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LE POEME (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

Audrey Kawasaki  attente

LE POEME

TOUT est
dans le son. Une chanson.
Rarement une chanson. Ce devrait

être une chanson — faite
de détails, de guêpes,
une gentiane — quelque chose
d’immédiat, ciseaux
ouverts, regard
de dame — qui s’éveille
centrifuge, centripète.

***

THE POEM

IT’s all in
the sound. A song.
Seldom a song. It should

be a song — made of
particulars, wasps,
a gentian — something
immediate, open
scissors, a lady’s
eyes — waking
centrifugal, centripetal

(William Carlos Williams)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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LA CHANSON DES QUATRE SAISONS (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



 

LA CHANSON DES QUATRE SAISONS

C’est le printemps.
Au pays de Ts’in, prés d’un ruisseau mélodieux,
Lo Fo, dans le soleil, cueille des fleurs de mûrier.
Ses mains, comme des papillons,
se posent sur les branches vertes.
Elle vient de dire au cavalier qui la regarde :
« Les vers à soie ont faim, seigneur!
Il ne faut pas que les sabots de votre cheval
meurtrissent plus longtemps ce gazon. »

C’est l’été.
Le lac King-hou, qui a trois cents li de tour, est un immense nénuphar.
Une jeune fille rêve, assise à l’ombre d’un saule.
Près d’elle, un batelier regarde avec impatience si les promeneurs s’éloignent.

C’est l’automne.
Dans le crépuscule jaune,
le vent éparpille les claquements des battoirs
de ces laveuses accroupies au bord du torrent.
Une ronde de feuilles tourbillonnantes oblige une femme à faire un détour.
La tête basse, elle s’éloigne.
Je devine ses pensées.
« Quand pourrons-nous imposer la paix aux Barbares?
Quand reviendra-t-il, mon époux bien-aimé? »

C’est l’hiver.
Un courrier va partir pour la frontière.
Durant toute la nuit, on a cousu des vêtements chauds.
De jolis doigts ont manié bravement l’aiguille et les ciseaux glacés,
encore plus glacés, à l’aube.
Dans combien de jours ce courrier arrivera-t-il à Lin-tao!

(La Flûte de Jade)

 

 

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Maison de papier (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Maison de papier
découpée par des ciseaux de feu
donne-moi ta table
ton assise
et ton lit
laisse-moi vivre
sur ta racine de pierre.

Donne-moi ta poussière de lumière
des fleurs et des jours
le temps
dans son mortier
transparent
figuier
donne-moi ton jardin sonore
cachette des enfants
persécutés
par des anges
et par des chats.

(Luis Mizón)


Illustration

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Le corps d’Eurydice (4/4) (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2016



La nuit maintenant l’entourait
D’une sorte de sagesse, à mesure qu’elle se posait
Contre sa joue et qu’elle effaçait
Le sourire des reines de pierre dans les jardins.
Maintenant elle se sentait légère et blanche
Encore un peu froide et marbre, pensait-elle,
Découvrant sa part d’obscur. – Aussi pourquoi
Vouloir donner à sa vie cette forme définitive?
Alors qu’il y a les signes physiques
De la fatigue, l’âme qui se détruit.
Ces leurres: les rides, et les taches sur la peau.
Quelle figure illisible, prise dans les lignes
Invisibles qui la lisent:

« Comment ne pas me regarder au visage,
Mère? l’âme, l’amour au jour le jour qui se défait.
Ce masque brisé qui me rassemble, tant de points
De ma chair autour de cette absence. Ce corps
Inoubliable. Moi. »

