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Posts Tagged ‘ciseler’

Premier sourire du printemps (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



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Premier sourire du printemps

Tandis qu’à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
Il dit :  » Printemps, tu peux venir !  »

(Théophile Gautier)

Illustration

 

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EN VIE PROFONDE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



 

Nicolas Rozier N41

EN VIE PROFONDE

(sur des portraits de Nicolas Rozier)

Tout parle tout s’anime
Mille souffles bruissent
C’est l’âme des énergies
Je la reconnais bien
Elle n’avance pas du bout des lèvres
Je la reconnais
Avec toutes ces lames bourdonnantes
Et ces pitiés confuses
Deuils du coeur
Grandes gifles du doute
Rosées inapaisables
Et cette perpétuelle mise au tombeau
Pour écouter au plus juste
Le coeur du monde
Tout ce qui cisèle la passion d’être

Et tout à coup le visage apparaît
Il apparaît vif et vivace
A la fois lustral et brouillé de nuit
Dans une volupté désolée

Il dit
Une façon de se donner sans réserve
Une manière de rompre les digues
De reprendre haleine
Au milieu des battues d’éclairs
Il dit
Une exigence hantée de corbeaux
Il dit
Descendre encore et toujours
Vers où ça vit encore plus
Descendre vers des hauteurs insoupçonnées

Lever sans fin le camp
Enfiévrer davantage

Alors l’air ondule
Il ondule en vie profonde
Et l’on mesure tout à coup
Son coeur somnambule au soleil

(Zéno Bianu)

Illustration: Nicolas Rozier

 

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Mère, pour toi je ferai un collier de perles (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2019



    

Mère, pour toi je ferai un collier de perles
avec les larmes de mon chagrin.

Pour couvrir tes pieds les étoiles
ont ciselé leurs annelets de lumière,
mais mon don veut pendre à ton cou.

La richesse et la renommée émanent de toi;
il t’appartient de les donner et de les retenir.

Mais cette mienne tristesse est bien absolument à moi,
et quand je te l’apporte en offrande,
ta grâce vient en récompense.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique suivi La corbeille de fruits
Traduction: Hélène Du Pasquier et André Gide
Editions: Gallimard

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NUIT A MARTINDALE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Deb Watson
    
NUIT A MARTINDALE

Ni par le bruissement de l’eau, la rumeur de l’air,
le grondement de l’orage, la menace des oiseaux, ni leurs cris :
ici l’ange parle, mais d’une voix humaine.

La pierre doit se faire chair, la parole
ciselée par nos murmures dans l’air éphémère

est la véritable expression du nuage,
de l’eau qui court, du vent qui souffle,
de la lune d’argent et du maigre genièvre.

La parole dit, l’eau court,
le rocher s’effrite, la fougère se flétrit, le vent souffle
le temps passe,
j’écris l’ordre du soleil : Aime, et le Non des étoiles.

***

NIGHT IN MARTINDALE

Not in the rustle of water, the air’s noise,
the roar of storm, the ominous birds, the cries —
the angel here speaks with a human voice.

Stone into man must groom, the humait word
carved by our whispers in the passing air

is the authentic utterance of cloud,
the speech of flowing water, blowing wind,
of silver moon and stunted juniper.

Words say, waters flow,
rocks weather, ferns wither, winds bloom, times go,
I write the sun’s Love, and the stars’ No.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Dix maximes pour la marche (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration:  Bénédicte Muller
    
Dix maximes pour la marche

Qui cherche une soeur gerce de douceur
qui cherche pourquoi herse toujours soi

qui hisse l’ennui la nuit le dévisse
qui tranche ses veines épanche sa peine

qui tue le lundi pue le vendredi
qui pâlit d’un pleur meurt au lit d’un râle

qui patauge en songe jauge le mensonge
qui hèle l’effroi cisèle sa croix

qui freine sa main traîne son chagrin
qui prouve le feu
les cieux le recouvrent.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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JE VOUDRAIS CISELER POUR TOI (Ruben Dario)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



 

Armand Point  l

JE VOUDRAIS CISELER POUR TOI
(Yo quisiera cincelarte)

Je voudrais ciseler pour toi
une rime
délicate et élégante
telle marguerite d’or,
ou couverte d’irisée
pierrerie,
ou tel joyau d’Orient
ou coupe florentine.

Je voudrais pouvoir te donner
une rime
tel le collier de Zobéide,
fait de perles d’Ormuz,
qui fleurent bon comme les roses
et qui brillent
comme la rosée sur les pétales
de la fleur qui vient d’éclore.

