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Posts Tagged ‘(Claude Roy)’

Ça m’est égal (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022



Claude Roy
    
Ça m’est égal

Ça m’est égal d’être un peu mort escamoté dessous la terre du côté de ceux qui
ont tort d’être plus là pour prendre Pair

Ça m’est égal que plus personne sache comment je m’appelai Tant et tant de
téléphones sonnent dans des appartements déserts

Ça m’est égal de ne plus voir gens qui pleurent ni gens qui rient de rien sentir
de rien savoir d’être un peu de rien dans du gris

Mais je voudrais pourtant savoir
si quelque part quelqu’un quand même
se souviendra de mes souvenirs
Ai-je rien oublié de tous ceux que j’aime

Je veux bien partir et être très mort mais mes souvenirs seront-ils en vain
comme au fond des mers les galions pleins d’or dormant dans le noir de l’eau sans chemins

Mais nos souvenirs seront-ils en vain

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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L’eau vive (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
L’eau vive

L’eau des fontaines de la pluie, la gentille eau, la fraîche aux joues,
l’eau qui a peur quand vient la nuit, l’eau qui tout bas chante tout doux,

l’eau qui murmure, l’eau qui dort, l’eau qui joue avec les anguilles,
avec Inès ou Léonor, avec les longs cheveux des filles,

l’eau qui paresse, l’eau qui bout, l’eau qui bouillonne méchamment,
l’eau qui désaltère les loups, l’eau d’Ophélie lit des amants,

l’eau file et fuit comme ma mort, comme le temps de notre amour,
ainsi qu’Inès ou Léonor, l’eau glisse et fuit comme le jour.

Serre les mains, ferme les doigts — et déjà l’eau file au moulin
comme la joie qui, près de toi, quand tu l’embrasses, est déjà loin.

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Mémoire 1966-1967 (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
Mémoire 1966-1967

Il y a sûrement une porte
mais il faudrait la trouver
une porte dans le ciel gris qui ouvrirait sur un pré
Ici c’est l’hiver mais une fois la porte ouverte
on entrerait dans l’été
Ici c’est gris étouffé cendres serrées et murailles closes
mais si on parvenait à ouvrir la porte
un plein soleil de coquelicots
d’herbe fraîche et de campanules
vous rirait au nez

Si on trouvait la porte
qui se cache dans les corridors
on aurait de nouveau la vie devant soi
avec le soleil retrouvé
la permission de tout recommencer

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Les autres étés (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022



Illustration: Frédéric Rébéna
    
Les autres étés

Il y aura d’autres étés
D’autres grillons feront leurs gammes
dans d’autres blés
On croisera sur la route d’autres dames

Un autre merle inventera
une chanson presque la même
Un autre monsieur se trouvera là
sous cet arbre où je t’aime

Une petite fille qui n’est pas née encore
fera une poupée en coquelicot
à cet endroit précis où ton corps
endormi se mêle au long bruit de l’eau

On dira (mais ce seront d’autres)
Il faudrait bien un bon coup de pluie
Ça ferait du bien aux récoltes
Les mots feront le même bruit

Mais plus personne plus personne
ne se servira de mon cœur à moi
ni de ta voix à toi qui résonne
dans mon oreille et mon corps à moi.

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Pluie (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022



Illustration: Frédéric Rébéna
    
Pluie

A l’orée du jour chuchote une pluie douce
Chaque goutte d’eau semble encore hésiter
puis s’enhardit, les doigts nombreux de l’averse
tambourinent légèrement la terre qui avait soif

Renverser le visage laisser la pluie ruisseler
sur le front les joues boire les gouttes d’eau
fermer les yeux et ne plus rien désirer d’autre.

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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(Le vieil homme et le chaton Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022



Illustration: Frédéric Rébéna
    
Le vieil homme et le chaton

Les volets sont ouverts sur le soleil de mai
Dans le lit le vieil homme se demande s’il vit
encore Il a du mal à faire entrer un peu d’air
dans ses poumons Il s’y prend doucement
pour respirer très lentement
avec une légère douleur
quand un filet d’air se glisse dans les bronches
Au pied du lit où le vieil homme attend la mort
un enfant chat joue avec la pantoufle du vieux
C’est un chaton tout noir le pelage tout doux
Le vieil homme ferme les yeux Le soleil l’éblouit
L’enfant chat regarde le soleil les yeux dans les yeux
Il est content de tout d’être noir et fourrure
Il saute comme une puce attaque la pantoufle
en combat singulier Il en sera vainqueur
Le vieil homme lui est sûr qu’il va perdre
Il ouvre les yeux Il regarde le chat
Le chat regarde l’homme et miaule doucement
Il ne sait pas très bien ce qu’il voudrait dire
mais il sent que le vieux a très bien tout compris

et la mort un instant s’arrête de mourir

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Feux (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
Feux

Un feu de sarments dans le soleil de midi
Un brasier gai dans la clarté tranquille et vive
Le bois sec qui crépite dans l’éclat chaud du jour
et sa toute petite flamme
dans le feu du soleil

La pensée de l’amour près de celle qu’on aime

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Un bonheur pas tout à fait éclos (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
Un bonheur pas tout à fait éclos

fragile comme la première primevère dans l’herbe
où on marche fragile comme le grand soleil jaune
au milieu d’octobre déjà froid
un bonheur tout petit un peu malingre encore
On a envie de le protéger des grands
de souffler doucement sur ses doigts pour les réchauffer
de lui donner la main comme à un petit enfant

Un bonheur un peu malheureux
On l’aime bien quand même

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Chevaux dans un champ (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
Chevaux dans un champ

Le cheval blanc pose son cou
sur le cou du cheval roux
Ils cherchent l’ombre amicale
à la lisière du pré d’été

Il n’a besoin de rien d’autre
celui qui pose ses pensées
sur la confiance d’une épaule
dans le silence de l’été

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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L’oiseau voyou (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
L’oiseau voyou

Le chat qui marche l’air de rien
voudrait se mettre sous la dent
l’oiseau qui vit de l’air du temps,
oiseau voyou, moineau vaurien.

Mais, plus futé, l’oiseau lanlaire
n’a pas sa langue dans sa poche,
et siffle clair comme eau de roche
un petit air entre deux airs.

Un petit air pour changer d’air
et s’en aller voir du pays,
un petit air qu’il a appris
à force de voler en l’air.

Faisant celui qui n’a pas l’air
le chat prend l’air indifférent.
L’oiseau s’estime bien content
et se déguise en courant d’air.

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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