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Enfin j’ai pu entendre son nom (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018


amour

« Enfin j’ai pu entendre son nom –
Sans – progrès Enorme –
Cette sensation d’Arrêt – en mon Ame –
Et ce Tonnerre – dans la Chambre –

Enfin j’ai pu franchir
Cet Angle du plancher
Où il a tourné ainsi – et moi – ne sais –
Et tous nos Nerfs se déchiraient –

Enfin j’ai pu remuer le Coffret –
Où ses lettres s’entassaient
Sans cette pression, dans mon souffle –
Comme des Rivets – qu’on enfonce –

Ai pu vaguement me rappeler une Grâce –
Je crois qu’on la nomme « Dieu »,
Connue pour adoucir l’Extrémité –
Quand la Formule, a échoué –

Et joindre mes Mains –
En geste de prière,
Quoique ignorant un mot
Par l’Ordination – prononcé –

Mon Affaire, avec le Nuage,
S’il est derrière, un quelconque Pouvoir
A l’abri du Désespoir –
Qui se soucie, lointainement,
D’un incident aussi mineur
Que le Malheur –
Trop grand, lui-même, pour s’arrêter – plus longtemps –

(Emily Dickinson)

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Le lis (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Lys-V-Moretrr

Le lis

Hors du coffret de laque aux clous d’argent, parmi
Les fleurs du tapis jaune aux nuances calmées,
Le riche et lourd collier qu’agrafent deux camées,
Ruisselle et se répand sur la table à demi.

Un oblique rayon l’atteint. L’or a frémi.
L’étincelle s’attache aux perles parsemées,
Et midi darde moins de flèches enflammées
Sur le dos somptueux d’un reptile endormi.

Cette splendeur rayonne et fait pâlir des bagues
Éparses où l’onyx a mis ses reflets vagues
Et le froid diamant sa claire goutte d’eau ;

Et, comme dédaigneux du contraste et du groupe,
Plus loin, et sous la pourpre ombreuse du rideau,
Noble et pur, un grand lis se meurt dans une coupe.

(François Coppée)

Illustration

 

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Le mot (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Le mot

Un mot, un seul, nous disait-il…
Et tous cherchaient à deviner
Ce mot qui devait leur ouvrir
Les portes d’or de l’avenir,
Ce mot que Dieu tenait secret
Dans on ne sait quel lourd coffret,
Ce mot-clé sur lequel jamais
Deux personnes ne s’accordaient.

(Maurice Carême)

Illustration: Viviane-Josée Restieau

 

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Ma collection (Christian Poslaniec)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Ma collection

Tous les baisers
Qu’on m’a donnés
Toutes les bulles de tendresse
et tous mes colliers de caresses
j’en fais la collection…

Peut-être il poussera
Des forêts d’arbres à bises
Des buissons tendres de murmures
Un hérisson aux doigts très doux
Lorsque je sèmerai
Ma collection, en mai!

Tous les baisers
Qu’on m’a donnés
Toutes les bulles de tendresse
et tous mes colliers de caresses
Je les garde bien au doux
dans un beau coffret à bisous.

(Christian Poslaniec)


Illustration

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IMAGE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



IMAGE

D’une femme qui fut rencontre fugitive
je conserve le nom bien enfermé : c’est un coffret :
j’en élève parfois les syllabes rouillées
qui grincent tels de vieux pianos désaccordés :
de la pluie surgissent aussitôt les arbres de l’époque,
les jasmins, les deux nattes victorieuses
d’une femme au corps disparu, perdue,
noyée dans le temps comme dans les lentes eaux d’un lac :
ses yeux s’y sont éteints comme charbons en cendre.

I1 existe pourtant dans ce qui se dissout
un parfum mort, des veines enterrées
ou simplement la vie au milieu d’autres vies.

Tourner la tête vers — et seulement —
vers la pureté, fleure bon :
tâter le pouls du zénith torrentiel
de notre jeunesse amoindrie :
envoyer rouler une bague dans le vide,
pousser les hauts cris en plein ciel.

Le temps, à grand regret, me manque pour mes vies,
la minime, le souvenir laissé dans un compartiment,
dans une chambre ou bien en quelque brasserie
comme un parapluie resté sous l’averse :
ces lèvres qu’on ne voit pourraient bien être celles
que l’on entend soudain comme rumeur marine,
dans une inadvertance du chemin.

C’est pourquoi Irène ou Rosa, Maria ou Leonor,
vides coffrets, fleurs sèches dans un livre
appellent du fond de l’esseulement :
alors i1 faut ouvrir, écouter ce qui est
sans voix, et regarder ce qui n’existe pas.

