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Violette (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Violette

Grave Conflit A Propos de La Violette
Entre La Fée Aux Fleurs
Et Une Académie Qui Désire Garder L’anonymat

[Thèse académique:]
La Violette est fille d’Atlas.
Cette jeune nymphe, poursuivie par Apollon,
allait devenir la proie de ce Don Juan,
lorsque les dieux, touchés de son sort,
la métamorphosèrent en violette.
C’est le moyen ordinaire employé par les dieux pour
déjouer les projets galants d’Apollon.
L’imagination féconde de Jupiter
devrait bien de temps en temps inventer un nouveau procédé.

[Thèse de la Fée aux Fleurs:]
Ces auteurs sont vraiment des gens cocasses.
Où diable ont-ils pris que la Violette
est fille d’Atlas et nymphe de son métier?
tandis que son père s’appelait tout simplement Jérôme,
et qu’elle exerçait la profession de couturière
au bourg sous le nom de Marcelle.

[Réponse de L’Académie:]
1. On ne doit ajouter qu’une foi médiocre
aux renseignements fournis à la science
par des êtres dont l’existence est aussi peu prouvée que celle des fées.
2. On ne peut donner sur toutes choses que des détails apocryphes,
quand on est apocryphe soi-même.
3. Les témoignages des siècles s’accordent à démontrer
que les fleurs ont toutes une origine essentiellement mythologique.
En conséquence. L’Académie déclare que la violette
lui semble plus que jamais fille d’Atlas.
Elle affirme, en outre, sur son âme et sur sa conscience,
devant Dieu et devant les hommes,
que la fille d’Atlas était nymphe de naissance,
et que les dieux, pour la soustraire
aux poursuites d’Apollon, la changèrent en violette.

(J.J. Grandville)

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Il est des instants étranges, uniques (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



Il est des instants étranges, uniques, presque cocasses.
Un homme marche à midi en portant un panier sur sa tête;
le panier lui cache entièrement le visage
comme s’il était sans tête ou déguisé,
portant une tête monstrueuse et sans yeux,
aux yeux innombrables.

Tel autre,qui flâne rêveusement dans le crépuscule,
trébuche quelque part, pousse un juron,
revient sur ses pas, cherche;
— un caillou minuscule; il le soulève; il l’embrasse;
puis il s’inquiète soudain : quelqu’un d’autre a pu le surprendre;
il s’éloigne d’un air coupable.

Une femme met sa main dans sa poche; elle n’y trouve rien;
elle ressort sa main, l’élève, l’observe attentivement :
une main imprégnée de la poussière du vide.

Un garçon de café a refermé sa paume sur une mouche
— il ne la serre pas;
un client l’appelle; il a oublié la mouche;
il desserre sa paume; la mouche s’envole, se pose sur le verre.

Un papier roule dans la rue avec hésitation,
en marquant des temps d’arrêt,
sans attirer l’attention de qui que ce soit, — cela lui plaît.
Pourtant, à chaque instant,
il émet un craquement particulier qui est un démenti;
comme s’il cherchait maintenant
quelque témoin incorruptible de sa marche modeste, mystérieuse.

Et toutes ces choses ont une beauté solitaire, inexplicable,
une peine très profonde venue de nos propres gestes, étrangers et inconnus
— n’est-ce pas?

(Yannis Ritsos)

Illustration: Théodore Géricault

American Beauty

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AUTRE PETITE ODE À LA LUNE (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2016



AUTRE PETITE ODE À LA LUNE

Le ciel s’encrasse
dans ses cuirasses
de nuit vinasse

Sur les paillasses
de brumes grasses
que le vent brasse

Douce et tenace
sa grosse face
à l’air bonasse

Savon de glace
blonde limace
la lune passe

Ronde sous-tasse
je te fais place
dans ma surface

Astre cocasse
ma paperasse
garde ta trace

(Louis Calaferte)


Illustration

 

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