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Poésie

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Le jeune boulanger (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Le jeune boulanger de mon lieu de naissance
Est vieux, aujourd’hui
Et il cuit du pain sans levain
Pour des clients qu’il ne connaît pas

(Abbas Kiarostami)

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SIGNES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



 

FIN

SIGNES

Quand un client parfois dans un restaurant sombre
décortique une amande
une main vient se poser sur son étroite épaule
il hésite à finir son verre
la forêt au loin repose sous les neiges
la servante robuste a pâli
il lui faut bien laisser tomber la nuit d’hiver
n’a-t-elle pas souvent vu
à la page dernière
d’un livre à modeste savoir
le mot fin imprimé
en capitales dorées ?

(Jean Follain)

 

 

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Sardines à l’huile (Georges Fourest)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



Sardines à l’huile

Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareil aux guillotinés
là-bas au champ de navets !
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentés
la Mer du Nord enchantée…
Maintenant dans le fer-blanc
et l’huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients !
Mais loin derrière la nuée
leur pauvre âmette ingénue
dit sa suave chanson
au Paradis-des-Poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans ou les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons !…
Sans voix, sans mains, sans genoux
sardines, priez pour nous !…

(Georges Fourest)

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Le petit café-tabac (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



    

Le petit café-tabac

C’était un p’tit café tabac
Qu’avait eu des hauts et des bas
Marie la patronne était chouette
De grands yeux verts, de beaux ch’veux noirs
Ca s’passait près des abattoirs
De la Villette
Sur le zinc à l’heure d’l’apéro
Elle vous troublait de vrai Pernod
D’une main langoureuse et blanche
Son corps était si ravissant
Que tous les clients rêvaient d’s’en
Payer une tranche

Comme elle avait de la vertu
Elle nous disait : « Turlututu
Doucement les gars ! Bas les pattes ! »
Et nous pour pas rester en l’air
On s’en jetait vivement un der-
-rière la cravate
Y avait Eugène un grand costaud
Qu’avait des bras comme des marteaux
Qu’aurait p’têt’ pu, mais la finette
Pensait : »Si j’flanche les autres gars
Lâcheront tous mon café-tabac »
C’était pas bête

Au mur y avait l’portrait d’Jaurès
Qu’était l’épée de Damoclès
Sur les bourgeois et leurs délices
Ils l’ont tué mais Damoclès
A passé l’épée à Thorez
Le beau Maurice
C’était le temps des Partagas
Des Voltigeurs et des Niñas
Son café, j’en pleure quand j’y pense
Le vin, les croissants croustillants
Les propos légers, pétillants
C’était la France

Depuis lors, ça s’est bien gâté
Sont venus des reîtres bottés
Aux figures sans physionomie
C’était peut-être pire que le Blitz
D’avoir chez soi ces gueules de Fritz
Quelle cochonnerie
Alors au p’tit café-tabac
Plus de café ni de tabac,
Plus rien nulle part ni bidoche
Ni pain ni vin, l’horizon noir
Rien que la faim le désespoir
Rien que du Boche

Ces messieurs n’venaient pas beaucoup
Chez la Marie discuter l’coup
Ils ne s’y sentaient pas à l’aise
Eugène a dit : « Ces salopards
Faudrait s’en occuper dare-dare
A la française
Ils l’ont fait. C’était un sale truc
Ca a fini à Ravensbruck
Pas un n’a voulu s’mettre à table
Marie là-bas, elle a maigri
Ses ch’veux noirs sont dev’nus tout gris
Son teint de sable

Délivrée enfin des SS
Elle a r’trouvé son tiroir-caisse
Les gars ? Cinq disparus sans trace
Elle a fait recrépir les murs
Avec un p’tit filet d’azur
Autour des glaces
Eugène est rentré. Un coup d’vieux,
Lui aussi. Elle a dit : « Mon Dieu ! »
Puis il y eut un grand silence
Elle a fait un geste, il a ri :
« Ah non, maintenant c’est fini
La résistance »

Elle pleurait : « Mes cheveux sont gris ! »
Il a fait : « Bah, les miens aussi
Pour moi t’es belle ma p’tite Marie
Quand on s’aime, c’est toujours l’printemps
On les a conduits l’mois suivant
A la Mairie
A la noce il y eut du bonheur
Marie était belle comme une fleur
Tout fut exquis, le vin, la danse
L’amitié. Alors ce soir-là
J’ai r’trouvé au café-tabac
La douce France.

(Jean Villard–Gilles)

 

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La mer est blanche ce matin (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



    

La mer est blanche ce matin
vapeur dénuée de bleu
où se découpe la montagne

Un reste de lune encore
infuse dans le lait du jour
avec un piment Jamaïque

Les rares clients du café
regardent l’eau en attendant
qu’on apporte leur commande

L’excitation du départ
se communique à ceux qui restent
Un bateau a quitté le port

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans ce bistrot mal famé (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Edouard Manet 
    
dans ce bistrot mal famé
les servantes apportaient sur des plateaux de lèvres les jupons usés
fanés de leurs rires d’antan

les clients tous buvaient au même verre où leurs langues cherchaient
le stigmate du baiser en vain espéré coursé traqué une vie durant

sur les écrans des yeux grands d’une fille solitaire de farouches
ombres s’embrassaient bouche à bouche ses mains d’écume
dessinaient l’espoir

d’un fol amour fou
tout son jeune être adhérait
n’était qu’une unique pensée

Elle n’entendait pas le choc que produisaient s’entrecognant les
épaves des voix éraillées des hommes attablés — ombres —

