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Posts Tagged ‘chrysalide’

Dans mon obscur cerveau rampent des chrysalides (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2019



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LES CHRYSALIDES

Dans mon obscur cerveau rampent des chrysalides ;
Des libellules d’or gisent en ces prisons.
Leurs ailes sont de la couleur des horizons
Où le soleil se perd au fond des mers limpides.

Elles voudraient s’enfuir ; leurs murs sont trop solides.
Sur elles planeront les jours et les saisons,
Sans qu’elles aient jamais, en frôlant les gazons,
D’espace et de lumière empli leurs âmes vides.

Alors elles mourront, lentement, peu à peu,
Et je rêve souvent à leur essaim de feu
Qui bientôt fanera comme les fleurs passées.

Mais quel soleil pourrait, ô mes faibles pensées,
Vous donner la vigueur de briser la paroi
De la larve pesante où vous êtes en moi ?

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Michel Escale

 

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Un lapereau court (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Un lapereau court
Dans le vaste jour.

Comme j’étudiais,
L’odeur d’amandier
M’a fait prisonnier.

Une araigne pend
À son fil d’argent.

Chrysalide rose,
Le ciel se propose
Ta métamorphose.

Un colvert patoise
Sur le lac turquoise.

Pleurs joyeux ! semailles !
J’aime le remeil
Jamais en sommeil.

Un âne chemine
Vers les cardamines.

Contre un tournesol
Au ooeur crépuscule
Un bourdon somnole.

Si le soleil songe,
Est-ce aux nuits du monde ?

(Henri Pichette)

 

Recueil: Poèmes offerts
Traduction:
Editions: Gallimard

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HERCYNITE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



HERCYNITE

J’aime ton mot de nuit et ton nom
d’avant l’homme quand, infante, la terre
s’apprêta aux sacres des volcans.
Pavane des soleils. Cantate des calcaires.
En toi dort et attend, chrysalide, le temps.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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LE POÈTE SE LÈVE TARD (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



 

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LE POÈTE SE LÈVE TARD

Les oiseaux, qui gazouillent dans les arbres, me réveillent.
Déjà, le soleil réchauffe l’auvent de ma fenêtre.
Je m’étire, puis je referme les yeux.
Ma couverture a une épaisseur convenable.
Mon oreiller est moelleux à souhait.

C’est le moment, entre tous exquis, où je suis incapable de penser.
Je ne sais plus si je suis vieux, si je suis jeune.
J’ignore, même, de quel côté est mon lit.

Il me semble que les sept trous de ma tête n’existent pas,
et que ma femme, tout à l’heure,
me prendra pour une grande chrysalide de papillon qui attend le printemps

(La Flûte de Jade)

Illustration

 

 

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Un unique brin d’herbe (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



Un unique brin d’herbe,
dans le désordre du monde,
signe l’insondable Présence.
Une seule feuille, jaunie
par l’automne, rend affable
sa justice. Et le papillon
qui abandonne sa chrysalide
est l’image d’une autre vie.
Qui verra dans nos ténèbres
jaillir au sein du vide
et du désespoir, ce rayon
issu de l’âme en son tréfonds,
lorsqu’un autre la supplie ?

(Jean Mambrino)

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A notre seuil de silence et de froid (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Encerclés, non par des flammes
d’où jailliraient le coq, le cuivre, l’orchidée,
éclatants même si mortels,

mais par quatre glaciers
où glissent sous le verre les formes repliées
de ceux qui bâillaient au soleil
dans l’oxygène fou des cimes
et tombèrent jadis, empêtrés dans leur cri,
jusqu’à ce siècle qui prolonge
le brusque affolement du regard:

chrysalides portées par cette veine pure
à notre seuil de silence et de froid.

(Jean Joubert)

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Dans un soir heureux (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2017



Dans un soir heureux de sa courbe
les derniers tressaillements des ombres
un buisson éclos d’une ruine
les herbes fauchées
sur les prés comme une chrysalide
contre la voie ferrée
les graminées ailes repliées
en plein ciel
l’élan des peupliers
le vertige du vide

(Georges Bonnet)

Illustration: Guillaume Bourquin

 

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Une voix, de l’intérieur (Gilles Baudry)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Une voix, de l’intérieur

« Approche-toi plus près
Plus près encore
Du pouls des choses

Eveille en toi la chrysalide

Place-toi tout contre ton coeur
Quelque chose demande
A exulter de l’intérieur

Une parole sans parole »

Me dit la voix en aparté
A mots si bas
qu’une porte s’ouvrit

Au fond de moi

(Gilles Baudry)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Christian Schloe

 

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AI-JE déjà été autrefois dans cette chambre (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



AI-JE déjà été autrefois dans cette chambre
Et ces plaintes les ai-je autrefois entendues ?
N’as-tu pas pour nom solitude, toi qui m’attends là ?
Et le silence n’est-il pas la pierre polie au fond de ses cris ?

