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Posts Tagged ‘(Claude Roy)’

NE COUPEZ PAS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2020




    
NE COUPEZ PAS

Quand je me téléphone
un autre me répond
Il n’est là pour personne
et me dit toujours non

Il comprend de travers
mon adresse mon nom
Il répète à l’envers
toutes mes commissions

Bête comme un écho
qui s’embrouille parmi
le halo de ses mots
ne comprend qu’à demi

Bête comme une voix
qui résonne résonne
dans un désert tout froid
il raccroche et je sonne

Allô Allô c’est moi
qui est à l’appareil
Mais c’est un autre moi
pareil et pas pareil

Un autre me répond
un autre ou bien personne.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Le Rhinocéros (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2020


 


 

Rhinoceros bilboquet

Le Rhinocéros

Le rhinocéros est morne
et il louche vers sa corne.

Que veut le rhinocéros ?
Il veut une boule en os.

Ce n’est pas qu’il soit coquet :
c’est pour jouer au bilboquet.

Car l’ennui le rend féroce,
le pauvre rhinocéros.

(Claude Roy)

Illustration: Agnès Boulloche

 

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BESTIAIRE DES AMANTS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020



Illustration: Pierre Paul Rubens
    
BESTIAIRE DES AMANTS

Amants endormez-vous
après de tendres soins
serrez-vous aimez-vous
vos rêves iront loin
Bien au-delà du jour
au profond du sommeil
du bon-chaud de l’amour
renaîtra le soleil
Un écureuil viendra
Entre vos deux orteils
un lézard glissera
Tous vos amis de nuit
la loutre et le renard
le chat et la fourmi
accourront sans retard
à pas feutrés de rêve
jusqu’au chant de l’alouette
et se mélangeront
sans mordre ni crier
au jaune hérisson
à la fauvette huppée
Les hôtes amicaux
viendront à pas feutrés
jusqu’au cocorico
d’un grand coq très distrait
qui chassera enfin
cette ménagerie
que la soif ni la faim
n’auront jamais surpris
Sur la main de l’enfant aimée
un rossignol vient et se pose
(La gazelle viendrait aussi
mais elle a peur et elle n’ose)

La truite et le chien de mer
s’en vont naviguant de conserve
Le toucan l’étoile de mer
restent tous deux sur la réserve
Devant le bélier qui insiste
pour que le chat touche à ses cornes
ne sachant trop si elle existe
longuement pleure la licorne
La taupe et le corbeau
s’en vont à petits pas
Le renard les chevaux
marchent tout près du rat
et la chauve-souris
veille sur la dormeuse
tandis qu’une perdrix
lui chante une berceuse
La girafe et le chien
le lion le pangolin
le zèbre et la vigogne
flairent les endormis
les lèchent doucement
et parlent en amis
aux fidèles amants
qui s’éveillent enfin
lorsque le réveil sonne
et leur rend leur matin
de vraies grandes personnes.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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L’EAU VIVE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



Illustration: Tyszkiewicz Ryszard
    
L’EAU VIVE

L’eau des fontaines de la pluie,
la gentille eau, la fraîche aux joues,
l’eau qui a peur quand vient la nuit,
l’eau qui tout bas chante tout doux,

l’eau qui murmure, l’eau qui dort,
l’eau qui joue avec les anguilles,
avec Inès ou Léonor,
avec les longs cheveux des filles,

l’eau qui paresse, l’eau qui bout,
l’eau qui bouillonne méchamment,
l’eau qui désaltère les loups,
l’eau d’Ophélie lit des amants,

l’eau file et fuit comme ma mort,
comme le temps de notre amour,
ainsi qu’Inès ou Léonor,
l’eau glisse et fuit comme le jour.

