Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘clouer’

De ton visage (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Anna Razumovskaya _500

De ton visage
fais couler le reste de la clarté
que ton visage se répande
ainsi que d’une amphore
la cascade du lait
lisse et portant ses mûres
pour ma soif et ma faim.

Je t’aime encore
tout cela qui t’enferme
donne-le-moi nu jusqu’au fond

Ma blanche mon unique étoile
ce n’est plus au ciel
qu’il faut te clouer
mais sur la terre
où tu règnes seule
mais sur le drap
que purifient nos noces

(Alain Borne)

Illustration: Anna Razumovskaya

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le hibou (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017



Mon pauvre coeur est un hibou
Qu’on cloue, qu’on décloue, qu’on recloue.
De sang, d’ardeur, il est à bout.
Tous ceux qui m’aiment, je les loue.

(Guillaume Apollinaire)


Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Notre père (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Notre père

Notre père
reprends ton nom
nous n’osons pas
être des enfants

Comment dire
la voix étouffée
notre père
une étoile citron
clouée sur le front

La lune riait follement
satellite de nos rêves
le clown mort riait
qui nous promit un saut de la mort

Notre père
nous te rendons
ton nom
Continue à jouer le père
dans les cieux sans enfants
et sans air

***

Vater unser

Vater unser
nimm zurück deinen Namen
wir wagen nicht
Kinder zu sein

Wie
mit erstickter Stimme
Vater unser sagen
Zitronenstern
an die Stirn genagelt

Lachte irr der Mond
Trabant unserer Träume
lachte der tote Clown
der uns einen Salto versprach

Vater unser
wir geben dir zurück
deinen Namen
Spiel weiter den Vater
im kinderlosen
luftleeren Himmel

(Rose Ausländer)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

TRIOLETS FANTAISISTES (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



 

Alain Bonnefoit  La femme Rousse [1280x768]

TRIOLETS FANTAISISTES

Sidonie a plus d’un amant,
C’est une chose bien connue
Qu’elle avoue, elle, fièrement.
Sidonie a plus d’un amant
Parce que, pour elle, être nue
Est son plus charmant vêtement.
C’est une chose bien connue,
Sidonie a plus d’un amant.

Elle en prend à ses cheveux blonds
Comme, à sa toile, l’araignée
Prend les mouches et les frelons.
Elle en prend à ses cheveux blonds.
Vers sa prunelle ensoleillée
Ils volent, pauvres papillons,
Comme, à sa toile, l’araignée
Elle en prend à ses cheveux blonds.

Elle en attrape avec les dents
Quand le rire entr’ouvre sa bouche
Et dévore les imprudents.
Elle en attrape avec les dents.
Sa bouche, quand elle se couche,
Reste rose et ses dents dedans.
Quand le rire entr’ouvre sa bouche
Elle en attrape avec les dents.

Elle les mène par le nez,
Comme fait, dit-on, le crotale
Des oiseaux qu’elle a fascinés.
Elle les mène par le nez.
Quand dans une moue elle étale
Sa langue à leurs yeux étonnés,
Comme fait, dit-on, le crotale
Elle les mène par le nez.

Sidonie a plus d’un amant,
Qu’on le lui reproche ou l’en loue
Elle s’en moque également.
Sidonie a plus d’un amant.
Aussi, jusqu’à ce qu’on la cloue
Au sapin de l’enterrement,
Qu’on le lui reproche ou l’en loue,
Sidoine aura plus d’un amant.

(Charles Cros)

Illustration: Alain Bonnefoit

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SANS DÉFINITION (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016




SANS DÉFINITION

l’amour
cet océan pour antilopes folles

l’amour
cet oeil qui cloue mon oeil
sur l’étoile trop ivre

l’amour
cette valise où dorment les toucans
qui nous ressemblent

l’amour
ce soleil qui proteste
d’être en exil sous ses propres genoux

l’amour l’oubli
et les mots affamés
qui rongent cette mandarine
notre mémoire

(Alain Bosquet)


Illustration: Eloi Flore

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TRIOLETS FANTAISISTES (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016




TRIOLETS FANTAISISTES

Sidonie a plus d’un amant,
C’est une chose bien connue
Qu’elle avoue, elle, fièrement.
Sidonie a plus d’un amant
Parce que, pour elle, être nue
Est son plus charmant vêtement.
C’est une chose bien connue,
Sidonie a plus d’un amant.

