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Posts Tagged ‘ciguë’

LE REPOS (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2019



 

Degas 21

LE REPOS

Le bronze grave étreint de son sommeil pesant
Ton corps au geste las et ta face verdie;
Et quelle douloureuse et douce tragédie
T’a faite la statue où tu dors à présent?

Le marbre de ton socle est rouge et l’on y sent
Partout la pourpre encor d’une tache agrandie;
Est-ce la flèche aiguë ou la hache hardie
Qui t’a couchée ainsi plus belle dans ton sang?

Le bronze jaune et vert qui souffre et qui suppure,
Dont s’aigrit la patine et suinte la coulure,
Sculpte de ton repos un cadavre éternel;

Et la matière où tu survis te décompose;
Mais, puisque tendre fut ton Destin ou cruel,
Laisse croître à tes pieds la ciguë ou la rose.

(Henri De Régnier)

Illustration: Edgar Degas

 

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Ortie aiguë (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Illustration
    
Ortie aiguë,
Pâle ciguë,
Je vous salue.

Crapaud gelé,
Tout bubelé,
Sois consolé.

Âme de l’âne,
Chardon ! bardane !
Point ne vous damne.

Hibou du bois
Qui meurs en croix,
Jésus te voit.

Lente limace
De basse extrace,
Entrez en grâce.

(Henri Pichette)

 

Recueil: Poèmes offerts
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ciguë (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Ciguë

Lors de la révolte et du départ de ses sujettes,
celle que la Fée aux Fleurs regretta le moins fut la Ciguë.
A quoi lui servait en effet cette fleur triste et solitaire,
toujours pelotonnée dans des recoins obscurs, sinistres,
renfrognée, se cachant comme pour méditer un crime?
Une fois sur la terre, elle ne s’occupa guère de la surveiller,
en quoi elle eut grand tort.

Xanthis de Thrace, Locuste la Romaine, Brinvilliers la Parisienne,
ne sont qu’une seule et même femme:
c’est la Ciguë qui a successivement animé ces trois corps.
La négligence de la Fée aux Fleurs
lui a permis d’exercer plusieurs fois son affreux métier.
Depuis la mort de la Brinvilliers,
la Ciguë est entrée dans d’autres corps.
Nous voyons surgir de temps en temps quelques empoisonneuses
qui indiquent clairement la présence de la Ciguë sur la terre.

Nous pétitionnons auprès de la Fée aux Fleurs
pour qu’elle la rappelle dans son royaume, et la place pour l’éternité
sous la surveillance de la haute police.

(J.J. Grandville)

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SOLITUDES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



croix-ll

SOLITUDES

D’un coup flambent amour et trahison
dans l’air le mensonge flotte subtil
avec l’espoir
des vierges fortes
n’ont point tremblé parmi les lions
le voyageur s’égare
dans une gorge
où se penchent des fougères mâles
et des ciguës à l’odeur âcre;
au soir avec l’orage
marchant vers de hauts lieux
se signe un paysan verdâtre
en hommage au Dieu trinitaire.

(Jean Follain)

 Illustration

 

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L’orbite elliptique (Auguste Bonel)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



L’orbite elliptique
est interceptée
par le brûlant ballet des sauterelles
qui du frétillement de leurs pattes
accordent la harpe de l’espace
en y soufflant l’ondulation du sable mouvant
d’innombrables petites parcelles de prisme
et de bleu-miroirs délimitent
leur expansion de sel
à la coupe de la ciguë

(Auguste Bonel)

Illustration

 

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Une course blanche (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




Illustration: Takahiro Hara
    
Une course blanche,
de l’or mêlé,
deux sangs déserts,
un cilice de baisers.

Quatre mains pour jouer,
de l’acier pour mourir,
un feu très clair,
et des veilleuses sans compter.

L’haleine de l’enfer
à la gorge des vents,
le souvenir d’un ciel
où les astres explosent.

