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DIRE OUI A LA VIE (Maurice Zundel)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017




    
DIRE OUI A LA VIE

Il faut garder la jeunesse de notre corps dans la mesure du possible,
la Jeunesse de notre mémoire et de notre. intelligence.
Et toujours garder la jeunesse de notre coeur.
Et la garder, ce sera cela:
être simplement tourné sans cesse vers cet Orient
où luit le visage de l’éternelle jeunesse.
II faut que nous soyons toujours disponibles
A toutes les idées,
A toutes les découvertes,
A toutes les rencontres,
A tous les renouvellements,
que nous changions de clavier à cinquante, à soixante ans…
Il faut que nous soyons entièrement disponibles
au point de vue de toutes les opinions
en gardant simplement la continuité de direction vers la lumière vivante,
vers la lumière toujours jeune et toujours belle
qui vient à nous avec un Visage de candeur…
Cette éternelle jeunesse, c’est celle qui est ici définie:

la seule jeunesse impérissable est celle du OUI.
Il faut entrer à nouveau chaque matin dans le monde
par le consentement à la vie…
Dire oui à la vie telle qu’elle est,
dire oui aux autres tels qu’ils sont,
oui à la création tout entière,
c’est entrer chaque matin de nouveau dans le monde,
c’est renaître, c’est communier au oui créateur,
c’est être jeune enfin de la jeunesse éternelle de Dieu.

(Maurice Zundel)

 

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LE VIDE ET LES FORMES (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Illustration: Gilbert Garcin
    
LE VIDE ET LES FORMES

La poursuite, la lutte
sur le bord invisible,
les images saisies, déjà crues
nôtres et en un instant
redevenues brouillard,
le retour déçu —
du chasseur auquel ne fut donné
qu’un bruissement de feuillages et l’éclair gris
du lièvre qui s’enfuit en bondissant dans les buissons ;
du pêcheur dont la longue attente
s’acheva dans un ironique saut de carpe,
cette illusion d’argent sur l’hameçon à peine effleuré…

Comme nous voici vaincus !
Comme nous tombent des mains les armes inutiles!
La pierre reste pierre,
la toile n’est que toile, la feuille une bruissante
absence, le clavier
silence obstiné.

Le vide se défend.
il ne veut pas qu’une forme le tourmente.

***

L’inseguimento, la lotta
sull’orlo invisibile,
le immagini afferrate, già credute
nostre, ed in un istante
ridivenute nebbia,
il deluso ritorno —
di cacciatore a cui toccô soltanto
uno stormir di frasche e il breve lampo grigio
della lepre che a balzi si salva tra i cespugli ;
di pescatore la cui lunga attesa
fini in un guizzo ironico di carpa,
quella belfa d’argento sull’amo appena sfiorato…

Come siamo sconfitti !
Come ci cadono di mano le inutili armi !
La pietra resta pietra,
la tela è solo tela, il f oglio una frusciante
assenza, la tastiera
ostinato silenzio.

Il vuoto si difende.
Non vuole che una forma lo torturi.

(Margherita Guidacci)

 

Recueil: PRISMA
Traduction: Philippe Renard
Editions: OBSIDIANE

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Les Musiciennes mortes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Maurice Denis

Les Musiciennes mortes

J’entends passer tout près l’essaim des musiciennes.
C’est le groupe sacré des âmes d’autrefois
Dont l’harmonie intime éclatait dans la voix,
Dans le clavier sonore ou les lyres anciennes.

Leurs pas font murmurer les harpes éoliennes.
Leurs esprits harmonieux hantent l’ombre des bois
Pour enseigner leur art et leurs divines lois
Aux jeunes rossignols, muses aériennes

Où leur vol passe, l’air a de légers frissons.
Elles viennent mêler leurs antiques chansons
Aux forêts, de mystère et d’ombre recouvertes.