Elle en prend à ses cheveux blonds
Comme, à sa toile, l’araignée
Prend les mouches et les frelons.
Elle en prend à ses cheveux blonds.
Vers sa prunelle ensoleillée
Ils volent, pauvres papillons.
Comme, à sa toile, l’araignée
Elle en prend à ses cheveux blonds.

Elle en attrape avec les dents
Quand le rire entr’ouvre sa bouche
Et dévore ta imprudents.
Elle en attrape avec les dents.
Sa bouche, quand elle se couche,
Reste rose et ses dents dedans.
Quand le rire entr’ouvre sa bouche
Elle en attrape avec les dents.

Elle les mène par le nez,
Comme fait, dit-on, le crotale
Des oiseaux qu’il a fascinés.
Elle les mène par le nez.
Quand dans une moue elle étale
Sa langue à leurs yeux étonnés,
Comme fait, dit-on, le crotale
Elle les mène par le nez.

Sidonie a plus d’un amant,
Qu’on le lui reproche ou l’en loue
Elle s’en moque également.
Sidonie a plus d’un amant.
Aussi, jusqu’à ce qu’on la cloue
Au sapin de l’enterrement,
Qu’on le lui reproche ou l’en loue,
Sidonie aura plus d’un amant.

(Charles Cros)

Illustration: Irina Kotova

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Pas Toi (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2016




Pas Toi

Graver l’écorce
Jusqu’à saigner
Clouer les portes
S’emprisonner

Vivre des songes
A trop veiller
Prier des ombres
Et tant marcher

J’ai beau me dire
Qu’il faut du temps
J’ai beau l’écrire
Si noir sur blanc
Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t’efface
Je pense à toi

Passent les jours
Vides sillons
Dans la raison
Mais sans amour

Passe ma chance
Tournent les vents
Reste l’absence
Obstinément

J’ai beau me dire
Que c’est comme ça
Que sans vieillir
On n’oublie pas
Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t’efface
Je pense à toi
Et quoi que j’apprenne
Je ne sais pas
Pourquoi je saigne
Et pas toi

Y’a pas de haine
Y’a pas de roi
Ni Dieu, ni chaîne
Qu’on ne combat
Mais que faut-il
Quelle puissance ?
Quelle arme brise
L’indifférence ?

Oh, c’est pas juste
C’est mal écrit
Comme une injure
Plus qu’un mépris
Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t’efface
Je pense à toi
Et quoi que j’apprenne
Je ne sais pas
Pourquoi je saigne
Et pas toi…

(Jean-Jacques Goldman)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il faut refermer la cendre (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2016




il faut refermer la cendre
réduire la griffe jusqu’à la fleur l’instant

les mains clouent leurs brasiers
flambeaux fortifiés d’un temps ébloui

une débâcle du signe lève d’étoile
en étoile: on s’endort pour voir

un peu d’éternité mourir et sursauter
au réveil découvrir que l’on revient

de nulle part

(Dominique Sampiero)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis le partenaire du lanceur de couteaux! (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



Écoutez les remords mécaniques de la société,
la voix du grand ventilateur
comme une brise artificielle dans les galeries de la mine
six cents mètres plus bas.

Nos yeux sont grands ouverts sous le bandage.

Si j’arrivais au moins à leur faire sentir
que ces vibrations, là, sous nos pieds,
veulent dire que nous sommes sur un pont…

Je dois souvent rester tout à fait immobile.
Je suis le partenaire du lanceur de couteaux!

Les questions que j’ai jetées au loin avec rage
me reviennent en sifflant,
elles ne m’atteignent pas, mais elles clouent ma silhouette
à grands traits,
et restent là quand je m’en suis allé.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :