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Poésie

Posts Tagged ‘clou’

AU CONDITIONNEL (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustratio: René Magritte
    
AU CONDITIONNEL

Si je savais écrire je saurais dessiner
Si j’avais un verre d’eau je le ferais geler et
je le conserverais sous verre
Si on me donnait une motte de beurre je
la ferais couler en bronze
Si j’avais trois mains je ne saurais où
donner de la tête
Si les plumes s’envolaient si la neige fondait
si les regards se perdaient, je
leur mettrais du plomb dans l’aile
Si je marchais toujours tout droit devant
moi, au lieu de faire le tour du
globe j’irais jusqu’à Sirius et
au-delà
Si je mangeais trop de pommes de terre je
les ferais germer sur mon cadavre
Si je sortais par la porte je rentrerais
par la fenêtre
Si j’avalais un sabre je demanderais
un grand bol de Rouge
Si j’avais une poignée de clous je les
enfoncerais dans ma main
gauche avec ma main
droite et vice versa.

Si je partais sans me retourner, je
me perdrais bientôt de vue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA CAGE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019




    
LA CAGE

Dehors, du soleil.
Ce n’est qu’un soleil
mais les hommes le regardent
et ensuite ils chantent.

Je ne sais rien du soleil.
Je sais la mélodie de l’ange
et le sermon brûlant
du dernier vent.
Je sais crier jusqu’à l’aube
quand la mort se pose nue
sur mon ombre.

Je pleure sous mon nom.
J’agite des mouchoirs dans la nuit
et des bateaux assoiffés de réalité
dansent avec moi.
Je cache des clous
pour maltraiter mes rêves malades.

Dehors, du soleil.
Je m’habille de cendres.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Les aventures perdues
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Ypfilon

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LE POEME (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



 

LE POEME

Je parle pour boucher les trous de ton étoffe
amour
je continue mon sommeil animant
Si tu ne viens pas
que sera ma strophe
un rail de plainte interminable
hache de sanglots contre mes lecteurs
Le centre du temps est un arbre atroce un arbre de sable
où germent les clous le cœur est torture véloce un mot nous broie les genoux
Si tu ne viens pas je parle et j’existe
quel feu donnera
ce bois d’orgue triste
j’écris pour appeler un temps plus beau que nous
Et pour les transparents qui souffleront l’argile.

(Jean Sénac)

Illustration: Rafal Olbinski

 

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LA CAGE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




LA CAGE

Dehors il y a du soleil.
Ce n’est qu’un soleil
mais les hommes le regardent
et après ils chantent.

Je ne sais rien du soleil.
Je sais la mélodie de l’ange
et le sermon brûlant
du dernier vent.
Je sais crier jusqu’à l’aube
lorsque la mort se pose nue
sur mon ombre.

Je pleure sous mon nom.
J’agite des mouchoirs dans la nuit
et des bateaux assoiffés de réalité
dansent avec moi.
Je camoufle des clous
pour bafouer mes rêves malades.

Dehors, il y a du soleil.
Je m’habille de cendres.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Rafal Olbinski

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DANS MA BÊTE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
DANS MA BÊTE

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous,
Deux rossignols brouteurs d’idées,
Un jeune azur, un vieux cloaque
Et six fleuves docilement
A mes pieds comme de bons chiens.

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous
Et juste ce qu’il faut de mouches
Pour tourner au nez d’un lion.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai soif ; ma bête
Me tend la bouche.
J’ai faim, ma bête
Me tend le sein.

Chaud qu’il fait dans ma bête et doux !
Il fait éternel, éternel…
Ma bête est une grotte lisse
Comme le ventre de ma mère.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai peur, ma bête
Me tend son aile.
J’ai froid, ma bête
Me tend son ventre.

Ah, je suis l’oeuf dans sa coquille !
Par un grand festin solitaire,
Je goberai tous mes trésors,
Mes fleuves, mes lions, mes mouches,
Ne gardant pour seule fortune
Que mon miel et ma planche à clous.

J’ai sommeil, ma
Bête me tend
Son insondable
Obscurité.

— Et toi, va briller sur leurs têtes,
Couronne de papier brûlé !

(Norge)

 

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Le lis (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Lys-V-Moretrr

Le lis

Hors du coffret de laque aux clous d’argent, parmi
Les fleurs du tapis jaune aux nuances calmées,
Le riche et lourd collier qu’agrafent deux camées,
Ruisselle et se répand sur la table à demi.