Au fur et à mesure qu’elle écrivait
Elle se disait que ce qui apparaissait, d’elle-même,
Ne pouvait empêcher le mouvement du temps
De troubler la sage ordonnance des mots;
Toute précautions prises, ne pouvait
Empêcher sa vie, son corps d’envahir
Ce qui était écrit. Le poème ne pouvait
Faire obstacle à la beauté du jour, non plus
Qu’à l’amertume, ni faire faire au soleil
Machine arrière, – ni ne permettait de revoir
Sous ses yeux les fleurs de l’an passé,
Ni ces grands éclairs de chaleur
Comme des coups de ciseaux dans la nuit.
Un poème n’était jamais à l’abri de l’orage:

« Il y a trop de portes à verrouiller
A double tour, et à barricader
Avec des soins et des ruses infinis.
Il y en a toujours une, restée battante,
Par où la solitude peut passer. »

C’était on ne peut plus de bonheur (d’amour?)
On ne peut plus de solitude aussi. Le désir
Etait dans les marges, le spectacle, parfait.
Parfaites les couleurs, le bleu du ciel était au comble
De la perfection, les parfums, la fraîcheur de l’air.
Le temps dansait dans les arbres, tout entier
Porté sur la pointe des jeunes pousses,
Et les cris d’oiseaux étaient absolument
Comme des coups de ciseaux dans la transparence
Insurpassable du moment. Le sens de vivre
A mourir ne se lisait plus de gauche à droite:

« Un prosaïsme rythmé, une apparence
De spontanéité, mais la déchirure absolue
Est à l’intérieur de la langue. La poésie, soudain
Serait comme une irruption de l’inquiétude
Au milieu de la conversation. »

Et rien d’autre en effet que l’inquiétude
Au milieu des premières journées de printemps.
Ecrire, aimer, se disait-elle une fois de plus.
Relève du même effroi. C’était comme regarder les fleurs.
Décomposer le mixage des voix et des bruits de pas.
Le chant et la couleur. Guère plus facile.
C’était une mise au jour du désir
Au-dessus d’un abîme. Mais les mots
Etaient vieux, usés, méconnaissables,
Couverts de taches jaunes, et décolorés.
Comme ces sphynx de pierre, ils n’avaient
Plus d’yeux, les figures avaient le nez cassé.
A part elle-même elle ajoutait alors: aimer
Comme écrire, nous délivre-t-il de la mémoire?

« Quel serait, sinon, l’effet produit?
Changerais-tu ta vie, y trouverais-tu cette force?
Ce qui se passe dans la prose, la prose de vivre,
Se passe sur la scène du vers. Changerais-tu
Ta forme? Travaille, – c’est à dire: détruis. »

(Claude Adelen)


Illustration

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Laine et ciseaux (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2015



L’enfant s’est accroupi
aux pieds de la très vieille et douce dame
en robe noire d’un autre temps.

Dans la corbeille,
encore toute enroulée,
la laine de sa vie,
et les ciseaux.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Carolus Duran

 

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Comme les oiseaux (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2015


Plus souple à dénouer mes plis
Que le serpent n’ondule,
Ayant tous, ô Vénus Pendule,
Tes rites accomplis;

Quand vint l’heure où le coeur se navre,
Et des fatals ciseaux,
Je mourus, comme les oiseaux,
Sans laisser de cadavre.

(Paul-Jean Toulet)

Illustration: Vladimir Kush

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Boucle de cheveux (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2015



Je n’ai jamais donné de boucle de
Cheveux à un homme, sinon à toi celle
Qu’aujourd’hui sur mes doigts pensivement
J’enroule en sa longueur brune, te disant
« Prends-la. » Ma jeunesse s’est enfuie hier;
Mes cheveux ne bondissent plus sur mes pas
Et je ne les pique plus de rose ou de myrte
Comme le font les jeunes filles. Or ils ombrent
Simplement sur mes joues la trace des larmes,
Inclinant sous leur poids ma tête penchée
Par le chagrin. Je les pensais voués aux
Ciseaux funèbres, mais l’Amour y a droit –
Prends-les toi… trouvant, par-delà les ans,
Le baiser qu’à sa mort ma mère laissa.

(Elizabeth Browning)

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