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Poésie

Posts Tagged ‘chute’

FUSION (Léo Schmidl)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2022



Illustration: Christophe Merlot
    
FUSION

Tu dispensas richesses sans mesure,
J’ai bu, ardent, la source tout entière,
Je te voyais, aveuglante lumière,
Tout l’univers sombrait dans l’aventure,

Jusqu’à ne plus sentir que la hantise
De cette ivresse, chute d’eau, prodigue
Roulant sur moi, rompant toutes les digues,
Lorsqu’abîmé en toi, je t’avais prise …

Entre le toi, le moi, plus de barrière …
Où s’étendaient l’une et l’autre frontière ?
Ton coeur au fond du mien battait sonore,

Les mots d’amour que tu soufflais encore
Rendaient en écho mon ravissement,
Et j’étais, moi, dans ton gémissement.

(Léo Schmidl)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction: Catherine Kany
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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RECRUES (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



 

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RECRUES

Un baiser à la mère, un signe au frère
et un long brin de romarin à toi, grande rêveuse, mon amour !
et comme il convient: de la neige dans les champs,
du vin, de la lumière, des cithares
et que piaffe le cheval de l’autre côté de la haie…

Puis vous, compagnons: dans la belle chute de neige nocturne, en avant pour la danse,
enlacés et sautant au rythme de la cornemuse,
tandis qu’au clocher quelques coups secs retentissent et s’envolent sur le paysage,
sur ce paysage, sur cette maison
et sur cette fille que personne d’entre nous jamais ne verra plus!

Voilà qui est digne de nous! et montant en selle dans la rue silencieuse,
trotter étourdis, comme si cette nuit n’était qu’un souvenir,
le coq chantera, ça et là des fours luiront,
l’odeur du pain se lèvera… et dans les champs,
dans la poudroyante neige du Nord, au galop !

Ainsi nous quittons pères, mères, belles et douces amies ;
une chanson, les gars ! afin qu’un jour lorsque nous serons morts aux noms prononcés
notre mère souriante entre les larmes puisse dire :
Oh ! les malheureux
comme ils dansaient dans la neige, comme ils étaient gais !

(Gyula Illyès)

Illustration

 

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Assise dans son jardin (Nassira Belloula)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2022



Illustration
    
Assise dans son jardin

La femme contemple une coccinelle
Qui exhibe ses frêles ailes.
Elle tend les bouts de doigts, sa fébrilité heurte
l’insecte
Qui vacille un moment
Puis tombe sur une feuille salutaire.
La fragilité de l’instant se mue en souvenir fugace
Reconstituer l’histoire
Trouver un sens à chaque chose qui vit
L’insondable de la beauté
Dans cette couleur rouge sang
Dans cette chute exquise.
Du coup, la femme assise dans son jardin
Se souvient de tous les délices de son monde enfoui.

(Nassira Belloula)

 

Recueil: Anthologie des femmes poètes du monde arabe
Traduction: Maram al-Masri
Editions: Le Temps des Cerises

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CHUTE (Samar Abdel Jaber)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2022




    
CHUTE

Mais les consignes de sécurité,
celles que vous répétez à chaque voyage
ne me concernent pas.

Celles que vous répétez avec beaucoup de soin
comme si c’était le premier voyage,
comme si c’était le dernier voyage.

Je m’en fiche.
Car mon âme est déjà tombée
depuis longtemps.

Elle est tombée dans ce voyage
quand je suis partie de Beyrouth
pour la première fois.

Elle est tombée
sans trouver de gilet de sauvetage
ni de masque à oxygène :

mon âme qui est en chute libre
jusqu’à maintenant.

(Samar Abdel Jaber)

 

Recueil: Anthologie des femmes poètes du monde arabe
Traduction: Maram al-Masri
Editions: Le Temps des Cerises

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Les Rois Mages (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2021



Leopold Kupelwieser _1796- rois mages_jpeg

Les Rois Mages

Avancerons-nous aussi vite que l’étoile
La randonnée n’a-t-elle pas assez duré
Réussirons-nous enfin à l’égarer
cette lueur au milieu de la lune et des bêtes
qui ne s’impatiente pas

La neige avait tissé les pays du retour
avec ses fleurs fondues où se perd la mémoire
De nouveaux compagnons se mêlaient à la troupe
qui sortaient des arbres comme les bûcherons
Le Juif errant peinait, aux blessures bafouées
Des fourrures couvraient le roi noir malade à mourir
Le pasteur de la faim est avec nous
Ses yeux bleus éclairent son manteau d’épluchures
et le troupeau rageur des enfants prisonniers

