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ENERVEMENT D’ANGOISSE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2016



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ENERVEMENT D’ANGOISSE

Douce juive, décloue ma dormition d’argile,
décloua ma tension nerveuse et ma douleur…
Décloue, éternelle aimée, mon interminable ahan et les
deux clous de mes ailes et le clou de mon amour !

Je reviens du désert où je suis beaucoup tombé ;
retire la ciguë et offre-moi tes vins ;
chasse, dont la mimique est la cécité ferrée de Longins,
mes sicaires, avec des pleurs d’amour.

Décloue mes clous, oh ma nouvelle mère!
Symphonie d’oliviers, verse à longs flots tes pleurs !
Alors, tu attendras, assise près de ma chair morte,
la menace qui cède et l’alouette qui s’enfuit !

Tu passes… tu reviens… Ton deuil tresse mon grand cilice
avec des gouttes de curare, tranchants de l’humanité,
la dignité de roc présente dans ta chasteté,
le mercure judithesque de ton miel intérieur.

Il est huit heures d’un matin sorcier crème…
Il y a du froid… Un chien passe rongeant l’os de l’autre
chien qu’il fut. Commence à pleurer dans mes nerfs
l’allumette que j’éteignis en capsules de silence!

Dans mon âme hérétique, chante sa douce fête asiatique
un dionysiaque ennui de café…!

***

NERVAZÓN DE ANGUSTIA

Dulce hebrea, desclava mi tránsito de arcilla;
desclava mi tensión nerviosa y mi dolor….
Desclava, amada eterna, mi largo afán y los
dos clavos de mis alas y el clavo de mi amor!

Regreso del desierto donde he caído mucho;
retira la cicuta y obséquiame tus vinos:
espanta con un llanto de amor a mis sicarios,
cuyos gestos son férreas cegueras de Longinos!

Desclávame mis clavos ¡oh nueva madre mía!
¡Sinfonía de olivios, escancia tu llorar!
Y has de esperar, sentada junto a mi carne muerta,
cuál cede la amenaza, y la alondra se va!

Pasas… vuelves… Tus lutos trenzan mi gran cilicio
con gotas de curare, filos de humanidad,
la dignidad roquera que hay en tu castidad,
y el judithesco azogue de tu miel interior.

Son las ocho de una mañana en crema brujo….
Hay frío….Un perro pasa royendo el hueso de otro
perro que fue….Y empieza a llorar en mis nervios
un fósforo que en cápsulas de silencio apagué!

Y en mi alma hereje canta su dulce fiesta asiática
un dionisiaco hastío de café….!

(César Vallejo)

 Illustration: Daria Petrilli

 

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Si frais tes doigts ont l’air d’avoir joué dans l’eau (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



Si frais tes doigts ont l’air d’avoir joué dans l’eau,
Tes doigts frêles, pareils aux doigts de ces infantes
Avec de clairs bijoux sur leurs robes bouffantes
Qu’on voit au fond d’un parc dans quelque ancien tableau !

Au charme du printemps, ton charme s’apparie
Et tes cheveux soyeux et dorés tu les as
Mêlés comme un bouquet de jaunes mimosas
Aux roses pâles dont ta figure est fleurie.

Quelque chose de doux, de grave et d’émouvant
T’appelle au fond des bois par la bouche du vent
Et dans l’ombre des fleurs que tu recontinues

Se déplace un rayon qui s’est insinué
Sous le parasol d’or lentement remué
De l’ombre et du soleil dans les blanches ciguës.

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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Il y avait une musique de saltimbanques (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



Il y avait une musique de saltimbanques autour de la prison,
Il y avait des figures de cire dans une forêt d’été,
Ailleurs la lune avait fauché toute l’oasis,
Et parfois je trouvais une vierge en sueur au fond d’une grotte de glace.

Ayez pitié des mains étranges !
Ces mains contiennent les secrets de tous les rois !