Un manteau de tonnerre
où la foudre est humide,
un ruisseau d’herbes sèches
où sommeillent des pierres.

Le plus doux des néants
sous la souffrance intime,
les deux âges complices
endormis de ciguë.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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La Bonne Coupe (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



    

La Bonne Coupe

Je souhaite âprement la coupe de ciguë,
Car l’amour est en moi comme une fièvre aiguë…

Je veux terriblement le breuvage final
Qui seul guérit, qui seul peut endormir le mal.

J’ai traîné cette vie incertaine et mauvaise,
Car mon âme est en moi, en éternel malaise…

Je sens grandir toujours l’effroi des lendemains !
Qui donc m’apportera la ciguë en ses mains ?…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Le complice (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



 

Le complice

On me crucifie et je dois être la croix et les clous,
On me tend la coupe et je dois être la ciguë.
On me trompe et je suis le mensonge.
On me brûle et je dois être l’enfer.
Je dois rendre grâce et hommage à chacun des instants du temps.
Ma nourriture, c’est toutes les choses.
Le poids précis de l’univers, l’humiliation, l’allégresse.
Je dois justifier ce qui me blesse.
Qu’importe mon bonheur ou mon malheur.
Je suis le poète.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Misha Gordin

 

 

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Je retrouve toujours mêlés à la souffrance (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Je retrouve toujours mêlés à la souffrance
Le cri mal achevé de notre amour, le goût
De tes baisers, et comme au ciel de la nuit d’août,
La musique des mots s’évade et recommence.

Le temps du désespoir n’a fait que rendre vive
Cette soif que j’avais de l’eau de ton regard,
Car pour nous séparer, le sort venait trop tard
Si même notre amour est amour fugitive.

Le ciel peut refermer sur nous sa main de nues,
L’océan nous lier avec ses goémons,
Le pain avoir le goût mortel de la ciguë
Et les oiseaux mourir dans les cours des prisons,
Ton amour est plus fort que cette trahison
Et tes yeux sont plus beaux qui saluent le matin
Quand un monde va naître avec ses lourds poisons
Du peu de sang qui reste aux fleurs de nos jardins.

Je ne sais plus où commence ta bouche,
Je ne sais plus où finissent tes lèvres,
Où s’arrête le rire courageux du matin.
Mes doigts cherchent sans fin à briser le cristal
Du rêve opaque de ton torse de neige.
Je déchire la rose noire de l’oubli.

(Albert Ayguesparse)

 

 

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De l’extérieur (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



De l’extérieur

Vendredi. La séance au Fox
resplendit de gens comme il faut.
Mais moi je reste à l’extérieur.
C’est que l’argent me fait défaut.

Rien qu’aujourd’hui? ou la semaine?
Le mois entier? J’ai échangé
mes livres pour quelques billets:
c’étaient les doigts, non les anneaux.

Mais pas assez pour voir le film
de Theda Bara l’ophidienne.
Qu’importe le film? L’important
c’est la ciguë de cet instant.

La donzelle de mes pensers
mais qui à moi pense si peu,
surgit, camélia souriant.
Moi, je joue à l’indifférent.

Entre, nuage coloré,
entre, musique faite corps.
À peine me sait-elle ici,
raide, maigre, droit comme un I.

Elle ne me voit, ni ne me
verra. Chaque soyeux pétale
de son ensemble naturel
me fait délicieusement mal.

Ça n’a aucun sens, ou bien trop,
d’attendre deux heures durant
qu’elle sorte du cinéma
comme un poème sort de moi.

Tortueuse leçon, j’apprends
à jouir de la douleur des choses.
Ce qu’elle a vu, intrigue, écran,
ne vaut ce à quoi je m’amuse,

le jeu lancinant qui consiste
à penser en vain à ma dame,
de l’extérieur, de ce côté
qui demeurera du passé

et qui vit encore: pouvoir
de sentir, plus que le vécu,
ce qui pouvait avoir été,
ce qui est, sans être jamais.

(Carlos Drummond de Andrade)

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