Nous allions voir la joie nous l’avons cru
la joie du monde née dans une maison par ici
C’était au commencement … Maintenant on ne parle pas
Nous allions délivrer un tombeau radieux
marqué d’une croix par les torches dans la forêt

Le pays n’est pas sűr les châteaux se glissent derrière nous
Pas de feu dans l’âtre des relais Les frontières
remuent à l’aube par les coups défendus
Nos paumes qui ont brisé les tempêtes de sable
sont trouées par la charançon et j’ai peur de la nuit

Ceux qui nous attendaient dans le vent de la route
se sont lassés le chœur se tourne contre nous
Par les banlieues fermées à l’aube les pays sans amour
nous avançons mêlés à tous et séparés
Sous les lourdes paupières de l’espérance
La peur haletait comme une haridelle

Nous arriverons trop tard le massacre est commencé
les innocents sont couchés dans l’herbe
Et chaque jour, nous remuons des flaques dans les contrées
Et la rumeur se creuse des morts non secourus
qui avaient espéré en notre diligence

Tout l’encens a pourri dans les boîtes en ivoire
et l’or a caillé nos cœurs comme du lait
La jeune fille s’est donnée aux soldats
que nous gardions dans l’arche pour le rayonnement
pour le sourire de sa face

Nous sommes perdus On nous a fait de faux rapports
C’est depuis le début du voyage
Il n’y avait pas de route il n’y a pas de lumière
Seul un épi d’or surgi du songe
que le poids de nos chutes n’a pas su gonfler
Et nous poursuivons en murmurant contre nous
tous le trois brouillés autant qu’un seul
peut l’être avec lui-même
Et le monde rêve à travers notre marche
dans l’herbe des bas-lieux
et ils espèrent
quand nous nous sommes trompés de chemin

Egarés dans les moires du temps – les durs méandres
qu’anime le sourire de l’Enfant –
chevaliers à la poursuite de la fuyante naissance
du futur qui nous guide comme un toucheur de bœufs
je maudis l’aventure je voudrais retourner
vers la maison et le platane
pour boire l’eau de mon puits que ne trouble pas la lune
et m’accomplir sur mes terrasses toujours égales
dans la fraîcheur immobile de mon ombre…

Mais je ne puis guérir d’un appel insensé.

(André Frénaud)

Illustration: Leopold Kupelwieser

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LE HOUX (Herri Gwilherm Kèrourédan)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2021



LE HOUX

le houx flagelle les pluies
chute du fruit dans les bois
un frémissement de détresse

le front nu contre le tronc
lève des nuées d’insectes
et le choc d’un bec taraude

ce suaire de granit
dévidé de seuil en seuil

(Herri Gwilherm Kèrourédan)

 

 

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Riva T (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2021



 

David Brayne

Riva T

Soir de prédilection,
Le poids de ton aile suffit
Pour me défendre, la palpitation
De ta chute endurée à chaque coup :
Sur cette terre étroite
méticuleusement explorée
Céder au choc extrême
De cette lumière oblique sur la pale
De la rame.

***

Riva T

Mia prediletta sera
Mi basta il peso della tua ala
A difesa, il batticuore
Della tua caduta sofferta ad ogni scossa :
In questa terra ristretta
Battuta a palmo a palmo
Cedere all’urto estremo
Di questa luce obliqua sulla pala
Del remo.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: David Brayne

 

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AUX CHUTES DE DONGYANG (Xie Lingyun)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



Illustration: Jean-Yves Beck
    
AUX CHUTES DE DONGYANG

Une belle inconnue
baigne ses pieds blancs
dans les eaux claires
de la source.
La lune, lointaine, taciturne,
traverse le ciel
sans révéler son mystère.

(Xie Lingyun)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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L’intervalle (Nohad Salameh)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2021




    
L’intervalle

[…]

Venus de plus loin que l’enfance
À bout de départs et de retours
De chutes et d’assauts
Nous basculons dans la blancheur unanime
Ni sanglot
Ni amertume
Pas même un bruissements
Mais l’intervalle.

[…]

(Nohad Salameh)

 

Recueil: Voix d’encre 33
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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Tous les bruits (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2021



Tous les bruits

Je suis la proie de tous les bruits
La respiration de la maison
La chute d’une feuille dans l’allée
La plainte d’une branche
Un gémissement dans le buisson
Le râle du vent dans la cheminée
Et un soupir non identifié
Dans la terre du champ voisin

Puis je n’entends plus
Que mon cœur qui bat
Fiévreusement dans ma poitrine
Et les heures boiter
Sur le cadran de l’horloge
Accrochée au mur
Au-dessus de ma tête.

(Jean-Baptiste Besnard)

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