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Poésie

Posts Tagged ‘cloué’

Ce piano voyage en dedans (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2019




    
Ce piano voyage en dedans,
voyage par sauts joyeux.
Ensuite il médite, en repos ferré,
cloué par dix horizons.

Il avance. Il se traîne sous des tunnels,
plus loin, sous des tunnels de douleur,
sous des vertèbres qui fuguent naturellement.

D’autres fois, ses trompes vont,
lents et jaunes désirs de vivre,
vont s’éclipsant
et s’épouillent d’insectiles cauchemars
déjà morts pour le tonnerre, héraut des genèses.

Obscur piano qui guettes-tu
avec ta surdité qui m’entend,
avec ton mutisme qui m’assourdit ?

Oh pouls mystérieux.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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La solitude infinie de la pensée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
La solitude infinie de la pensée
terrifie les espaces célestes.

Des êtres cloués à des capsules de chair
étouffent, font des signes et meurent.

Entre-temps ils démantèlent une planète
qui paraissait leur maison,
ils s’entre-tuent
et émettent des sons divers et des paroles pour tout.

Ils détiennent un acte invraisemblable
qu’ils appellent pensée.

Nul ne connaît son but.
C’est comme un miroir
inversé du monde.

Il semble seulement parfois
que cette activité fantomatique
répare l’univers,
et de sa solitude illimitée

et son éphémère pauvreté,
lui offre la compagnie abyssale
d’être tout au moins pensé.

***

La soledad infinita del pensar
aterra los espacios celestes.

Seres clavados en cápsulas de carne
se abogan, hacen señas y se mueren.

Desmantelan mientras tanto un planeta
que parecía su casa,
se matan entre ellos
y emiten diferentes sonidos y palabras para todo.

Llevan adentro un acto inverosímil
que llaman pensamiento.

Nadie conoce su objeto.
Es como un espejo
dado vuelta del mundo.

Sólo parece a veces
que ese hacer fantasmai
repara el universo
y desde su soledad ilimitada

y su pobreza efimera
le brinda la abismal compania
de ser por lo menos pensado.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’épine d’une passion (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



épine au coeur

l’épine d’une passion;
un jour j’ai pu me l’arracher :
je ne sens plus mon coeur.

Et toute la campagne un instant
demeure, muette et sombre,
pour méditer. Le vent retentit
dans les peupliers de la rivière.

Mais le soir s’obscurcit encore;
et le chemin qui tourne, tourne,
et blanchit doucement,
se trouble et disparaît.

Mon chant recommence à pleurer :
«Épine pointue et dorée,
ah! si je pouvais te sentir
dedans mon coeur clouée.»

(Antonio Machado)

 

 

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Diagnostic existentiel (Pentti Vihtori Holappa)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Diagnostic existentiel

Une fois encore cloué à un soir solitaire il
chercha dans sa mémoire les moments de bonheur, pouvant
justifier son existence, et il ravit une place dans le vaisseau spatial.
Puis il se souvint que sur l’écran de télévision il avait vu un homme
que les dauphins avaient accepté pour compagnon de jeu.

Ainsi donc ils s’ébattaient à la surface des eaux de l’océan
gorgés d’existence, les dauphins comme l’homme,
chaque geste réglé selon leur seule présence.
Alors dès la nuit suivante il décida d’apprendre à nager,
d’attendre les dauphins, d’oublier. – Il oublia.

(Pentti Vihtori Holappa)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

 

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LES CRUCIFIES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Edvard Munch
    
LES CRUCIFIES

Les vrais crucifiés, ce sont les amoureux.
Ils sont cloués vivants aux bras de la femelle;
L’épine dérisoire à leurs cheveux se mêle ;
Le sang perle en sueur sur leur front douloureux:

Et quand les rouges pleurs tombent de leurs yeux creux.
Aucun ange ne vient rafraîchir de son aile
La brûlure du trou béant à leur mamelle;
Un Dieu n’entr’ouvre pas le ciel exprès pour eux.

Pas même un bon larron ! Golgotha solitaire !
Le désespoir qu’ils ont au cœur, il faut le taire.
Ou, s’ils osent crier « Ijimma Sabacthani »,

Leur croix, la femme, au vent railleur se prostitue ;
Et, sentant qu’avec eux leur amour est fini,
Ils meurent en doutant de la foi qui les tue.

(Jean Richepin)

 

 

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Chanson pour une reine morte (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



La belle Reine des catalogues
Fleurit le château de gemmes
Où l’adore son Seigneur
Vêtu de couteaux et d’eau.

Une minute, un sourire,
Une éternité de larmes.

La belle Reine morte
Détruit le château de bronze
Où gémit le Seigneur brun
Son chagrin cloué au mur.

Une minute, un Soupir,
Une éternité de larmes.

(Edmond Jabès)

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D’une voix forte tu t’adresses au mur (Yang Lian)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

d’une voix forte tu t’adresses au mur
tes paroles font surgir un mur
te voilà cloué sur le mur

de tous côtés les murs bougent
murs regardant les murs
murs contre murs réduits au silence

(Yang Lian)

Illustration: Misha Gordin

 

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Je mens ou je meurs si je dis mon amour (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018




    
Je mens ou je meurs si je dis mon amour.

Nul ne voudrait prendre au mot le souffle de l’aveu,
Tu le sais toi guetteur toi qui suis de l’orage
Secret pas à pas l’avancée où je me tiens masqué.
Ces pleurs dans l’ombre de qui furent-ils les maîtres?
Ces rires dans l’air de qui sont-ils les ombres?
Tu ne réponds pas silence et je reste sous l’interdit
Tu ne sais rien ou bien ne suis-je plus?
L’orage ne gronde ni ne s’éloigne. Cloué à la nuit
Je veux en vain lui tendre une trop douce proie.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

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On voudrait le coeur sans faille (Claire Genoux)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



Illustration
    
On voudrait le coeur sans faille
bercé par l’huile claire du sang
mais on ne sait plus
s’il est cloué correctement à la poitrine
et le vent se moque bien de nos soucis
il n’attend que l’instant de donner un coup de rame
pour retourner nos robes
et réduire une à une les années qui restent

(Claire Genoux)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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Le crabe sur le sable (Christiane Burucoa)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



Le crabe sur le sable
En connait davantage
Par le flux trop lent de son sang
Par le lacis de ses artères,
Devant l’océan renaissant,
Le veilleur est toujours absent.

(Christiane Burucoa)

 

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