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Posts Tagged ‘cicatrice’

Je ne sais pas ou tu commences (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

Albena Vatcheva G

Je ne sais pas où tu commences

Tu portes ma chemise
Et je mets tes colliers.
Je fume tes gitanes,
Tu bois mon café noir.
Tu as mal à mes reins
Et j´ai froid à tes pieds.
Tu passes mes nuits blanches
Et j´ai tes insomnies.

Je ne sais pas où tu commences,
Tu ne sais pas où je finis.

Tu as des cicatrices
Là où je suis blessé.
Tu te perds dans ma barbe,
J´ai tes poignets d´enfant.
Tu viens boire à ma bouche
Et je mange à ta faim.
Tu as mes inquiétudes
Et j´ai tes rêveries.

Je ne sais pas où tu commences,
Tu ne sais pas où je finis.

Tes jambes m´emprisonnent,
Mon ventre te retient.
J´ai ta poitrine ronde,
Tu as mes yeux cernés.
Ton souffle me réchauffe
Et j´étouffe tes cris.
Je me tais quand tu m´aimes,
Tu dors quand je le dis.

(Georges Moustaki)

Illustration: Albena Vatcheva

 

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L’Oreille cassée (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019




    
L’Oreille cassée
Le vivant, le vrai

Nos visages ravagés de rides se souviennent des sillons de larmes
et notre colonne vertébrale se voûte sous le poids des tristesses passées.

Un corps vivant ne reste pas longtemps vierge et lisse;
la santé, la joie de vivre n’excluent pas les coups ;

bien au contraire, nous n’existons que de souffrances vaillantes contre l’adversité ;
les bons organismes présentent une tête burinée, un corps las et courageux,
une puissance dévastée, mais toujours debout.

Avant le premier coup de corne,
comment savoir si le torero se conduit avec courage ?

Il n’y a de vrai vivant que déchiré.
Les cicatrices renforcent.

Il n’y a de vérité que falsifiée.
Le faux plaide pour le vrai.

Il n’y a de bonté que tentée.

Quelle vertu sans tribulations ?
Il n’y a de bon système que cassé.
Si tout marche, rien ne marchera.

Chaque épreuve me précipite au devant de ce fétiche :
il n’y a de vrai dieu que blessé.

(Michel Serres)

 

Recueil: Hergé mon ami
Traduction:
Editions: Le Pommier

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Certaine clarté Oblique (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018



Certaine clarté Oblique,
L’Après-midi d’Hiver –
Oppresse, comme la Houle
Des Hymnes Liturgiques –

Céleste Blessure, elle ne laisse
Aucune cicatrice,
Mais une intime différence –
Là où les Sens, résident –

Nul ne peut l’enseigner – Non –
C’est le Sceau du Désespoir –
Une affliction impériale
Que des Airs on nous envoie –

Elle vient, le Paysage écoute –
Les Ombres – retiennent leur souffle –
Elle s’en va, on dirait la Distance
Sur la face de la Mort –

(Emily Dickinson)


Illustration

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Pourtant chaque jour plus seul (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration: Daniel Siguier
    
Pourtant chaque jour plus seul

Homme ouvre le seuil de ta demeure
femme ouvre ta chambre ouvre tes jambes
enfant ouvre la salle de tes jeux
parlez-moi embrassez-moi dites un peu
montrez-moi les photos les cicatrices les secrets
la solitude me maçonne
chaque jour elle jette sur moi d’un geste sec
sa truellée de ciment noir
elle me crépit elle vise mes yeux
elle monte son mur autour de moi
elle épaissit ma peau toujours sa trahison
quand l’envie de brûler me parle
quand l’envie de parler me brûle
quand l’océan des autres me lèche
quand cet homme qui passe je voudrais l’arrêter
et cette femme lui sourire poser ma main sur son épaule

pourtant chaque jour plus seul isolé contre moi
moi qui ai le goût des bonjours
des braises du coeur dans les yeux
des mots
des mains
du verre de vin sous les platanes.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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CINABRE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



CINABRE

Soleil emprisonné dans les macles du soir,
blessure d’où suinte le mercure,
tu dis l’ultime cri du sang avant qu’il ne se fige
la grande paix des cicatrices et la convalescence
de la terre.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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La lumière de la lune (Poème Zen)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018




Les ombres des bambous balaient l’escalier,
Mais sans remuer le moindre atome de poussière.
La lumière de la lune descend jusqu’au lit de la rivière profonde,
Mais pas la moindre cicatrice sur les eaux.

(Poème Zen)

Illustration

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De l’ongle, je contourne une ombre, pour mémoire (Jean Laude)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



 

Ernest Pignon-Ernest extases 2131

De l’ongle, je contourne une ombre, pour mémoire.
Une lueur arrache le papier du mur. Il y a le silence,
la cicatrice d’un éclair, le silence.

Je marche dans la chambre, en ce réduit, il marche.
Il n’est ici qu’une parole. Une parole qui se forme.

L’abcès profond. Je vis en ce sommeil de l’arbre usurpé
par l’hiver. L’abcès profond de cette chambre.
Une douceur froide attriste les murs.
L’abcès profond de cette chambre est le profond fruit noir.

(Jean Laude)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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Le jour vide ses poches (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



 

Un pont, le macadam brûlant,
le jour vide ses poches,
une chose après l’autre.
Seul dans le soir catatonique.

Le paysage : froissure de fond de fossé,
cicatrice ardente dans l’ombre qui scintille.
Crépuscule. Le rayonnement me glace,
le soleil m’aveugle. Jamais je n’oublie, c’est l’été.

C’est l’été et la chaleur foudroie.
Debout, et je sais leurs ailes immobiles,
les oiseaux, comme chérubins en flamme
dans des cages aveuglées, hérissées d’échardes.

Te souviens-tu ? Au commencement fut le vent ;
puis la terre ; puis la cage.
Feu et crottin. Et de temps en temps
quelques coups d’ailes, des réflexes vides.

Et soif. Alors j’ai demandé à boire.
J’entends encore les gorgées fiévreuses,
et j’endure impuissant, telle la pierre,
et j’éteins les scintillements.

Des années passent, années, et l’espoir —
comme une vieille casserole renversée dans la paille.

(János Pilinszky)

Illustration: Michael Whelan

 

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TOTEM (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018




Illustration
    
TOTEM

Arborant
Les blessures
De nos faiblesses
Les cicatrices
De nos vaillances
Les stigmates gravés
Dans nos chairs
Tu brandis les figures
Aux yeux obliques
De nos destins
Totem
Fidèle
Et vivante vigie
Au royaume
Des ancestrales sagesses.

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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Les cicatrices de la varicelle (Eurydice El-Etr)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



 

Illustration: Guillaume Rist
    
Les cicatrices de la varicelle,
on les garde toute sa vie ?
Et après aussi ?
Même quand on est un oiseau ?

(Eurydice El-Etr)

 

Recueil: Je tousse de la lumière
Traduction:
Editions: La Délirante

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