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Poésie

Posts Tagged ‘ciment’

Propos du prisonnier (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
Propos du prisonnier

Raies de lumière sur nos murs
coincées dans l’ombre des barreaux
vous expliquez cette aventure
où tout l’amour semble de trop

nuit verrouillée sans ouverture
tu régnerais dans nos cachots
rien que la nuit la nuit qui mure
battant du pas de nos bourreaux

la moindre fente qui répand
cette chaleur d’un monde clair
vaudra toujours tout le ciment
où tourne en rond notre colère.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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L’impossibilité de vivre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Illustration: Olivier de Sagazan 
    
L’impossibilité de vivre
se glisse en nous au début
comme un caillou dans la chaussure :
on le retire et on l’oublie.

Ensuite arrive une pierre plus grande
qui n’est plus déjà dans la chaussure :
le premier ou le dernier malentendu
se mêle à l’amour ou au doute.

Viennent après d’autres échecs :
la perte d’un mot,
la sauvage irruption d’une douleur,
une mort sur le chemin,
la chute d’une feuille sur notre solitude,
la vieillesse qui s’annonce
comme un soir écorché par la pluie.

Nous émergeons de tout
avec un tremblement qui dissout la confiance.
La lune pâlit,
nous commençons à nous méfier du soleil.

Et un jour quelconque,
dans la prairie ou le ciment,
dans la dissonance qui brise une chanson
ou une rotation inattendue au lit,
quelque chose nous blesse comme un fouet:
vivre c’est dévivre.
La promesse est rompue.

Qui a fait la promesse ?
Et qui peut la croire ?
Nous ne le saurons plus.
La promesse était autre.

Vivre est impossible.
Mais à l’intérieur du vivre il y a autre chose
que nous ne comprendrons jamais
et qui pourtant saute et joue
comme un dieu étonné
qui ne s’accordera jamais
avec les scandales successifs
de vivre sans vivre
et de mourir sans vivre.

***

La imposibilidad de vivir
se nos infiltra al principio
como una pequeña piedra en el zapato:
uno la quita y se olvida.

Luego llega un piedra mas grande,
y ya no en el zapato:
el primero o el último malentendido
se mezcla con el amor o la duda.

Vienen después otros fracasos:
la pérdida de un palabra,
la salvaje irrupción de un dolor,
una muerte en el camino,
la caída de una boja sobre nuestra soledad,
la vejez que se anuncia
como un tarde desollada por la lluvia.

Emergemos de todo,
con un temblor que disuelve la confianza.
La luna empalidece,
comenzamos a desconfiar del sol.

Y un día cualquiera,
en la pradera o el cemento,
en la disonancia que rompe una canción
o en una vuelta sorpresiva en el lecho,
algo nos hiere como un látigo:
vivir es desvivir.
La promesa está rota.

¿Quién hizo la promesa?
¿ Y quién puede creerla?
Ya nunca lo sabremos.
La promesa era otra.

Vivir es imposible.
Pero adentro del vivir hay otra cosa,
que jamás entenderemos
y sin embargo salta y juega
como un dios asombrado,
que nunca armonizará
con los sucesivos escándalos
de vivir sin vivir
y morir sin vivir.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Décombres de la guerre (Nakamura Kusatao)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



Décombres de la guerre –
sur un sol en ciment
des fillettes jouent à la balle

(Nakamura Kusatao)

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Pourtant chaque jour plus seul (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration: Daniel Siguier
    
Pourtant chaque jour plus seul

Homme ouvre le seuil de ta demeure
femme ouvre ta chambre ouvre tes jambes
enfant ouvre la salle de tes jeux
parlez-moi embrassez-moi dites un peu
montrez-moi les photos les cicatrices les secrets
la solitude me maçonne
chaque jour elle jette sur moi d’un geste sec
sa truellée de ciment noir
elle me crépit elle vise mes yeux
elle monte son mur autour de moi
elle épaissit ma peau toujours sa trahison
quand l’envie de brûler me parle
quand l’envie de parler me brûle
quand l’océan des autres me lèche
quand cet homme qui passe je voudrais l’arrêter
et cette femme lui sourire poser ma main sur son épaule

pourtant chaque jour plus seul isolé contre moi
moi qui ai le goût des bonjours
des braises du coeur dans les yeux
des mots
des mains
du verre de vin sous les platanes.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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SOLEIL DES TRISTESSES (Jean-Baptiste Para)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



