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LA DORMEUSE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



LA DORMEUSE

Les yeux ouverts au coeur de la nuit
Les coudes enfoncés dans l’herbe moite
Cette fille fardée d’alluvions
Ecoute au-dessus des fumées du fleuve
Remuer la guerre dans sa bauge de béton
Comme une bête de flamme et d’acier.

Quand elle déploie son ombre dans le ciel
Les villes ont peur de respirer.
L’oreille contre la terre
Elles attendent que les usines s’endorment
Que les feux cessent de brûler
Pour s’étendre dans les ténèbres.

Comme de grands oiseaux antédiluviens
Perchées sur leur patte huileuse
Les machines brillent au fond des temps
Les mâchoires ouvertes dans l’ombre.
Elles rêvent au bonheur des hommes,
Aux habitudes des nuages,
Aux fleurs qui poussent dans les campagnes,
Mais aussitôt qu’elles s’éveillent
Elles referment leurs cisailles.

La dormeuse soulève sa chevelure,
Elle la dénoue et la nuit s’éclaire,
Elle déplie les jambes et les nuées s’entrouvrent,
Elle croise les bras sous la nuque
Et son souffle efface la terreur du ciel.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Henri Matisse

 

 

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Chêne amputé (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2016



Pauvre arbre, comme ils t’ont taillé!
Quelle étrange et triste figure!
Tu n’es plus, cent fois cisaillé,
Que défi, que volonté pure.

Comme toi tronqué, tourmenté,
Sans me briser, ma vie entière,
Jour après jour j’ai résisté,
Dressant mon front dans la lumière.

Ce qui fut en moi doux, sensible,
Le monde l’a crucifié.
Mais mon être est indestructible:
Je vis heureux, pacifié.

Je pousse mes feuilles nouvelles
Malgré mes rameaux douloureux,
Toujours, dans mes peines cruelles,
De ce monde absurdes amoureux.

**************

Gestutzte Eiche

Wie haben sie dich, Baum, verschnitten
Wie stehst du fremd und sonderbar!
Wie hast du hundertmal gelitten,
Bis nichts in dir als Trotz und Wille war!

Ich bin wie du, mit dem verschnittnen,
Gequälten Leben brach ich nicht
Und tauche täglich aus durchlittnen
Roheiten neu die Stirn ins Licht.

Was in mir weich und zart gewesen,
Hat mir die Welt zu Tod gehöhnt,
Doch unzerstörbar ist mein Wesen,
Ich bin zufrieden, bin versöhnt,

Geduldig neue Blätter treib ich
Aus Ästen hundertmal zerspellt,
Und allem Weh zu Trotze bleib ich
Verliebt in die verrückte Welt.

(Hermann Hesse)

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