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Poésie

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Puisque j’étais si lasse (Marie NDiaye)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Dominique Zehrfuss
    
Puisque j’étais si lasse, remords froid, peine solitaire
Une poule circonspecte et irréprochable, la cascade des émotions cède au lac paisible
Aucun petit jamais n’a suspendu nos accouplements de son oeil effaré
Comment t’avouer que je ne savais plus t’aimer

Une poule vigilante est inattaquable quand elle veut complaire
Gentille poule, j’avais eu longtemps ce visage-là
Comment t’avouer que je ne savais plus te désirer
J’espérais de ta main même et sans chagrin être affranchie

(Marie NDiaye)

 

Recueil: Vingt-huit bêtes: un chant d’amour
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nous rêvons – et c’est bien de rêver – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Nous rêvons – et c’est bien de rêver –
L’éveil – serait souffrance –
Mais puisque c’est le jeu – qui nous tue,
Que par jeu – nous hurlons –

Quel mal ? L’Homme meurt – Extérieurement –
C’est une vérité – du Sang –
Mais nous – mourons dans un Drame –
Et le Drame – est toujours vivant –

Circonspect – Chacun secoue l’autre –
Et chacun – ouvre les yeux –
De peur que le Fantasme – ne soit faux –
Et que la blême Surprise

Ne le fige en Stèle de Granit –
Avec juste une ère – un nom –
Et peut-être une phrase en Égyptien –
Rêver – est plus prudent –

***

We dream – it is good we are dreaming –
It would hurt us – were we awake –
But since it is playing- kill us,
And we are playing- shriek –

What harm ? Men die – Externally –
It is a truth – of Blood –
But we – are dying in Drama –
And Drama – is never dead –

Cautious – We jar each other –
And either – open the eyes –
Lest the Phantasm – prove the mistake –
And the livid Surprise

Cool us to Shafts of Granite –
With just an age – and name –
And perhaps a phrase in Egyptian –
It’s prudenter – to dream –

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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Un Oiseau, avança dans l’Allée (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Un Oiseau, avança dans l’Allée —
Je le voyais à son insu –
De son bec il coupa un Lombric
Qu’il avala, tout cru,

Puis, sur une Herbe à portée
Il but de la Rosée –
Puis, sautillant de biais jusqu’au Mur,
S’effaça devant un Scarabée -—

Il lançait des regards très vifs,
En hâte, tout alentour —
Ses yeux semblaient des Perles effarées,
Il secoua sa Tête de Velours. —

Comme en péril, Circonspect,
]e lui offris une Miette,
Alors il déplia ses plumes
Et rama vers son Nid –

Plus doucement que Rames, de l’Océan
Divisent l’argent lisse,
Ou que des Rives de Midi, plongent
Les Papillons, sans clapotis.

***

A Bird came down the Walk —
He did not know I saw —
He hit an Angle Worm in halves
And ate the fellow, raw,

And then, he drank a Dew
From a convenient Grass —
And then hopped sidewise to the Wall
To let a Beetle pass —

He glanced with rapid eyes,
That hurried all abroad —
They looked like frightened Beads, I though,
He stirred his Velvet Head —

Like one in danger; Cautious,
I offered him a Crumb,
And he unrolled his feathers,
And rowed him softer Home —

Than Oars divide the Ocean,
Too silver for a seam,
Or Butterflies, off Banks of Noon,
Leap, plashless as they swim.

(Emily Dickinson)


Illustration

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