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Posts Tagged ‘clepsydre’

Les Horloges (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

Les Horloges

Les sabliers nous avertissent que nous devenons tous ce qui compte nos instants.
Les clepsydres nous disent qu’il n’y a pas dans ce monde une minute qui ne puisse être marquée par une larme,
et que les générations qui se succèdent ne sont rien de plus que des gouttes d’eau qui tombent.
Orateurs silencieux, les cadrans solaires nous mesurent avec l’ombre la durée de la lumière
et nous répètent sans cesse que peine et plaisir,
rien ne marche qui ne fasse partie de la mort.

Les sabliers, les clepsydres, les cadrans solaires ne parlaient à la pensée qu’en s’adressant aux yeux.
L’homme a trouvé que ce n’était point assez.
Il a forcé l’oreille d’entendre et d’écouter la fuite du temps.
Sans vouloir s’informer de ce qu’elles deviennent, il a mis des grelots au troupeau de ses heures,
et, grâce à cette heureuse invention, il peut de moment en moment entendre sonner le glas d’une portion de sa vie.

(Jules Lefèvre-Deumier)

 

 

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L’Horloge (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



L’Horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

(Charles Baudelaire)

 

 

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CHAMBRE SEULE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018




CHAMBRE SEULE

Si tu oses surprendre
la vérité de ce vieux mur
et ses lézardes, déchirures,
formant des visages, des sphinx,
des mains, des clepsydres,
sûrement une présence
arrivera pour ta soif,
probablement partira
cette absence qui te boit.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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DEBOUT DANS LE FROID (Su Shi)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



DEBOUT DANS LE FROID

Le croissant lunaire est accroché
aux branches clairsemées du platane
La clepsydre s’arrête
Les voix s’éteignent
Qui voit l’ermite faire là-bas les cent pas tout seul ?
Ce n’est qu’une cigogne solitaire qui bouge dans l’ombre

En sursaut, elle tourne la tête
Son coeur brisé n’est compris de personne
Les branches examinées l’une après l’autre
Aucune d’elles ne la retient
Elle a trop froid pour rester seule sur cette plage

(Su Shi)

 

 

 

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À l’heure où les corbeaux (Li Taï Po)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

estampe 1

À l’heure où les corbeaux
se perchaient sur la tour de Kou-sou,
les danses de la belle Feï Yen
enivraient déjà l’Empereur.

Le soleil a disparu derrière les collines vertes,
la flèche d’argent de la clepsydre d’or
a longuement annoncé que la nuit était venue,
la lune s’est enfoncée dans les eaux du Kiang,
le vent de l’aube a éteint les étoiles,
et Feï Yen, infatigable, ne s’est pas arrêtée.

Maintenant, elle dort, près du Fils du Ciel.
L’ombre d’une fleur de pêcher danse sur sa joue.

(Li Taï Po)

 

 

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Geng-lou-zi (Wen Ting-yun)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Geng-lou-zi

Longues tiges de saules
Fine pluie de printemps
Par-delà les fleurs, lointains échos de la clepsydre
Effrayées : oies sauvages hors des passes
Envolées : corneilles sur les remparts
Surgi du paravent peint, un couple de perdrix d’or

Brume parfumée
Infiltrée dans la gaze
Pavillon sur l’eau où rôdent les plaisirs d’antan
Tourne la bougie rouge
Le rideau brodé est baissé
Long rêve de toi : tu ne le sais pas !

(Wen Ting-yun)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Long rêve de toi (Wen T’Ing-Yun)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Longues tiges de saules,
Fine pluie de printemps:
Par-delà les fleurs, échos lointains de clepsydre.
Effrayées, oies sauvages de la passe,
Envolées, corneilles des remparts,
Soudain fixes: paravent peint, couple de perdrix d’or.

Brume parfumée,
Infiltrée dans la gaze.
Etang et pavillon, où rôdent les plaisirs d’antan.
Tourne la bougie rouge,
Le rideau brodé est baissé,
Long rêve de toi: mais tu n’en sauras rien!

(Wen T’Ing-Yun)

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Ça commence toujours (Maurice Benhamou)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
Ça commence toujours
par un étranglement
du coeur.
Comme si
le commencement
était déjà la fin.

L’oeil dans sa fosse
a-t-il tourné
avec le feu et l’eau ?

Une clepsydre de sang
a-t-elle produit du temps ?

Les morts
crient
que rien n’a eu lieu.

(Maurice Benhamou)

 

 

Recueil: Tréfonds du Temps
Editions: Unes

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LES USINES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



 

 

LES USINES

Se regardant avec les yeux cassés de leurs fenêtres
Et se mirant dans l’eau de poix et de salpêtre
D’un canal droit, marquant sa barre à l’infini,
Face à face, le long des quais d’ombre et de nuit,
Par à travers les faubourgs lourds
Et la misère en pleurs de ces faubourgs,
Ronflent terriblement usines et fabriques.

Rectangles de granit et monuments de briques,
Et longs murs noirs durant des lieues,
Immensément, par les banlieues ;
Et sur les toits, dans le brouillard, aiguillonnées
De fers et de paratonnerres,
Les cheminées.

Se regardant de leurs yeux noirs et symétriques,
Par la banlieue, à l’infini,
Ronflent le jour, la nuit,
Les usines et les fabriques.

Parée et noire et opulente,
Au cri des orgues violentes
Qui la célèbrent,
La mort tout en ténèbres
Règne, comme une idole assise,
Sous la coupole des églises.

Des feux, tordus comme des hydres,
Se hérissent, autour du catafalque immense,
Où des anges, tenant des faulx et des clepsydres,
Dressent leur véhémence,
Clairons dardés, vers le néant.

Le vide en est grandi sous le transept béant ;
De hautes voix d’enfants
Jettent vers les miséricordes
Des cris tordus comme des cordes,
Tandis que les vieilles murailles
Montent, comme des linceuls blancs,
Autour du bloc formidable et branlant
De ces massives funérailles.

Drapée en noir et familière,
La Mort s’en va le long des rues
Longues et linéaires.

Drapée en noir, comme le soir,
La vieille Mort agressive et bourrue
S’en va par les quartiers
Des boutiques et des métiers,
En carrosse qui se rehausse

De gros lambris exorbitants,
Couleur d’usure et d’ancien temps.

Drapée en noir, la Mort
Cassant, entre ses mains, le sort
Des gens méticuleux et réfléchis
Qui s’exténuent, en leurs logis,
Vainement, à faire fortune,
La Mort soudaine et importune
Les met en ordre dans leurs bières
Comme en des cases régulières.

Et les cloches sonnent péniblement
Un malheureux enterrement,
Sur le défunt, que l’on trimballe,
Par les églises colossales,
Vers un coin d’ombre, où quelques cierges,
Pauvres flammes, brûlent, devant la Vierge.

Vêtue en noir et besogneuse,
La Mort gagne jusqu’aux faubourgs,
En chariot branlant et lourd,
Avec de vieilles haridelles
Qu’elle flagelle
Chaque matin, vers quels destins ?
Vêtue en noir,
La Mort enjambe le trottoir
Et l’égout pâle, où se mirent les bornes,
Qui vont là-bas, une à une, vers les champs mornes ;
Et leste et rude et dédaigneuse
Gagne les escaliers et s’arrête sur les paliers
Où l’on entend pleurer et sangloter,
Derrière la porte entr’ouverte,

(Emile Verhaeren)

 

 

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Souvenir de l’Antiquité (Tsien-Ki)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Souvenir de l’Antiquité

La Voie lactée brille dans un ciel d’automne,
et le grésil voltige en parcelles de jade ;
Le vent du nord emporte les parfums du nénuphar.

Une jeune femme concentre ses pensées.
Elle dévide de la soie,
aux lueurs affaiblies de sa lampe solitaire ;
Elle essuie des larmes ;
elle trouve bien longues et bien froides
les heures de veillées que marque sa clepsydre.

Les nuages purs, qui courent sur l’azur céleste,
passent seuls devant sa demeure.
La lune est le seul hôte du pavillon,
où l’on n’entend que le croassement des corbeaux
et le cri des oies sauvages.

Quelle est-elle donc cette jeune femme
qui brode sur son métier l’oiseau youèn ?
Qui s’abrite à grand’peine dans ses rideaux de soie,
derrière son paravent incrusté de nacre,
Et qui, de sa chaste fenêtre,
regarde tristement tomber les feuilles ?

Quelle est-elle cette jeune femme
qu’il faut plaindre,
qui souffre,
et que personne ne soutient
dans son isolement ?

(Tsien-Ki)

Illustration: Suzuki Harunobu

 

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