Arbrealettres

Poésie

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DANS LES RUES DE PRAGUE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




DANS LES RUES DE PRAGUE

Tu te souviens des rues de Prague,
de leur son dur comme si des tambours de pierre
avaient roulé dans la solitude de celui qui à travers les mers chercha ton souvenir :
ton image au-dessus du pont Saint-Charles était une orange.

C’est alors que nous avons franchi la neige de sept frontières,
partis de Budapest qui ajoutait des rosiers et du pain à son lignage,
jusqu’au moment où les amants — toi et moi —, traqués, assoiffés, affamés,
s’étant reconnus se blessèrent avec les dents et des baisers et des épées.

O jours tranchés par les cimeterres du feu et de la furie
où l’amant et l’amante souffrent sans répit et sans larmes
comme si l’amour était allé s’enterrer dans une lande parmi les orties
et comme si chaque expression se troublait et brûlait, devenait lave.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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Chanson de Gautama (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Chanson de Gautama

What is identity, and what is difference ? (NAGARJUNA)

Chaque pétale de la fleur
et chaque flocon de neige
entraînent la roue de la mort :
le un meurt, et naît le deux.

La cicatrice du cimeterre
qui coupe la soie volante,
sépare dans la réalité
ce qui dure et ce qui passe,

comme les yeux et les bouches
qui devinent et déjà tissent
leur royaume de vains visages,
leurs parcs de roses fictives.

Toute caresse est un miroir
qui nous montre des images,
toute question est le passage
de la parole au secret.

Amour, nostalgie finale
de terrasses et de jardins,
le son du flûtiste naît
de renoncer au baiser.

Pourquoi céder aux copies,
de tant de statues de soi,
si à la fin du chemin
ce qui se perd perdure ?

Un homme qui médite au pied
de l’arbre qui sera son signe,
sait que la route du pauvre
contient la route du roi,

et que dans le deuil constant
où meurt peu à peu le monde,
revient le délire d’être un
en pleine danse d’un autre.

Peut-être pour cela la fleur
nie la beauté du soleil,
comme dans le char de la lune
le blanc aurige nie Dieu.

Peut-être pour cela la voix
est le miroir du Miroir,
et l’homme, ce rêve divin,
monte en roulant dans le vide.

***

Canción de Gautama

Cada pétalo de la flor
y cada copo de la nieve
giran la rueda de la muerte:
el uno cesa, nace el dos.

El tajo de la cimitarra
que corta el vuelo del cendal
separa en toda realidad
lo que perdura y lo que pasa,

como los ojos y las bocas
al distinguir ya están hilando
su reino de perfiles vanos,
sus parques de fingidas rosas.

Toda caricia es el espejo
que nos propone a tanta imagen,
toda pregunta es el pasaje
de la palabra a otro secreto.

Amor, al final melancolía
de parques y terrazas, música
que sólo crece en la renuncia
al beso del sutil flautista.

¿Por qué ceder a tanta réplica,
a tanta estatua de sí mismo,
si en el resumen del camino
lo que se pierde es lo que queda?

El hombre que medita al pie
de un árbol que será su signo
sabe que al paso del mendigo
contiene ya el paso del rey,

y que de tan claro despojo
donde se va anulando el mundo
nace el delirio de ser uno
en plena danza de ser otro.

Por eso, acaso, está la flor
negando al sol en su hermosura,
como en el carro de la luna
el albo auriga niega a Dios.

Por eso acaso la palabra
es el espejo del Espejo,
y el hombre, ese divino sueño,
sube cayendo hacia la nada.

(Julio Cortázar)

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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