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Poésie

Posts Tagged ‘clavier’

L’apprenti fantôme (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



L’apprenti fantôme

Une lumière qui avance lentement comme l’eau
Dans un morceau de sucre. Une lumière
Qui me découvre peu à peu. Ai-je une bouche
Comme les gens d’ici ? Des bras, des jambes ? Quel miroir

Me rendra soudain à moi-même ? Quelle baguette
Magique, me fera redevenir semblable
À ceux qui m’ont fermé leur porte ? Et je tournais
Autour de leur maison comme un vent fou de désespoir

Ah Est-il merveille plus grande que ces yeux
Qui relient la face à l’univers qui l’entoure ?
Ils savent percer le lointain mais aussi comme une feuille
Ô la pluie pénètre ils savent retenir d’énormes visions.

Et l’oreille qu’émeut la voix de l’ami ou le grondement
Du tonnerre ? Et les mains qui pétrissent le pain ?
Et les pieds qui, soumis, silencieux comme deux chiens,
Conduisent l’homme sur les traces de la lumière ?

Hommes et femmes qui êtes d’ici et qui savez
Reconnaître chaque pierre et qui vous appelez
Avec des noms pleins jusqu’au bord de souvenirs.
Puis-je apprendre vos jeux, puis-je vous dire,

Quelle joie est la vôtre: le matin au réveil
Vos doigts qui retrouvent comme un clavier le monde
Le soleil du parler rayonne dans vos bouches
Chaque mot est aimé par vos pères et vos enfants.

(Ilarie Voronca)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Email (Calogero)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018


J’ai son email
Son cœur au bout du clavier
J’ai son visage
Et l’envie d’elle
Sans jamais l’avoir touchée
Dois-je sauver ? (dois-je sauver ?)
Ou bien abandonner ?
Pomme, c’est un homme et une femme
Et c’est tout un programme
Un ciel artificiel
Pomme, qui m’allume et qui me quitte
On s’aime trop vite
Nos vies c’est le virtuel
Elle m’écrit
Mais mon écran
Formate les sentiments
Mais j’imagine qu’une machine
Ne peut que faire semblant
Ma déesse, elle (ma déesse, elle)
N’est pas vraiment belle
Pomme, c’est un homme et une femme
Et c’est tout un programme
Un ciel artificiel
Pomme, qui m’allume et qui me quitte
On s’aime trop vite
C’est le vi-c’est le virtuel
Un peu d’amour, copié-collé
Un peu d’amour, pomme c
Un peu d’amour téléchargé
Un peu d’amour à sauver, à sauver
Mais l’amour n’est pas virtuel
Pomme, c’est un homme et une femme
Et c’est tout un programme
Mais l’amour n’est pas virtuel
Pomme, qui m’allume et qui me quitte
On s’aime trop vite
C’est le vi-c’est le virtuel

Dois-je sauver
Ou bien dois-je abandonner ?

(Calogero)

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MÉLODIES (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Stefan Blöndal
    
MÉLODIES

Au clavier des jardins je joue des symphonies,
Où le chant du rossignol grisé par la pluie,
A la couleur de ces lointaines et pures folies,
Qui tourbillonnent en grappes et ont le goût des fruits.

Au clavier de la vie j’invente des mélodies,
Où le ciel dévoile son lamento aux aurores,
Aux vagues du silencieux, au marbre de la nuit,
Qui, tel un velours sombre cache aux yeux mille trésors.

Au clavier des étangs je pleure assez souvent,
Quand mes mains engourdies brassant des gerbes folles,
Jouent encore et toujours le leitmotiv du vent,
Et que jaillit de l’aube un rire creux et frivole.

Au clavier de l’amour, passion et frénésie,
Cristal et jade purs d’un merveilleux tableau,
Je m’envole avec toi vers un bleu paradis,
Et j’en oublie mes doigts torturant le piano.

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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Tes doigts (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Tes doigts

c’est sur les touches d’un clavier de bel ivoire
que je les ai frôlés croisés enlacés même
avant d’encercler l’un d’entre eux disant je t’aime
sachant qu’il aurait la sagesse de me croire

cinq branches cinq ramures cinq indissociables
qui se doublent à dix pour couvrir mon visage
cinq chemins qui me composent un paysage
et me guident au creux d’une paume ineffable

j’avoue une faiblesse pour l’auriculaire
si frêle que l’on ose à peine l’effleurer
voilà peut-être pourquoi c’est ce petit frère

que j’ai adopté le premier ; sur le clavier
s’il s’égare c’est en sachant que je préfère
à celui de notre partition son doigté

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

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Orage (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



orage
Des entrailles du ciel se rue la foudre,
fourgonne, tombe…
Les gouttes chaudes.
La grosse averse tendre.
Clavier des tuiles dans la chambre,
puis le ruissellement sans fin, le chaos…
Déjà tout près, les rais du soleil
départagent la montagne et le jardin,
tout recomposent.