Ayez pitié des mains trop pâles !
Elles semblent sortir des caves de la lune,
Elles se sont usées à filer le fuseau des jets d’eau !

Ayez pitié des mains trop blanches et trop moites !
Il me semble que les princesses sont allées se coucher vers midi tout l’été !
Éloignez-vous des mains trop dures!
Elles semblent sortir des rochers !
Mais ayez pitié des mains froides !
Je vois un cœur saigner sous des côtes de glace !
Ayez pitié des mains mauvaises !
Elles ont empoisonné les fontaines !
Elles ont mis les jeunes cygnes dans un nid de ciguë !
J’ai vu les mauvais anges ouvrir les portes à midi !
Il n’y a que des fous sur un fleuve vénéneux !
Il n’y a plus que des brebis noires en des pâturages sans étoiles !
Et les agneaux s’en vont brouter l’obscurité !

Mais ces mains fraîches et loyales !
Elles viennent offrir des fruits mûrs aux mourants !
Elles apportent de l’eau claire et froide en leurs paumes !
Elles arrosent de lait les champs de bataille !
Elles semblent sortir d’admirables forêts éternellement vierges!

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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La Rivière (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2015



La Rivière

Simone, la rivière chante un air ingénu,
Viens, nous irons parmi les joncs et la cigüe ;
Il est midi : les hommes ont quitté leur charrue,
Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu.

La rivière est la mère des poissons et des fleurs,
Des arbres, des oiseaux, des parfums, des couleurs ;

Elle abreuve les oiseaux qui ont mangé leur grain
Et qui vont s’envoler pour un pays lointain ;

Elle abreuve les mouches bleues dont le ventre est vert
Et les araignées d’eau qui rament comme aux galères.

La rivière est la mère des poissons : elle leur donne
Des vermisseaux, de l’herbe, de l’air et de l’ozone ;

Elle leur donne l’amour ; elle leur donne les ailes
Pour suivre au bout du monde l’ombre de leurs femelles.

La rivière est la mère des fleurs, des arcs-en-ciel,
De tout ce qui est fait d’eau et d’un peu de soleil :

Elle nourrit le sainfoin et le foin, et les reines
Des prés qui ont l’odeur du miel, et les molènes

Qui ont des feuilles douces comme un duvet d’oiseaux ;
Elle nourrit le blé, le trèfle et les roseaux ;

Elle nourrit le chanvre ; elle nourrit le lin ;
Elle nourrit l’avoine, l’orge et le sarrasin ;

Elle nourrit le seigle, l’osier et les pommiers ;
Elle nourrit les saules et les grands peupliers.

La rivière est la mère des forêts : les beaux chênes
Ont puisé dans son lit l’eau pure de leurs veines.

La rivière féconde le ciel : quand la pluie tombe,
C’est la rivière qui monte au ciel et qui retombe ;

La rivière est une mère très puissante et très pure,
La rivière est la mère de toute la nature.

Simone, la rivière chante un air ingénu,
Viens, nous irons parmi les joncs et la ciguë ;
Il est midi : les hommes ont quitté leur charrue,
Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu.

(Remy de Gourmont)

 

 

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EVENEMENTS (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




EVENEMENTS

Il est un temps où l’eau s’agite
puis elle stagne
et la guerre vient
sont exempts de tout murmure
les lichens sur les pierres
mais point la prêle et la ciguë
bercées par un vent tempéré
couper une tige
au fond d’un pré lisse au soir
devient alors
une réussite de la vie
un homme embrassant une fille
survit dans un jardin transfiguré.

(Jean Follain)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Sous l’arche de notre rencontre (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2015




La brume couvre, silencieuse,
la vallée grise de ton corps.

Sous l’arche de notre rencontre
la ciguë maintenant grandit.

Mais laisse-moi ton souvenir,
laisse-le tout seul en mon coeur.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Rafal Olbinski

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