Comme pour exhaler le chant ou le soupir,
Je les vois hésiter, les lèvres entrouvertes,
Et le poète seul les entend revenir.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Fête de taches (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Illustration: Odilon Redon
    
Fête de taches, gamme des bras
mouvements
on saute dans le « rien »
efforts tournants
étant seul, on est foule
Quel nombre incalculable s’avance
ajoute, s’étend, s’étend!
Adieu fatigue
adieu bipède économe à la station de culée de pont
lé fourreau arraché
on est autrui
n’importe quel autrui
On ne paie plus tribut
une corolle s’ouvre, matrice sans fond
La foulée désormais a la longueur de l’espoir
le saut a la hauteur de la pensée
on a huit pattes s’il faut courir
on a dix bras s’il faut faire front
on est tout enraciné, quand il s’agit de tenir
Jamais battu
toujours revenant
nouveau revenant
tandis qu’apaisé le maître du clavier feint le sommeil

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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Les mains musiciennes (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



Les mains musiciennes

Oh ! les grâces patriciennes
Des belles mains musiciennes
Sur les claviers de clair ivoire !
Des belles mains impérieuses
Qui vont, fines et sérieuses,
De la note blanche à la noire !

Qui vont souvent en gestes vagues,
Que nimbent les éclats des bagues,
Réveiller les gammes muettes,
Et leur faire chanter des choses
Que retiennent les lèvres closes
Des amantes et des poètes !

Les belles mains ingénieuses
Qui traduisent, harmonieuses,
En rythmes sonores et tendres,
Les amours dont les âmes rêvent,
Et comme des vents les soulèvent
Pour les laisser tomber en cendres !

Les belles mains que ma tendresse,
En un vol de baisers, caresse
De la note blanche à la noire,
Sans que jamais, hélas ! ma bouche
Ne les effleure ni les touche,
Tant vite elles vont sur l’ivoire !

(Albert Lozeau)

Illustration: Giovanni Boldini

 

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LES MAINS (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



LES MAINS

Il est des mains que j’adorais
Et qui, sur les touches sonores,
Évoquaient pour moi des aurores
Éclairant de vastes forêts.

Il est des mains, souvent baisées,
Qui, sur les claviers de cristal,
Pour moi, du monde occidental,
Évoquaient les splendeurs brisées.

Il est des mains aux tons pâlis,
Nerveuses, malgré leur finesse,
Et qui chantaient pour ma jeunesse
Avec la voix des bengalis !

Du léger brouillard de dentelles,
Cadre exquis de leur royauté,
Elles faisaient, dans la clarté,
Monter des frémissements d’ailes.

Elles faisaient, dans l’air des soirs
Qu’alourdissait l’odeur des roses,
Resplendir des apothéoses
Ou sangloter des désespoirs.

Maintenant… C’est vrai… Tout s’efface…
Ils ont cessé, le chant vainqueur
Et la chanson triste, et mon coeur
Regarde l’ombre face a face.

Ainsi que l’oiselet des bois
Quand le givre étreint les ramées,
Les petites mains bien-aimées
N’ont plus de chaleur ni de voix.

On leur a mis des fleurs nouvelles,
On a clos leurs doigts refroidis,
Et je m’en vais au Paradis
Pour rester toujours avec elles !

(Noël Bazan)

Illustration: Giovanni Boldini

 

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Le piano divin (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



au_piano

Le piano divin

Sous vos agiles doigts, harmonieux artiste,
S’envolent tour à tour un air joyeux ou triste,
Un hymne de revoir, une chanson d’adieu,
Une grisante valse, une prière à Dieu.
Vous savez les secrets des accords mélodiques,
Des rythmes langoureux, des cadences pudiques,
Parce que vous avez la flamme sainte en vous,
Poète qu’on devrait écouter à genoux.
D’elles-mêmes, glissant, vont à vos doigts les touches
Ainsi que des baisers s’appliquent à des bouches ;
Et lorsqu’à nous charmer votre cœur songe un peu,
Le piano vibrant chante dans le jour bleu.

Telle, mon âme faible a des notes d’ivoire,
Une petite gamme y vibre, blanche et noire ;
Mais quel amour saura jamais, sans dévier,
En faire largement chanter tout le clavier !