Un amas opaque de fumée enlaçait ses tentacules brumeux
à l’asphalte de leur chevelure hirsute que la main fatiguée
des ans avait décoiffée.

là dans ce bistrot mal famé je te vis TOI
que j’avais patiemment tissé de rêves
ne m’oublie pas dans
tes pleurs
pleur de la nuit sur la paupière qui
ne veut pas s’ouvrir au
jour
pleur de feu sur les doigts qui veulent
griffer
non caresser

ne m’oublie pas dans
tes pleurs
pleur de la fange dans
un amour qui s’élargit comme
manche défaite
ne peut s’extérioriser

pleur de l’encre dans un lit
que creusèrent deux ombres
érotiques
ne m’oublie pas dans
tes pleurs
pleur de la lumière dans un
tunnel où grimacent multicolores
des affiches de vie

pleur du silence
à des lèvres frémissantes
adolescentes
ne m’oublie pas dans
tes pleurs

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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Écoute la flûte de roseau se plaindre (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017



Illustration
    
Écoute la flûte de roseau se plaindre
et discourir de la séparation :

Depuis que l’on m’a coupé de la roselière,
à travers mes cris hommes et femmes se sont plaints

Je veux un cœur déchiré par la séparation
pour y verser la douleur du désir.

Quiconque demeure loin de sa source
aspire à l’instant où il lui sera à nouveau uni.

Moi, je me plains en toute compagnie,
je me suis associé à ceux qui se réjouissent comme à ceux qui pleurent

Chacun m’a compris selon ses propres sentiments,
mais nul n’a cherché à connaître mes secrets.

Mon secret pourtant n’est pas loin de ma plainte,
mais l’oreille et l’œil ne savent le percevoir.

Le corps n’est pas voilé à l’âme, ni l’âme au corps,
cependant nul ne peut voir l’âme.

Le son de la flûte est du feu et non du vent :
que s’anéantisse celui à qui manque cette flamme.

C’est le feu de l’amour qui est dans le roseau,
c’est l’ardeur de l’amour qui fait bouillonner le vin.

La flûte est la confidente de celui qui est séparé de son ami :
ses accents déchirent nos voiles.

Qui vit jamais un poison et un antidote comme la flûte ?
Qui vit jamais un consolateur et un amoureux comme la flûte ?

La flûte parle de la Voie ensanglantée de l’Amour,
elle rappelle l’histoire de la passion de Majnun.

À celui-là seul qui a renoncé au sens est confié ce sens :
la langue n’a d’autre client que l’oreille.

(Mawlana Rûmî)

 

 

Recueil: La Quête de l’Absol
Traduction: Eva de Vitray-Meyerovitch
Editions: Du Rocher

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Faut bien qu’on vive (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2017



Illustration: Amazon

    
Faut bien qu’on vive

Sous prétexte qu’on est du milieu
Y a des gens qui nous font la gueule
Y a des pouilles qui font les bégueules
Quand on les regarde au fond des yeux
Elles sont là comme des saintes-nitouches
A crâner, à faire les fines bouches
Et s’ tirent quand elles voient qu’on arrive
Mais, nom de Dieu, faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

On pourrait, sans avoir un rond
Comme ça s’ fait quéqu’ fois dans l’ grand monde,
Chercher une poule pas très gironde
Mais avec pas mal de pognon
On serait des fiancés honnêtes
On prendrait tout de même la galette
Nous, l’on aime mieux un peu de dérive
Et alors, quoi ? Faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

Y a des moyens qu’on connaît pas
Par exemple, y en a qui turbinent
On dit qu’ils ont la bonne combine
Mais ça, c’est des trucs qui durent pas
Quand le patron, pour vous mettre à l’aise,
Se débine avec toute la braise
Faut y penser car ça arrive
Nous, on prévoit, faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

On prend du pognon sur l’amour
Le plaisir fait marcher notre négoce
Et les gonzesses qui font la noce
Si elles rigolent pas tous les jours
Elles ont au moins un avantage
On leur fait changer de paysage
Un client va, un autre arrive
Et puis, tout de même, faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

Si on passe notre vie au café
Si, aux courses, on taquine la chance
C’est uniquement par bienfaisance
Et par respect pour l’ouvrier
Son boulot, faut pas qu’on y touche
Ça s’rait y arracher l’ pain d’ la bouche
Comme y a pas d’autre alternative
On est barbeaux, faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

(Jean Villard–Gilles)

 

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EDUCATION (Roger Barthe)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2016



tram s [800x600]

EDUCATION

Les parents conduisaient leur enfant
sur des rails de tramway
ta maman enlevait les pierres
le papa cornait aux carrefours
en été ils baissaient les vitres
en hiver ils fermaient les portes
ils choisissaient soigneusement l’itinéraire
la vitesse les arrêts et les clients

les parents devenus vieux
l’enfant s’est retrouvé seul

Au premier voyage il a déraillé

(Roger Barthe)

 

 

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