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Poésie

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Les chemins partent sans ma voix (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Les chemins partent sans ma voix
et tournent dans les moissons reposées.
Je foule des routes qui ne vont
que vers la souffrance ou la mort.
Pourquoi choisir à chaque carrefour?
On m’ouvre des bras sans charnières.

Je veille sous la lampe du front
Le regard aussi grand que les murs.
Chaque soir, je me referme avec des gestes
qui sont ceux d’une enfance mal cicatrisée.
La rue frappe mon pied désorienté
par les mille années de sommeil d’une nuit.

Le vent ne me quitte pas au premier tournant.
J’aborde enfin à la clarté du jour
qui surgit de chaque pierre dénudée
et n’atteint pas le visage douloureux
qui monte avec les doigts du sang
derrière les vitres où se fane mon œil.

(Lucien Becker)

 

 

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Dernière lettre de Paul Valéry à sa muse Jean Voilier (Jeanne Loviton) (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



Valéry et Jean voilier

27 Mai 1945
Dernière lettre de Paul Valéry à sa muse Jean Voilier (Jeanne Loviton)
[…]
Je suis repris de vives douleurs.

Cela engendre des vers…
Hélas, de ceux que la souffrance inspire.
Entre mes deux vautours il me vient ce qui vient…

Je ne t’envoie pas cela.
Ils sont trop amers, trop durs, avec un réalisme, par endroits, inexorable…
Le pire, c’est ce fond de tendresse infinie source inépuisable de poison.

Et voici, ce que j’ai observé plus d’une fois en moi :
c’est un sentiment fort bien étrange.
Si je me figure, et je m’efforce de me figurer, que tu me deviens indifférente,
que tu n’es plus pour moi qu’un souvenir sans armes,
que je puisse entendre parler de toi sans frémir,
penser à l’aise à quoi que ce soit
sans que tu viennes me pincer le cœur, et me sécher la gorge, etc.
alors se dessine et agit une douleur seconde.

Celle de ne pas souffrir de toi.
Cela est extraordinaire ;
doit arriver après les grandes plaies cicatrisées :
Il y avait quelque chose, là, se dit l’âme.

Mais tu peux mesurer par là la profondeur du mal.
Réagir à l’idée de son absence…

Je ne sais si tu avais besoin de constater la gravité du coup porté,
mais tu le vois maintenant, combien ma vie était pénétrée de toi.

Oui, je me suis laissé aller au don de toute ma sensibilité à mon idole.
Je me demande si tu imaginais que je serais si atteint ?

C’est une question pour moi, et même, une grave question.
Sais-tu pourquoi c’est grave ?
Parce que cela revient à celle-ci :
Qu’est-ce que tu es, AU FOND ?
Qui pourrait mener encore à une autre :
Que penses-tu de TOI ?

Et voici que je souffre de nouveau ?
Je ne sais si je pourrai aller à la poste.

(Paul Valéry)

 

 

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Le Temps (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2015



Le Temps

Les jours s’écoulent
Dans des images égarées
Remonter le temps
C’est redescendre dans le passé
Où les minutes d’attente
Furent des heures d’angoisse
Je gratte le vernis
Sur des couleurs trop vives
Et oublie les moments de joie
Pour des instants de souffrance

A l’adolescence les premières amours
Causes de blessures
Jamais vraiment cicatrisées
Relèguent les jeux naïfs de l’enfance
Dans les malles du grenier

Je cours toujours vers ma jeunesse qui se dérobe

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Paul Delvaux

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