(Pablo Neruda)


Illustration: Francine Van Hove

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A la plus belle (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



 

Anne-Marie Zilberman (8)

A la plus belle

Nul ne l’a vue et, dans mon coeur,
Je garde sa beauté suprême ;
(Arrière tout rire moqueur !)
Et morte, je l’aime, je l’aime.

J’ai consulté tous les devins,
Ils m’ont tous dit :  » C’est la plus belle !  »
Et depuis j’ai bu tous les vins
Contre la mémoire rebelle.

Oh ! ses cheveux livrés au vent !
Ses yeux, crépuscule d’automne !
Sa parole qu’encor souvent
J’entends dans la nuit monotone.

C’était la plus belle, à jamais,
Parmi les filles de la terre…
Et je l’aimais, oh ! je l’aimais
Tant, que ma bouche doit se taire.

J’ai honte de ce que je dis ;
Car nul ne saura ni la femme,
Ni l’amour, ni le paradis
Que je garde au fond de mon âme.

Que ces mots restent enfouis,
Oubliés, (l’oubliance est douce)
Comme un coffret plein de louis
Au pied du mur couvert de mousse.

(Charles Cros)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Elle portait une bague de cornaline (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Anna Dorothea Therbusch
    
Elle portait une bague de cornaline
Et son amant la traitait d’inhumaine
Baisant ses doigts à travers la mitaine.
On la voyait en mantelet de mousseline

Et sous ses cheveux plats lissés de bandoline,
Offrir à ses colombes de la graine
Sur ses lèvres, et, d’une grâce pleine
De mièvrerie, arroser les capucines

A son balcon. Au soir sentimental,
Elle chantait de vieux airs en cristal,
S’accompagnant du luth qu’on enrubanne

Et que mouillaient ses pleurs. Il s’agissait d’hymen,
De guerriers, de flambeaux, d’esclave, de harem:
“Jeune Grecque à l’oeil noir entre dans ma tartane.”

(Marie Dauguet)

 

 

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Je suis content (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



Je suis content

Vienne la pluie, vienne le vent,
Qu’importe! moi je suis content.

Content d’être toujours content
Du bon temps et du mauvais temps,

Content de vivre simplement,
De me dire comme un enfant:

« Mon Dieu! comme je suis content! »
Sans savoir pourquoi maintenant

Je le répète si souvent

(Maurice Carême)

 

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Au Dieu pauvre (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2016



Au Dieu pauvre

JE t’adore, Dieu pauvre entre les Immortels,
Et j’ai tressé pour toi ces roses purpurines,
Parce que tu n’as point de temples ni d’autels,
Et que nul tiède encens ne flatte tes narines.

Nul ne te craint et nul n’implore ta bonté…
Ceux qui t’honorent sont pauvres, car tu leur donnes,
Ayant ouvert tes mains vides, la pauvreté ;
Et ton souffle est plus froid que celui des automnes.

Moi qui subis l’affront et le courroux des forts,
Je t’apporte, Dieu pauvre et triste, ces offrandes :
Des violettes que je cueillis chez les morts
Et des fleurs de tabac, qui s’ouvraient toutes grandes…

Dans un coffret de jade aux fermoirs de cristal,
Dieu pauvre, je t’apporte humblement mon coeur sombre,
Car je ne sais aimer que ce qui me fait mal,
Eprise, d’un fantôme et de l’ombre d’une ombre…

Je ne demande rien à ta Divinité
Sans parfums et que nul prêtre n’a reconnue…
Nul roi n’a jamais craint de t’avoir irrité
Et n’a pleuré devant ta châsse froide et nue.

Mais moi qui hais la foule à l’entour des autels,
Moi qui raille l’espoir cupide des prières,
Je te consacre, ô le plus doux des Immortels,
Ce chant pieux fleuri sur mes lèvres amères.

(Renée Vivien)

Illustration: Alex Alemany

 

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Le Plein et le Vide (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Le Plein et le Vide

Oh si je me souviens et combien.
Et si je ne me souvenais pas?
Autre serait mon âme,
bien différent mon visage.

Oh comme j’oublie et combien.
Et si je n’oubliais pas?
Je serais l’homme-étonnement,
sans tête déambulant.

Oh comme j’oublie et me souviens,
comme je me souviens et oublie,
par flux égaux
et simultanés enlacements.
Mais comment puis-je, à la fin,
recomposer mes déguisements?

Quel coffret étrange recèle
en moi sa brume et ses cendres,
son patrimoine de flammes,
tandis que la vie confère
sa limite, et que chaque heure
est une heure dévolue
dans la balance de la mémoire
qui pleure et qui rit, partagée?

(Carlos Drummond de Andrade)

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