Un oblique rayon l’atteint. L’or a frémi.
L’étincelle s’attache aux perles parsemées,
Et midi darde moins de flèches enflammées
Sur le dos somptueux d’un reptile endormi.

Cette splendeur rayonne et fait pâlir des bagues
Éparses où l’onyx a mis ses reflets vagues
Et le froid diamant sa claire goutte d’eau ;

Et, comme dédaigneux du contraste et du groupe,
Plus loin, et sous la pourpre ombreuse du rideau,
Noble et pur, un grand lis se meurt dans une coupe.

(François Coppée)

Illustration

 

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PASSAGES D’OISEAUX (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Léopold Survage 6

PASSAGES D’OISEAUX

La nuit plus rien que la fascination immense
De tous les feux perdus mais toujours allumés
Ailleurs et maintenant ce sont comme des lampes
Ses larmes qu’il suspend sur ce qu’il a aimé
On lui prend le soleil qu’il avait amassé

Rien les cendres qui volent ce sont les abattis
Noircis du bel oiseau qui fut un incendie
Le phénix est éteint peut-être pour toujours
Il n’y a plus qu’oiseaux de nuit des oiseaux lourds

Je renaîtrai je renaîtrai l’amour me fera brûler
Rien ce bruit c’est la nuit battante sur la porte
Faisant jaillir le sang et la lumière folle
De la coquecigrue offerte à la huaille
Hibou livré aux clous pour être épouvantail

Je partirai je volerai avec mes ailes déchirées

Rien cette obscurité toutes couleurs perdues
L’oiseau de la couleur nécessaire à la vue
N’est plus beau tout oiseau disparaît avec lui
Invisibles oiseaux sans pouvoirs dans la nuit

Tu me verras tu me verras bientôt l’amour me parera

(Ernest Delève)

Illustration: Léopold Survage

 

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Pour penser le malheur il faut le porter dans sa chair (Simone Weil)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

Pour penser le malheur il faut le porter dans sa chair
enfoncé très avant comme un clou,
et le porter longtemps afin que la pensée ait le temps
de devenir assez forte pour le regarder.

Heureux ceux pour qui le malheur entré dans la chair
est le malheur du monde lui-même à leur époque.
Ceux-là ont la possibilité et la fonction de connaître dans sa vérité,
de contempler dans sa réalité le malheur du monde.

C’est là, la fonction rédemptrice elle même.
Il y a vingt siècles dans l’Empire Romain,
le malheur de l’époque était l’esclavage,
dont la crucifixion était le terme extrême.

(Simone Weil)

Illustration: Jacques Barcat

 

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Sur deux jambes maigres (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



Illustration: Jeannette Guichard-Bunel

    

Sur deux jambes maigres
Chaussée de petits souliers usés
Je suis sortie de mon enfance
Sans pitance
Ni baiser
Ni titre
Comme qui aurait à se confronter à ses rêves
Le lendemain.
Avec ce talon
J’enfonce un clou
Derrière la porte
Sur lequel j’accroche
Les clefs de mes rêves
Comme qui aurait à se confronter à son Dieu
Le lendemain.

***

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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QUAND LES CORPS SERONT JUGES (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Júlia Fernández Sánchez 727

QUAND LES CORPS SERONT JUGES

Tu t’es présenté, tu es apparu dans la lumière
comme une icône.

Tu as vu beaucoup de soleils
Et tu ne les as pas comptés.

Le crépuscule et l’aube.

Tu as ouverts les yeux,
De grands yeux étonnés.

Tu as fait pousser des mains à la racine des ailes.

Tu as touché des fruits divers,
Beaucoup de pommes, des lys et des roses.

Tu portes la trace des clous.

Tu as marché sur la terre, tu as retenti
Dans le vide, dans le désert du temps,
Tu as émis un son, puis fait beaucoup de bruit.

Le soleil t’a vu, le vent t’a écouté et te fait vibrer.

Qui se portera témoin de ton sang,
Le sang qui a coulé et a teint
Le sommeil, le choses, la lumière.

Quand les corps seront jugés,
Ta poudre vaine sera pesée,
Ta pauvreté, ta nudité.

Ta tristesse est infinie et elle aura du poids.

(Georges Themelis)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

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