(André Frénaud)

Illustration: Jean Martin

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CHANSON BRUNE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018



Illustration: Achille Devéria
    
CHANSON BRUNE

Je me perdrais bien
dans ton pays brun,
Maria del Carmen.

Je me perdrais bien
dans tes yeux déserts,
jouant au clavier
de ta bouche ineffable.

Dans ton étreinte sans fin,
je verrais l’air brun
et la brise aurait
le duvet de ta joue.

Je me perdrais bien
dans tes seins tremblants,
dans les profondeurs noires
de ton corps suave.

Je me perdrais bien
dans ton pays brun,
Maria del Carmen.

(Federico Garcia Lorca)

 

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Ouvrant l’incertitude (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



 

    

ouvrant l’incertitude d’où naissent tous les chants
légères tes mains cherchent un clavier enfui
ou peut-être conjurent l’impérieux
éboulis du passé qui surplombe
si je les prends les calme et leur dis la terre
nos regards brûlent de tant d’oiseaux qui naissent

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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DIRE OUI A LA VIE (Maurice Zundel)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017




    
DIRE OUI A LA VIE

Il faut garder la jeunesse de notre corps dans la mesure du possible,
la Jeunesse de notre mémoire et de notre. intelligence.
Et toujours garder la jeunesse de notre coeur.
Et la garder, ce sera cela:
être simplement tourné sans cesse vers cet Orient
où luit le visage de l’éternelle jeunesse.
II faut que nous soyons toujours disponibles
A toutes les idées,
A toutes les découvertes,
A toutes les rencontres,
A tous les renouvellements,
que nous changions de clavier à cinquante, à soixante ans…
Il faut que nous soyons entièrement disponibles
au point de vue de toutes les opinions
en gardant simplement la continuité de direction vers la lumière vivante,
vers la lumière toujours jeune et toujours belle
qui vient à nous avec un Visage de candeur…
Cette éternelle jeunesse, c’est celle qui est ici définie:

la seule jeunesse impérissable est celle du OUI.
Il faut entrer à nouveau chaque matin dans le monde
par le consentement à la vie…
Dire oui à la vie telle qu’elle est,
dire oui aux autres tels qu’ils sont,
oui à la création tout entière,
c’est entrer chaque matin de nouveau dans le monde,
c’est renaître, c’est communier au oui créateur,
c’est être jeune enfin de la jeunesse éternelle de Dieu.

(Maurice Zundel)

 

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LE VIDE ET LES FORMES (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Illustration: Gilbert Garcin
    
LE VIDE ET LES FORMES

La poursuite, la lutte
sur le bord invisible,
les images saisies, déjà crues
nôtres et en un instant
redevenues brouillard,
le retour déçu —
du chasseur auquel ne fut donné
qu’un bruissement de feuillages et l’éclair gris
du lièvre qui s’enfuit en bondissant dans les buissons ;
du pêcheur dont la longue attente
s’acheva dans un ironique saut de carpe,
cette illusion d’argent sur l’hameçon à peine effleuré…

Comme nous voici vaincus !
Comme nous tombent des mains les armes inutiles!
La pierre reste pierre,
la toile n’est que toile, la feuille une bruissante
absence, le clavier
silence obstiné.

Le vide se défend.
il ne veut pas qu’une forme le tourmente.

***

L’inseguimento, la lotta
sull’orlo invisibile,
le immagini afferrate, già credute
nostre, ed in un istante
ridivenute nebbia,
il deluso ritorno —
di cacciatore a cui toccô soltanto
uno stormir di frasche e il breve lampo grigio
della lepre che a balzi si salva tra i cespugli ;
di pescatore la cui lunga attesa
fini in un guizzo ironico di carpa,
quella belfa d’argento sull’amo appena sfiorato…

Come siamo sconfitti !
Come ci cadono di mano le inutili armi !
La pietra resta pietra,
la tela è solo tela, il f oglio una frusciante
assenza, la tastiera
ostinato silenzio.

Il vuoto si difende.
Non vuole che una forma lo torturi.

(Margherita Guidacci)

 

Recueil: PRISMA
Traduction: Philippe Renard
Editions: OBSIDIANE

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Les Musiciennes mortes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Maurice Denis

Les Musiciennes mortes

J’entends passer tout près l’essaim des musiciennes.
C’est le groupe sacré des âmes d’autrefois
Dont l’harmonie intime éclatait dans la voix,
Dans le clavier sonore ou les lyres anciennes.

Leurs pas font murmurer les harpes éoliennes.
Leurs esprits harmonieux hantent l’ombre des bois
Pour enseigner leur art et leurs divines lois
Aux jeunes rossignols, muses aériennes

Où leur vol passe, l’air a de légers frissons.
Elles viennent mêler leurs antiques chansons
Aux forêts, de mystère et d’ombre recouvertes.

Comme pour exhaler le chant ou le soupir,
Je les vois hésiter, les lèvres entrouvertes,
Et le poète seul les entend revenir.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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