Serre les mains, ferme les doigts
– et déjà l’eau file au moulin
comme la joie qui, près de toi,
quand tu l’embrasses, est déjà loin.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



Illustration

    
BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL

Tes doigts distraits, à force d’indolence,
de se dénouer, d’effleurer tes cheveux,
tes doigts légers, écheveau d’impatience,
ont inventé un pelage et deux yeux.

Un écureuil se glisse auprès de moi,
courtois et roux comme un bois en automne
sensible aux mots, aux regards, à la voix,
un écureuil, attentive personne.

Il me regarde et je regarde ailleurs.
Comment répondre à son appel discret ?
La vie est là, et moi toujours ailleurs,
pas plus que lui je ne sais le secret.

Être écureuil est un jeu difficile
hors des forêts, très loin des noisetiers.
Notre lit n’est pas arbre ni asile,
être écureuil ici devient très malaisé.

Tes doigts distraits, à force d’innocence,
ont effacé en peignant tes cheveux
cet écureuil, ce timide non-sens
qui vit ici – parce que je le veux.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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CHOSES QUI FONT QU’ON SE DEMANDE POURQUOI ON EST TRISTE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



    

CHOSES QUI FONT QU’ON SE DEMANDE POURQUOI ON EST TRISTE

Écoute Est-ce le vent ? Écoute Réveille-toi
Est-ce un renard ? Le vent ? Est-ce un pas ? Qui hésite ?
Est-ce un oiseau de nuit clopinant sur le toit ?
Est-ce un chagrin de mes dix ans ayant rejoint ma piste ?

Ou bien l’hésitation à la marge des bois
d’une bête en suspens entre l’ombre et la fuite ?

Écoute On a marché Il faudrait aller voir
C’est peut-être le vent qui fait battre un volet
dans une maison basse au fond de ma mémoire
que j’ai oublié de fermer avant de m’en aller
pour toujours il y a des années
et le volet n’en finit pas dans une autre nuit noire
de battre sur le mur disparu comme si le mur et lui existaient.

Écoute Est-ce la pluie ou bien le vent dehors
qui font glisser le long du silence étonné
le chuchotis furtif d’une averse qui s’endort
puis qui reprend fait halte encore et recommence à pianoter ?
Ai-je rêvé que je pleurais ? Ai-je rêvé que j’étais mort ?
Et maintenant est-ce la pluie sur cette joue ou les larmes que j’ai rêvées ?

Était-ce toi qui m’attendais minuit d’une autre vie ?
Je me suis égaré J’ai cherché très longtemps l’orée et le chemin
J’ai dû marcher des heures dans l’humus sous la pluie
et quand j’ai reconnu la barrière l’allée d’ormeaux le grand pin
qui donc était sur le seuil soulevant la lampe à pétrole dans la nuit ?
(et dans la cheminée brûlait un grand feu qui sentait la lavande et le pin)

Écoute C’est le vent qui se trompe d’années
qui confond les saisons les pays mon absence
le vent qui ne sait plus où il s’est égaré
C’est lui qui bat Ou bien mon coeur À quoi pense
t-il ? Il bat si loin de moi comme à la dérobée
Est-ce que tu te souviens de la promesse d’enfance ?

On a frappé Je vais ouvrir Ce n’est que moi
Je venais visiter celui que j’ai cru être
Où est la lampe ? Qui a éteint le feu de bois ?
Je passais par ici Il y avait autrefois une allée de grands hêtres
Non C’étaient des ormeaux On les a abattus
Je vais repartir Ne vous occupez pas Il fait déjà froid

Ce n’est que moi Et je m’en vais Odeur d’hiver et de salpêtre
Écoute Est-ce le vent ? Était-ce moi ? Une heure sonne

Ce n’est que moi Ou bien le vent Ou bien personne

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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LE PETIT JOUR (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



Illustration
    
LE PETIT JOUR

Le petit jour bat la semelle.
Il guette pour voir si j’allume.

Il fait craquer la gelée blanche,
s’amuse à souffler sur la lune.

