Christ, une statue? Une présence,
du haut, non pas des astres,
mais du Corcovado, bien plus proche
de l’humaine contingence,
préside au vivre général, sans grand effort,
car la loi carioca
(ou destin carioca, peu importe)
il faut mélanger tristesse, amour et musique,
travail, blague, loterie,
dans le même coquillage du moment
qu’il est indispensable d’avaler jusqu’à sa dernière
goutte de miel et de nerfs, pleinement.

La sensualité voletant
par des chemins ombreux et au plein jour
des collines et des baies,
dans l’air tropical infuse l’essence
des rondes voluptés partagées.
Tout autour de la femme
un système de gestes et de voix
va se tramant. Et va se définissant
l’âme de Rio: voir la femme en tout.
Dans le contour des jardins, dans la taille svelte
du palmier, dans la tour circulaire,
dans le profil du morne et l’écoulement de l’eau
femme femme femme femme.

(Carlos Drummond de Andrade),

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LES HERAUTS NOIRS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2016



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LES HERAUTS NOIRS

Il y a, dans la vie, des coups si forts… Moi je ne sais!
Des coups comme de Dieu la haine; comme si avant eux
le ressac de tout ce qui fut souffert
se déposait dans l’âme… Moi je ne sais!

Ils sont peu nombreux; mais ils sont… Ils creusent d’obscurs sillons
sur le plus fier visage, sur le dos le plus fort.
Ils sont parfois les poulains de barbares attilas;
ou bien les hérauts noirs que la Mort nous envoie.

Ce sont les chutes profondes des Christs de l’âme,
d’une adorable foi que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d’un pain brûlant pour nous à la porte du four.

Et l’homme… Pauvre… Pauvre! Il tourne les yeux, comme
quand sur l’épaule un battement de main nous appelle;
il tourne des yeux fous, et tout ce qu’il vécut
se dépose, comme une flaque de remords, dans le Regard.

Il y a des coups dans la vie, si forts… Moi je ne sais!

***

LOS HERALDOS NEGROS

Hay golpes en la vida, tan fuertes… Yo no sé.
Golpes como del odio de Dios; como si ante ellos,
la resaca de todo lo sufrido
se empozara en el alma… Yo no sé.

Son pocos; pero son… Abren zanjas oscuras
en el rostro más fiero y en el lomo más fuerte.
Serán tal vez los potros de bárbaros atilas;
o los heraldos negros que nos manda la Muerte.

Son las caídas hondas de los Cristos del alma,
de alguna fe adorable que el Destino blasfema.
Esos golpes sangrientos son las crepitaciones
de algún pan que en la puerta del horno se nos quema.

Y el hombre… Pobre… pobre! Vuelve los ojos, como
cuando por sobre el hombro nos llama una palmada;
vuelve los ojos locos, y todo lo vivido
se empoza, como un charco de culpa, en la mirada.

Hay golpes en la vida, tan fuertes … Yo no sé!

(César Vallejo)

Illustration: Eduardo Kingman

http://www.nidodepoesia.com/valleherald.htm

 

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SYMBOLE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2015



SYMBOLE

Le Christ
tenait un miroir
à chaque main.
Il multipliait
son propre spectre.
Il projetait son coeur
dans les regards
noirs.
Je crois!

(Federico Garcia Lorca)

Illustration réalisée … AVEC truquage (!) et site kaléidocope ici

 

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SOUS LE PONT (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2015




SOUS LE PONT

Quoique la Grande Loterie
vous habitue à la soumission,
il doit en convenir : il espérait mieux.
I1 espérait toucher un corps
plus ambitieux, aux bras capables
de joindre l’utile à l’agréable,
aux lèvres non bégayantes.
I1 espérait au moins bénéficier
d’un minimum de chaleur autour de l’os !
Or il habite une carcasse
de Christ rompu, avec des gestes de grabataire,
des poumons qu’irritent les gaz
d’embouteillage,
6 heures, au sortir du carton.

(Gérard Noiret)

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