(Albert Lozeau)

Illustration

 

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Lentement, doucement (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

Lentement, doucement, de peur qu’elle se brise,
Prendre une âme ; écouter ses plus secrets aveux,
En silence, comme on caresse des cheveux ;
Atteindre à la douceur fluide de la brise ;

Dans l’ombre, un soir d’orage, où la chair s’électrise,
Promener des doigts d’or sur le clavier nerveux ;
Baisser l’éclat des voix ; calmer l’ardeur des feux ;
Exalter la couleur rose à la couleur grise ;

Essayer des accords de mots mystérieux
Doux comme le baiser de la paupière aux yeux ;
Faire ondoyer des chairs d’or pâle dans les brumes ;

Et, dans l’âme que gonfle un immense soupir
Laisser, en s’en allant, comme le souvenir
D’un grand cygne de neige aux longues, longues plumes.

(Albert Samain)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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La musique inconnue (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2016



La musique inconnue

Elle est au piano, comme jamais elle ne sera à moi.
Elle joue, le dos tourné.
En face d’un miroir noir où ses cheveux sont d’or.
Son visage y fait une tache claire.
Une large double feuille ouverte, un peu jaunie, absorbe son regard.

Je ne comprends rien à sa lecture.
Fermer les yeux, tendre l’oreille:
j’ignore tout de son silence à elle quand ses mains vont sur le clavier.
J’ignore cette langue qu’elle ne parle pas,
mais qui lui court par les épaules, de l’oeil jusqu’au bout des doigts.
Blanches ou noires sont les touches.
Noires encore, les portées sur la page blanche.

L’homme poursuit noir sur blanc, observait Mallarmé…
La musique, en effet, est séparée de la couleur
par autant de nuit que le poème.

(Jean-Michel Maulpoix)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

 

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PREMIER AMOUR (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2016



PREMIER AMOUR

Premier amour ! Parfum de la nouvelle rose !
Sur le clavier du coeur premiers accords plaqués
Par une main de femme insaisissable et rose;
Premiers souffles du vent sur la voile morose
Qui devine la mer dans le calme des quais.

Premières floraisons dans le verger de l’âme,
Premiers jets d’eau montant au milieu des jardins
Où des noces en blanc chantent l’épithalame;
Premiers regards qu’on jette à l’horizon de flamme
Où les palais du rêve étagent leurs gradins.

Premier amour ! Souffrance heureuse ! Désirs vagues
De lui prendre les mains, plus douces que des fleurs,
A celle dont les yeux ont la couleur des vagues,
Et, feignant d’admirer le chaton de ses bagues,
De rafraîchir sa lèvre à ses doigts cajoleurs.

Délices, au milieu des fêtes et des danses,
De ressembler pour elle aux galants d’éventail;
Puis, quand on reste seul, sous les ramures denses,
Charme de chuchoter de longues confidences
A la Lune qui rit comme au fond d’un vitrail.

C’est le moment de joie unique où l’on épie
Les yeux encor voilés d’une fausse rigueur,
Où, sans s’imaginer que tout bonheur s’expie,
On tire fil à fil, comme de la charpie,
L’aveu qui guérira la blessure du coeur.

Ce qu’on aime à vingt ans, c’est la tiède atmosphère
Des premiers abandons sous un ciel vierge et bleu;
Qu’importe la liqueur, ce qu’on veut c’est le verre;
C’est le mal glorieux de monter au Calvaire,
Car on a Véronique et l’on se sent un Dieu!

Ce qu’on aime surtout, c’est bien l’amour lui-même;
On aime sans savoir ni pourquoi, ni comment !
Mais on veut être ainsi, si c’est ainsi qu’on aime
Et l’on sent à jamais que c’est le bien suprême
Et que le plus suave est le commencement !

Qu’importe son visage ou son âme ! Qu’importe
Ce qu’elle a de frivole ou de spirituel!
Aimer, c’est croire ! Aimer, cela vous réconforte,
Et quel que soit l’autel où le hasard vous porte
C’est du ciel qu’il s’agit dans chaque rituel.

Qu’importe à ce moment quelle Madone on prie.
On est assez heureux de murmurer : Je crois !
Dans l’église d’amour résonnante et fleurie
Où, parmi l’encens pâle, une vierge Marie
Vous sourit et vous tend ses bras comme une croix !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Rémy Disch

 

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