Je me souviens de la table et du livre et des vitres
Et du peuplier qui hoche la tête à ma fenêtre.
Je suis comme un enfant que l’on craint d’effrayer :
On me montre ce monde sous d’anciens contours.

Est-ce mieux ainsi ? Un changement imperceptible?
J’appelle en vain la sœur et l’épouse et le frère.
Tout est ici comme au temps de ma vie :
Je reconnais les choses mais où sont les visages ?

Le vent rôde autour avec ses airs de mystère ;
Si je me penche au dehors il est déjà trop tard –
Qu’a-t-il donc emporté pour s’enfuir à ma vue,
Ou bien voulait-il vendre le fruit de quelque vol ?

Le climat aussi est celui de mon enfance,
Mon ombre comme autrefois est voutée sur le mur,
La clarté, avec son odeur de mandarine
À quatre heures, rouge, dans ma main.

Ah ! Dois-je retrouver tout ceci comme une coquille
Vide ? Me suis-je trop attardé sur les routes?
Peut-être si plus tôt j’avais franchi ce seuil
Parents et amis seraient venus à ma rencontre.

Suis-je comme l’insecte au bord de la chrysalide,
Ignorant son propre changement, se croyant
Toujours entouré de l’ombre familière –
Et l’aile se déploie dans l’univers nouveau.

Demain, un autre jour, je verrai peut-être
Les teintes, les contours vrais de cette demeure
Et j’apprendrai enfin si j’étais déjà ailleurs
Lorsque je me croyais dans la chambre de ma vie.

(Ilarie Voronca)

 Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Terre rouge (Daniel Varoujan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



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Terre rouge

J’ai là, sur ma table, dans une coupe,
un peu de terre d’Arménie.
L’ami qui m’en a fait cadeau croyait
m’offrir son coeur — bien loin de se douter
qu’il me donnait en même temps celui
de ses aïeux.
Je n’en puis détacher mes yeux
— comme s’ils y prenaient racine…
Terre rouge. Je m’interroge :
d’où tient-elle cette rougeur ?
Mais s’abreuvant tout ensemble de vie
et de soleil, épongeant toutes les blessures,
pouvait-elle ne pas rougir ?
Couleur de sang, me dis-je,
terre rouge, bien sûr, car elle est arménienne !
Peut-être y frémissent encore des vestiges
de brasiers millénaires,
les fulgurances des sabots
qui naguère couvrirent d’ardente poussière
les armées d’Arménie…
Y subsiste peut-être un peu de la semence
qui me donna la vie, un reflet de l’aurore
à laquelle je dois ce regard sombre,
ce coeur que hante un feu surgi
des sources mêmes de l’Euphrate,
ce coeur couvrant l’amour non moins que la révolte…
Y scintillent peut-être
quelques paillettes, quelques bribes
de notre livre d’or : un atome de Haïk,
une particule d’Aram, un éclat chu
de l’oeil cosmique d’Anania…
Oui, devant moi, sur ma table, emplissant
à peine une coupe, cette poignée de terre
pourpre résume tout un peuple,
un pays mémorable aujourd’hui revêtu
d’une éclatante chrysalide ;
oui, par le truchement de ce corps minuscule
un pays tout entier me parle, m’interpelle
— comme les astres qui fécondent
les bleus labours de l’infini,
sa poussière de feu illumine mon âme …
Tressaille alors la lyre
de mon impatience et mon désert
soudain verdoie comme sous les caresses
d’un souffle printanier ;
des visages meurtris traversent ma mémoire,
des bouches vengeresses – mon coeur est la proie
de griffes inconnues …
Cette poignée de terre, cet amas de poudre,
je le conserve avec bien plus d’amour
que n’en aurait après la mort mon âme
en recueillant les cendres de mon corps
dispersées par le vent …
Terre rouge, exilée – héritage, relique,
offrande, talisman – alors
même que sous ma plume un poème
est en train de naître, souvent je pleure
à la vue de cet infime lambeau
d’Arménie, je rugis — me rivant l’âme
dans le creux de la main,
j’arme mon poing !

(Daniel Varoujan)

 Illustration

 

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