Je voudrais pouvoir te donner
une rime
qui exprimerait l’amertume
de mes peines profondes
dans l’or de la sertissure
des phrases cristallines.

Je voudrais pouvoir te donner
une rime
qui en toi ne provoquerait
ni indifférence ni rire,
mais que tu contemplerais
en ta pâle allégresse,
et qui après l’avoir lue
te laisserait pensive.

(Ruben Dario)

Illustration: Armand Point

 

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La pomme rouge (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Le Tintoret peignit sa fille morte
il passait des voitures au loin
le peintre est mort à son tour
de longs rails aujourd’hui
corsettent la terre
et la cisèlent
la Renaissance résiste
dans le clair-obscur des musées
les voix muent
souvent même le silence
est comme épuisé
mais la pomme rouge demeure.

(Jean Follain)

 

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L’art (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Juliette Choukroun
    
L’art

Oui, l’oeuvre sort plus belle
D’une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.

Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.

Fi du rhythme commode,
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend !

Statuaire, repousse
L’argile que pétrit
Le pouce
Quand flotte ailleurs l’esprit :

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare,
Gardiens du contour pur ;

Emprunte à Syracuse
Son bronze où fermement
S’accuse
Le trait fier et charmant ;

D’une main délicate
Poursuis dans un filon
D’agate
Le profil d’Apollon.

Peintre, fuis l’aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop frêle
Au four de l’émailleur.

Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
Leurs queues,
Les monstres des blasons ;

Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jésus,
Le globe
Avec la croix dessus.

Tout passe. – L’art robuste
Seul a l’éternité.
Le buste
Survit à la cité.

Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
Sous terre
Révèle un empereur.

Les dieux eux-mêmes meurent,
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.

Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant !

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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À HELENE, QUAND ELLE NAGE (William Faulkner)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



Illustration: Eric Zener
    
À HELENE, QUAND ELLE NAGE

L’or de quelques doux étés fait
Qu’elle revient l’été céder vite au désir
Et qu’elle calme la musique éclatante qui est sienne
Par des mains d’une eau agitée d’un feu bouillonnant.

Où le vent cisèle de son mouvement dans la vallée
Les remparts taillés et changeants, lentement mis en place,
L’eau argentée déforme de ses mains réticentes
Sa poitrine de garçon et ses flancs droits de garçon.

À travers cette cité naissante déjà ciselée
De bras de mer majestueux et continus,
L’eau et ses mains interrompent de leur vert regret
La pure musique brune de ses genoux.

***

TO HELEN, SWIMMING

The gold of smooth and numbered summers does
She back to summer give in swift desire
And hushed the flashing music that is hers
By hands of water mooned to bubbled fire.

Where wind carves of its valleyed unrepose
Hewn changing battlements in slow deploy,
Silver reluctant hands of water lose
Her boy’s breast and the plain flanks of a boy.

Throughout this surging city carven yet
To measured ceaseless corridors of seas,
Hands of water hush with green regret
The brown and simple music of her knees.

(William Faulkner)

 

Recueil: Hélène: ma cour
Traduction: Michèle Plâa et Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Plus près (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration
    
plus près:souffle de mon souffle:n’enlève qui fourmillent
tes membres:fais leur repas fou de ma souffrance
que tes tigres de lisse douceur lentement pillent
en des floraisons muettes aux nouveaux mélanges:
plus profond:sang de mon sang:avec de vifs replis
ascendants plonge ces léopards de rêve blanc
dans la chair ravie de ma peur:creuse plus nette
cette moelle d’obscurité:sculpte une fleur de folie
frangée de mal sur des lèvres grinçantes
et sur des yeux rampants crispés de lumière démente
cisèle l’assassine flamme qui saisit de vertige.

Des gris perplexes frisent avides entre de béantes

maisons. Les étoiles mortes puent. l’aube. Inepte,

la carcasse poétique d’une fille

***

nearer:breath of my breath:take not thy tingling
limbs from me:make my pain their crazy meal
letting thy tigers of smooth sweetness steal
slowly in dumb blossoms of new mingling:
deeper:blood of my blood:with upwardcringing
swiftness plunge these leopards of white dream
in the glad flesh of my fear:more neatly ream
this pith of darkness:carve an evilfringing
flower of madness on gritted lips
and on sprawled eyes squirming with light ins ane
chisel the killing flame that dizzily grips.

Querying greys between mouthed houses curl

thirstily. Dead stars stink. dawn. Inane,

the poetic carcass of a girl

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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