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Poésie

Posts Tagged ‘clarté’

LUNE MAGIQUE (Paul Reboux)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



LUNE MAGIQUE

Dès que plus un bruit
N’éveille la nuit,
Que l’astre au ciel luit,
Changeant,
Et que, par l’allée
De brume voilée,
La mousse est criblée
D’argent,

Sous les clartés blanches,
Ecartant les branches,
Svelte et de pervenches
Coiffée,
Frôlant les forêts
De son pas discret,
Voici qu’apparaît
La Fée…

Dans le clair-obscur
Un blond rayon sur
Sa robe d’azur
Se rit,
Et caresse et moire
Son beau corps d’ivoire
Dont la jeune gloire
Fleurit.

Derrière s’élance,
Eclos du silence,
Ce que sa puissance
Protège,
Nains, sylphes, qui font
Par vol et par bond
Comme un vagabond
Cortège.

Mais la Fée a vu
Briller — épandu
Sous le bras tordu
Qu’étend,
Protecteur, un chêne —
Ridé par l’haleine
De l’ombre sereine,
L’étang.

Comme s’y déploie
Le ciel qui chatoie,
Elle effleure, en joie,
L’eau brune,
Et de ses doigts blancs
Cueille, à gestes lents,
Des reflets tremblants
De lune…

(Paul Reboux)

 

 

 

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A cette ronde d’enfants que tant de peine a suivie (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



A cette ronde d’enfants
Que tant de peine a suivie
Vous n’étiez vous qu’en passant
Chansons qui fûtes ma vie

Vous dont je fus la clarté
Beaux jours courbés sous leur ombre
J’ai vécu de vous compter
Je mourrai de votre nombre

Possédant ce que je suis
Je saurai sur toutes choses
Que la chambre où je grandis
Dans mon coeur était enclose

(Joë Bousquet)

Illustration: Hans Thoma

 

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Le silence (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le silence

Je n’écouterai plus la chanson des ramiers,
Le bleu roucoulement lentement qui palpite
De leurs couples errants parmi les alisiers;
Je n’écouterai plus la feuille qui crépite,

Eclate hors du bourgeon et s’ouvre en la clarté
D’une aurore d’Avril. Ce que je vois se fane
Et le silence étend sa morne aridité
Dans mon bois intérieur que la bise décharne.

Le paysage est dur, fait de bronze et d’acier
Où le soleil répand des lueurs funéraires
Près des étangs mangés de rougeâtres ulcères.

Le jour souillé vacille aux bords où je m’assieds,
Et tombe ivre d’erreur, de doute et de blasphème:
Tout meurt immensément au dedans de moi-même.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les béatitudes (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



 

 
    
Les béatitudes

Bienheureux ceux qui vont cassés et vermoulus
S’appuyer souriants au mur du cimetière,
Sachant qu’ils sont vivants, tous ceux qui ne sont plus;
Certains d’être attendus par eux dans la lumière
Des paradis prochains dont les portes flamboient:
Bienheureux ceux qui croient.

Bienheureux ceux qui sont assis coeur contre coeur
La nuit sur les seuils noirs ou les vieux bancs de pierre
Dans le parfum des lys et de la vigne en fleur,
Partageant simplement l’ivresse de la terre,
Alors que la blancheur des vergers fous essaime:
Bienheureux ceux qui s’aiment.

Bienheureux les naïfs et bienheureux les fous
Dont les trésors sont faits d’un or impondérable:
Caresses de leur chien, cri d’un oiseau, le doux
Murmure qu’ont le soir les branches des érables
Aux souffles languissants du vent qui les soulèvent:
Bienheureux ceux qui rêvent.

Et bienheureux aussi les tendres dont les yeux
Sont humides quand un violon bégaie
Sous l’archet d’un aveugle, ou que vibre amoureux
Le contralto d’un merle à travers la futaie,
Quand parmi les joncs bleus des clartés d’astres meurent:
Bienheureux ceux qui pleurent.

(Marie Dauguet)

 

 

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La porte est entrouverte (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



La porte est entrouverte.
Les tilleuls frémissent…
Oubliés sur la table :
Une cravache, un gant.

La lampe fait un cercle de clarté.
Il y a des bruits que j’entends.
Pourquoi es-tu parti?
Je ne comprends pas.

