Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘clarté’

Apparition (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019



 

Bogdan Prystrom 3040

Apparition

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au coeur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Bogdan Prystrom

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nocturne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019



Nocturne

Je songe au vieux Soleil un jour agonisant,
Je halète, j’ai peur, pressant du doigt ma tempe,

En face, pourtant trois jeunes filles, causant,
Brodent à la clarté paisible de la lampe.

(Jules Laforgue)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je cherche un signe de toi (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Je cherche un signe de toi chez toutes les autres,
dans le brusque, dans l’ondulant fleuve des femmes,
dans les tresses, dans les yeux à peine engloutis,
les pieds clairs naviguant et glissant sur l’écume.
Il me semble soudain que j’aperçois tes ongles
oblongs et fugitifs, neveux du cerisier,
ou ce sont tes cheveux qui passent, et je vois
ton image de feu de joie brûler dans l’eau.
Je cherche, aucune n’a ta palpitation,
ta clarté, teinte de noire argile sylvestre,
non, aucune n’a tes minuscules oreilles.
Toi tu es totale et brève, une entre toutes,
et quand je suis avec toi, à aimer, je parcours
l’estuaire féminin, large Mississippi.

***

Un signo tuyo busco en todas las otras,
en el brusco, ondulante río de las mujeres,
trenzas, ojos apenas sumergidos,
pies claros que resbalan navegando en la espuma.
De pronto me parece que diviso tus uñas
oblongas, fugitivas, sobrinas de un cerezo,
y otra vez es tu pelo que pasa y me parece
ver arder en el agua tu retrato de hoguera.
Miré, pero ninguna llevaba tu latido,
tu luz, la greda oscura que trajiste del bosque,
ninguna tuvo tus diminutas orejas.
Tú eres totalybreve, de todas eres una,
v así contigo voy recorriendo v amando
un ancho Mississippi de estuario femenino.

(Pablo Neruda)

Illustration: Adamov Alexey

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

HIER FUT LA FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
HIER FUT LA FIN

Hier fut la fin le chaos
l’indiscernable. Mais
de l’horreur naquit le passage entre
les blocs.
Vint le frisson
secouant les rafales
soubresauts de l’obscur.
S’avança le silence
ordonnateur inventeur
de pauses, d’oublis souverains.
Il fut permis de voir d’entendre
d’accéder aux cimes froides
où clame la clarté
où tout commence
avec la pointe et l’éclair
le rythme et la faux le secret
la fuite joyeuse des temps, le cruel
message à déchiffrer
puis à déchirer à jeter,
le peu à peu le bientôt
le jamais encore
l’ombre aux abois le peut-être
les lueurs
futures
le feu qui grandit
le souffle

porteur de la parole.

Mais c’est le souffle aussi
qui saura seul
éteindre tout
pour rendre à la Nuit
son empire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

VERBE ET MATIÈRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration
    
VERBE ET MATIÈRE

J’ai je n’ai pas
J’avais eu je n’ai plus
J’aurai toujours

Un béret Un cheval de bois Un
jeu de construction Un père
Une mère Les taches de soleil à
travers les arbres Le chant du
crapaud la nuit Les orages de
septembre.

J’avais je n’ai plus
Je n’aurai plus jamais

Le temps de grandir, de dési-
rer. L’eau glacée tirée du puits
Les fruits du verger Les veufs
frais dans la paille. Le grenier
La poussière Les images de
femmes dans une revue légère
Les gifles à l’heure du piano Le
sein nu de la servante.

Si j’avais eu
j’aurais encore

La fuite nocturne dans les
astres
La bénédiction de l’espace
L’adieu du monde à travers la
clarté La fin de toute crainte
de tout espoir L’aurore démas-
quée Tous les pièges détruits
Le temps d’avant toutes choses.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sors de l’ombre (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Makoto Oshima 2003-ei-10f

Sors de l’ombre, et dis-moi
depuis combien d’années
tu mêles à mes pas
ton empreinte invisible,
ô mon double muet
traversé par mes mains.
C’est trop peu de sentir
ton souffle sur mon front
et dans l’air mutilé
d’écouter ta présence ;
trop peu de deviner
tes gestes incertains
à travers le cristal
du sommeil et des songes.
J’ai trop connu l’attente
et les paroles dures.
je ne crains ton regard
ni le rond de ta bouche
et veux te voir en face
à la clarté du coeur.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Makoto Oshima

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Voyeurs (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Illustration: Laurits Regner Tuxen
    
Voyeurs, je vous comprends durant les nuits de neige
Quand fragment d’autre monde est la moindre clarté
Et l’anadyomène une ombre qui se lève,
Je vous comprends aussi durant les nuits d’été

Quand le feuillage tremble au-devant d’une lampe
Et que rien n’a bougé, mais le bruit des soupirs
Raconte un lit défait d’où jaillissent des jambes
Si belles que la nuit se remplit de plaisir.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les empressés (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



 

Maggie Taylor - Garden

Les empressés nous sommes,
Mais la marche du temps,
tenez-là comme rien
au sein du permanent toujours.

tout ce qui est vitesse
ne sera que déjà passé ;
car c’est ce qui séjourne
qui seul nous initie.

Jeunesse, oh ! ne le jette pas
ton cœur dans la rapidité
pas aux tentatives du vol.

L’obscur et la clarté,
la fleur comme le livre :
tout est repos.

***

Wir sind die Treibenden.
Aber den Schritt der Zeit,
nehmt ihn als Kleinigkeit
im immer Bleibenden.

Alles das Eilende
wird schon vorüber sein ;
denn das Verweilende
erst weiht uns ein.

Knaben, o werft den Mut
nicht in die Schnelligkeit,
nicht in den Flugversuch.

Alles ist ausgeruht :
Dunkel und Helligkeit,
Blume und Buch.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Maggie Taylor

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous cherchons (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
Nous cherchons,
sous d’instables
ruines, la preuve
de notre existence,

mais il suffit
d’un ver luisant
dans la pénombre,

pour que le monde
se révèle et que
cette frêle clarté

indique l’entrée
d’un domaine
que nous n’avions
pas soupçonné.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Oh, comme je voudrais (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Oh, comme je voudrais,
Insaisissable et lisse,
Suivre en volant le rai
Là-bas où je n’existe.

Le seul bonheur qui t’aille :
Rayonner dans un cercle,
Apprenant chez l’étoile
Le sens de la lumière.

Rayon et clarté pure,
Cela vient seulement
D’un tout-puissant murmure,
D’un chaud balbutiement.

Sache que je murmure,
Et je vais, murmurant,
Au rayon qui perdure
Te confier, mon enfant.

(Ossip Mandelstam)

***

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :