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La Dent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018



Ce Monde n’est pas une Conclusion.
Il y a une Vie au-delà –
Invisible – comme la Musique –
Mais positive – comme le Son –
Elle fait signe, elle déconcerte –
La Philosophie – connaît pas –
Et, à travers une Enigme, enfin –
La Sagacité finit par se faufiler –
La deviner tourmente les clercs –
Pour l’avoir, les Hommes ont enduré
Le mépris des Générations
Et la Crucifixion montré du doigt –
La Foi glisse – et rit reprend des forces –
Rougit, devant témoin –
Tire sur une brindille de Preuve –
Demande à une Girouette, le chemin –
Des grands Gestes, de la Chaire –
Roulent de puissants Alléluias –

Aucun Narcotique pour calmer la Dent
Qui grignote l’âme –

(Emily Dickinson)

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Chardon (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



Chardon

On disait que mademoiselle Rose Chardon était une grande et belle fille,
marchant la tête haute, un peu vive dans ses réparties par exemple,
mais excellente au fond, quoique fière; quelques-uns même la prononçaient vaniteuse.
On disait qu’il ne fallait pas l’approcher de trop près;
dans ses yeux brillants, sur le bout de son nez retroussé,
on lisait écrit ces paroles: Qui s’y frotte s’y pique.

M. le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l’Asnerie
aperçut un jour mademoiselle Chardon qui travaillait à sa fenêtre par un bel après-midi d’été.
Comme le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l’Asnerie était fort inflammable, il s’enflamma.
[Surgit un rival:]
Le plus charmant petit clerc qui fut au monde, toujours gai,
toujours souriant, tendre et enjoué, sentant l’amour, la jeunesse et la santé d’une lieue.
Qui pourra jamais savoir ce que pense une femme placée entre ses sentiments et ses instincts,
entre son coeur et sa fortune! D’abord elle dit non à la fortune.
La première fois elle crie très-fort, la seconde fort seulement,
la troisième à voix haute, la quatrième elle parle comme à l’ordinaire,
la cinquième à demi-voix, la sixième à voix-basse,
puis elle murmure, puis elle se tait.

La fortune revient à la charge.
La jeunesse, la beauté, l’esprit, les qualités de l’âme et de l’intelligence,
tout cela commence par paraître fort beau,
mais le luxe, l’éclat, le rang, le titre ne sont pas à dédaigner non plus;
on les méprise de loin, le perspective change dès qu’on peut les atteindre.
Le sacrifice coûte quelques soupirs, il est vrai,
mais le feu des diamants sèche bien vite toutes les larmes.
La vanité fait taire l’amour, et comment ne pas être vaine
quand on possède les charmes de mademoiselle Rose Chardon:
Chez le marquis, un soir à la brune on la fit entrer par la petite porte du parc.
Dans la nuit, ils partirent ensemble pour l’Italie.

(J.J. Grandville)

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