Illustration: Edvard Munch
SOLEIL DES TRISTESSES
    
Celui qui chante son chemin
s’en va du même pas que le jour
un sac de ciment sur l’épaule

La chaleur est si forte
et tous nos gestes sans défense
comme un oiseau sorti des laîches

Des portes closes la clé brille
à quel rebord d’une fontaine
perdant toujours son eau rouillée

Enfant qui tousse au ciel de mai
amour trop seul en son langage
un peu de vent sur les fougères

Amour jamais ô neige sale
couleur d’étain qui monte en vrille
et le protège de sa faute

Au thé lampé dans les soucoupes
aux pas qui mâchent le gravier
la vie se froisse dans l’obscur

(Jean-Baptiste Para)

 

Recueil: La faim des ombres
Traduction:
Editions: Obsidiane

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CHERCHER (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018




CHERCHER

Du dithyrambe à la racine de la mer
s’étend un vide nouveau style :
En voilà assez, dit la vague,
arrêtez votre bavardage
et que cesse aussi de pousser
la barbe du ciment
dans la ville :
nous sommes seuls,
nous voulons crier enfin,
nous soulager devant la mer,
voir sept oiseaux de la même couleur,
trois mille mouettes aux plumes vertes,
nous voulons chercher l’amour sur le sable,
crotter nos chaussures, salir
livres, chapeau, pensée,
pour à la fin te découvrir, néant,
pour t’offrir nos baisers, néant,
pour te chanter, néant,
néant sans rien, sans faire
quoi que ce soit, sans achever
ce qui est authentique et vrai.

(Pablo Neruda)

Illustration

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Traces (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Illustration
    
Traces

Sur le ciment frais d’une allée
un oiseau jadis laissa
pigeon, colombe ou tourterelle,
l’empreinte de ses pas.

L’oiseau sans doute s’envola
vécut de saison en saison
puis fut mangé par la terre.

Mais la trace à jamais demeure
comme une longue et belle phrase énigmatique.

Il en est ainsi du poète
sur le chemin de l’écriture
dans une secrète espérance.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Terre d’outre-nuit (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Terre d’outre-nuit que le soleil arrache à
la méditation et aux épines du doute.

La fleur affiche une candeur espiègle. La tige suit
la trace des grandes aventurières de l’espace.

Le miel coule entre les pierres
que le ciment va unir.

(Edmond Jabès)

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Toujours nous serons seuls (Yvan Goll)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

Georges Lacombe The Sculpture of Georges Lacombe

Toujours nous serons seuls
Emmurés dans nos corps
Comme dans nos deux linceuls!

Que d’une bouche à l’autre
Comme de deux balcons
Nous nous jetons les fleurs rouges de l’amour;

Que nos mains tordues en un poing
Croient s’unir en chair armée
Comme ciment et sang;

Inutile! Inutile!
Inutile le sourire badigeonné sur nos crânes!
Inutiles les larmes qui ne collent rien!

Dans l’étreinte désespérée
Entre le Nous inextricable
Bée notre affreuse solitude.

(Yvan Goll)

Illustration: Georges Lacombe

 

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NOUS NE VOGUONS PAS SUR LA MEME MER (Olav H. Hauge)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



NOUS NE VOGUONS PAS SUR LA MEME MER

Nous ne voguons pas sur la même mer,
trompeuses sont les apparences.
Ferraille et grumes sur le pont,
sable et ciment dans mes soutes,
je m’enfonce, je suis lent,
je foule les vagues houleuses,
je hulule dans la brume.
Toi tu vogues sur un bateau de papier,
ta voile bleue gonflée de rêves,
si tiède le vent, délicate la vague.

(Olav H. Hauge)

Illustration

 

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