Demain matin la lumière
Sera pleine de joie.
Cette vie est brève.
Sois sage, mon coeur.

Tu es à bout de force,
Tu bats plus sourdement.
Tu sais, je l’ai lu quelque part:
Les âmes sont immortelles.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Que ma première certitude (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration:Annie Swynnerton
    
Que ma première certitude soit de toi
À la chaude Clarté du matin
Et ma première Crainte, que l’Inconnu
Dans la nuit ne t’engloutisse

***

Let my first knowing be of thee
With morning´s warming Light –
And my first Fearing, lest Unknowns
Engulph thee ni the night –

(Emily Dickinson)

 

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Poème du Fou (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




    
Poème du Fou (fagus: ancien du hêtre)

1
toi
qu’on appelait fou
hêtre

dont le nom
sonne
comme
l’être
nous sommes frères
car je suis
aussi
fou
que
toi

2
hêtre de l’hiver
dans le vent aigre
et bougonneur

penché
du côté
ascendant

être mien
dans les bois
qui penche du côté
du fou
du côté
ascendant

3
avec pour compagnon
le hêtre
— hors
la raison —
dans un pays
plus grand

plus grand
ô oui
où je ne rencontre
personne
que ces élans
de sève

4
fou qui s’incline
devant quel maître ?
fou dans la clarté
du matin
fou sous la pluie

jusqu’aux limites
où l’on ne voit
plus
les fumées
des maisons
humaines

5
gesticulant
sur ce chemin
sacrant
chantant

ah mes compagnons
les hêtres
me regardant
aller vers eux

6
j’écoute leur
murmure de
fou

leur babil de
feuilles
sur la route
des vents

leur chant
océanique

7
fous et fougères
autour
de moi

quelle terre haute
quel ciel ardent
émergent

(Alain Jean-André)

 

Recueil: Chemins profonds
Editions: Jacques Brémond

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LES DIMENSIONS DU REGARD (II) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

LES DIMENSIONS DU REGARD (II)

Reposant sur le socle des toits,
le bleu de l’air reste à l’avant du ciel.
Il touche parfois la terre
dans le regard des nouveau-nés.

L’existence n’a pas de rebord.
Elle donne à même le vide
et nombreux sont ceux qui en tombent
sans avoir le temps de voir d’où vient le soleil.

Les paysages sont tout seuls dans la verdure et la clarté
loin des villes que l’homme ne peut quitter
parce que ses pas sont inscrits d’avance
dans toutes les rues où sa statue bouge.

Sa vie tâtonne dans un tunnel
au flanc duquel des visages de femmes
posent une lueur vite dépassée par l’ombre
qui recouvre en lui toutes les sources du jour.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LES DIMENSIONS DU REGARD (V) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
LES DIMENSIONS DU REGARD (V)

A la même heure dans toutes les villes
les femmes s’abreuvent longuement aux vitrines.
Elles ont du soleil jusqu’au fond de la gorge
avec des dents toujours plantées comme en plein fruit.

Elles sont pour les sens le seul objet
sur lequel ils s’exercent complètement.
C’est contre elles que la caresse perd son ombre,
que le corps de l’homme recouvre ses vraies dimensions.

Les passants entrent dans leur regard
sans y rester plus longtemps
qu’une forêt dans l’averse.

On les devine blanches sous leurs robes
comme les plantes vivant loin du jour
et elles peuvent ensoleiller toute une chambre
avec la seule clarté qui monte de leurs jambes.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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DERNIER POÈME (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
DERNIER POÈME

Tu es née sur un ordre de la lumière
qui partage avec toi ses richesses
comme le feu partage son or avec la nuit,
pourtant pleine jusqu’aux montagnes.

Ton corps s’éclaire de l’intérieur
comme la moisson ou comme la rivière
lorsque la clarté se suspend encore
au couchant coupé soudain du jour.

Il ne faut pas que tu aies peur
dans l’immense bagne de l’horizon
puisque ton coeur peut battre à l’aise
derrière mes doigts tendus sur toi.

L’amour nous donne alors la force
de poursuivre l’aventure du soleil
à la seule lueur de nos veines
entre des murs qui nous serrent à la gorge.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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