Son haleine fait de la buée.
Le petit jour a froid aux pieds.

Je me réveille dans mon chaud.
J’aimerais bien prendre mon temps,

n’ouvrir les yeux que s’il fait beau.
Hélas le petit jour m’attend.

—Petit jour qui deviendra grand
pourquoi frappes-tu à ma porte ?

—Je m’ennuie tout seul dans le noir.
Prépare-nous un bon café.

Petit jour qu’est-ce que tu apportes ?
Va au moins me chercher du bois.

Je t’apporte le rouge-gorge,
l’odeur du brouillard dans les bois.

Je me lève donc avec le jour.
Il entre. Il fait entrer le froid.

Petit jour qu’est-ce que tu apportes ?
Va au moins me chercher du bois.

Je t’apporte le rouge-gorge,
l’odeur du brouillard dans les bois.

Je me lève donc avec le jour.
Il entre. Il fait entrer le froid.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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L’ENVERS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



 

Illustration
    
L’ENVERS

À l’envers de l’ombre il y a un chant
d’oiseau au bord d’un étang le grand soleil d’été
L’ombre est celle d’un frêne il frémit imperceptiblement
Le chant la voix d’une mésange quatre notes flûtées
L’ombre c’est moi encore peut-être qu’elle ombrage
Ce fut moi qui écoutais l’oiseau Le ciel pâle
en moi se mire dans l’eau de l’étang
Les feuilles du frêne éparpillent leur chuchotement
et l’herbe vive crépite de sautereaux verts

Je voudrais toucher une à une chaque note du chant
de la mésange avec mes doigts pour être sûr
que ce qu’elle chante c’est pour de vrai
chaque note une anémone blanche très petite
dans l’épaisseur du sous-bois Chaque son pur
qui se lève et dit C’est moi le sol mineur
à haute enfantine irrécusable voix

Les années autrefois étaient plus immobiles
les frênes les mésanges l’herbe les étangs
plus certains Tout était pour de vrai
Ce qui existe a l’air d’exister moins
d’être moins sûr de son droit ou bien
est-ce moi ?

À l’envers du temps la mésange s’arrête de
chanter l’arbre de frissonner Je reviens sur mes pas
Je te parle tu me réponds toi ma vie à
l’endroit de l’ombre et du temps
ma pour de vrai

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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ANESTHÉSIE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020




    
ANESTHÉSIE

Il fait encore jour et tu n’as pas fini
de raconter l’histoire II est beaucoup trop tôt
pour aller se coucher Aucun enfant ne dort
avant que les vers luisants soient sortis de leurs trous

L’enfant qui ne veut pas dormir
s’endort sans le savoir en continuant à dire
d’une voix de plus en plus engourdie de brume
qu’il n’a pas sommeil et ne veut pas dormir

Il dort sur l’épaule qui le porte à son lit
et il entend parler dans la pièce à côté
les grandes personnes au ralenti avec des mots
qui glissent simplement les uns après les autres
comme des ondées de cloches résonnent
dans le clocher

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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PAS ENCORE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020



Illustration: Abel-Dominique Boyé
    
PAS ENCORE

Souvenir d’un après-midi d’août
dont je ne me souvenais pas
Je rêve un rêve déjà rêvé
puis oublié il y a longtemps

Je dormais sur l’herbe d’été
dans la prairie près de la rivière
Un grand rideau de peupliers
chuchotait sa langue de feuilles
et ses ombres bien alignées

Je rêvais d’une jeune femme
qui de l’autre côté de l’eau
sur l’ancien chemin de halage
marchait dans les herbes hautes

Elle traverse la passerelle d’écluse
et vient lentement à ma rencontre
Elle me sourit et dit à voix basse
« Il est trop tôt pour que ce soit nous »

C’était toi toi l’inconnue
la pas encore reconnue
toi qui n’est pas encore ma vie
mais qui viens vers moi en avance
dans un rêve ancien oublié

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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