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À L’ENVI (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016


 


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À L’ENVI

Loin dans les triomphes du soleil
Ce penchant victorieux
Cette ascension recrue de tragédies
Mais de force renaissante
Mais de force insolente
Avec un grand rire à jamais sauvé
À jamais semé sur le monde
Et que l’on n’entend pas

Je vois au travers des murs et des portes
Sans renoncer au labyrinthe
Ni à la rage du Minotaure intime
Qui ressuscite à la suite autant qu’il a tué
Qui fouille et crie
En s’évadant d’une autre nuit
D’un vieux séjour

La trame était donc trop serrée
Le linceul incertain
Il fallait prendre sur soi
Comme une balle au bond

J’ai déblayé les rives et vendu le limon
J’ai mis le cap au meilleur sort
D’un simple coup de reins
J’ai dévié la mort
Alors que les arènes n’inspiraient que des ombres

L’espace a retrouvé sa haute fréquence
Le pouvoir d’enchanter à tout va
En tous pays
Et le sablier n’encombre plus les rêves

S’imposent un instinct qui ne trompe pas
Une clairvoyance digne et farouche
Quand le corps se souvient qu’il a son mot à dire
Et que soudain rôdent à l’envi
Deux syllabes ou un nom dans le creux des épaules

(André Velter)

 

 

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ESPRESSO (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2016




ESPRESSO

Le café noir du service en terrasse
aux tables et aux chaises aussi gracieuses que des insectes.

Ces gouttes précieuses et captées
ont le même pouvoir qu’un Oui ou un Non.

On les sort du fond de bistrots obscurs
et elles fixent le soleil sans ciller.

Dans la lumière du jour, un point d’une noirceur bienfaitrice
qui se répand très vite dans un hôte blafard.

Il rappelle ces gouttes de noire clairvoyance
que l’esprit happe parfois et

qui nous donnent une bourrade salutaire : vas-y !
Une exhortation à ouvrir les yeux.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Conversation avec la pierre (Wislawa Szymborska)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016


Je frappe à la porte de la pierre
”C’est moi, laisse-moi entrer.
je viens te voir, te visiter
sentir ton souffle”

”Va-t-en, dit la pierre
Je suis fermée à clé.
Même brisée en morceaux
nous resterons toujours fermés,
même réduite en sable
nous ne laisserons entrer personne.”

Je frappe à la porte de la pierre.
”C’est moi, laisse-moi entrer.
Je viens par simple curiosité
et la vie est l’unique occasion.
Je voudrais seulement me promener dans ton palais
avant d’aller visiter la feuille et la goutte d’eau.
Je n’ai pas beaucoup de temps
car je n’ai qu’une vie.

– Je suis faite de pierre, dit la pierre.
Je dois rester sérieuse. Va-t-en,
tu vois bien que je n’ai pas les muscles du rire.

Je frappe à la porte de la pierre
– C’est moi, laisse-moi entrer.
On dit qu’il y a chez toi des grandes salles vides
majestueuses et sans bruit de pas
que personne n’a jamais vu.
Avoue que tu ne les connais pas toi-même.

-De grandes salles vides c’est vrai
mais il n’y a pas de place, dit la pierre.
Belles, peut-être
mais pas d’une beauté perceptible à tes sens.
Tu peux me savoir, mais jamais me connaître.
Tu me vois en apparence mais pas dans mon essence
Je frappe à la porte de la pierre
– C’est moi, laisse-moi entrer.
Je te promets de ne pas m’éterniser pas chez toi
ni prendre refuge
Je ne suis pas malheureuse et j’ai un domicile.
Et puis le monde vaut la peine qu’on y retourne.
J’entrerai chez toi et ressortirai les mains vides
sans toucher à rien.

Comme preuve de ma visite
j’écrirai seulement quelques mots
et d’ailleurs personne ne me croira.

– Tu n’entreras pas, dit la pierre.
Tu n’as pas le sens du partage
et aucun autre sens ne peut le remplacer
pas même la clairvoyance de l’au-delà.
Tu n’entreras pas,
tu ne connais pas le partage
tu n’en a qu’une image lointaine.

Je frappe à la porte de la pierre
– C’est moi, laisse-moi entrer.
Je ne peux pas attendre deux mille siècles
pour venir chez toi.

– Si tu ne me crois pas, dit la pierre
demande à la feuille, elle te dira la même chose,
et la goutte d’eau te dira comme la feuille.
Tu peux même demander à un cheveu de ta tête, si tu veux.
Tu me fais rire, tiens. D’un immense éclat de rire
comme si j’avais appris à rire.

Je frappe à la porte de la pierre
– C’est moi, laisse-moi entrer.

– Je n’ai pas de porte, dit la pierre.

(Wislawa Szymborska)

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