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Idylle morte (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Illustration
    
Idylle morte

Que fait donc à cette heure Rita ma douce andine
de jonc et de cape;
maintenant que m’asphyxie Byzance, et que sommeille
en moi le sang, comme un pâle cognac.

Où peuvent être ses mains qui d’un humble geste
repassaient dans le soir des blancheurs futures ;
maintenant, sous cette pluie qui m’enlève
l’envie de vivre.

Que sont devenus sa jupe de flanelle; ses
rêves; sa démarche;
sa saveur de canne à sucre d’un Mai villageois.

Elle doit être au soir sur le seuil regardant quelque nuage,
puis elle dira en tremblant : « Quel froid il fait… mon Dieu!»
et pleurera sur les tuiles un oiseau sauvage.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Petite valse Viennoise (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



Petite valse Viennoise

À Vienne il y a dix jeunes filles,
une épaule où sanglote la mort
et un bois de colombes empaillées,
Il y a un fragment de matin
au musée du givre.
Il y a un un salon à mille fenêtres.
Cette valse, valse, valse
De oui, de mort et de cognac,
Qui mouille sa traîne dans la mer.

Je t’aime, t’aime, t’aime,
avec le fauteuil et le livre mort,
dans le couloir mélancolique,
au grenier sombre de l’iris,
dans notre lit de la lune
et par la danse que rêve la tortue.

Prends cette valse aux reins cambrés.

À Vienne il y a quatre miroirs
où jouent ta bouche et les échos.
Il y a une mort pour piano
qui peint en bleu les jeunes gars.
Il y a des mendiants sur les toits.
Il y a de fraîches guirlandes de pleurs.

Prends cette valse qui meurt dans mes bras.

Parce que je t’aime, je t’aime, amour,
dans le grenier où vont jouer les enfants,
rêvant de vieux lustres de Hongrie
dans la rumeur du tendre après-midi,
voyant des brebis et des iris de neige
dans le silence obscur de ton front.

Je prends la valse « Je t’aime toujours. »

À Vienne, je danserai avec toi
dans un déguisement qui aura
une tête de fleuve.
Vois mes rives de jacinthes !
Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
mon âme dans des lis et des photographies
et dans la vague obscure de ta démarche
je veux, mon amour, mon amour, laisser,
violon et sépulcre, les rubans de la valse.

***

Pequeño vals Vienés

En Viena hay diez muchachas
un hombro donde solloza la muerte
y un bosque de palomas disecadas
Hay un fragmento de la mañana
en el museo de la escarcha.
Hay un salón con mil ventanas
Ay! Ay! Ay!
Toma este vals, este vals con la boca cerrada.

Este vals, este vals, este vals,
de sí, de muerte y de cognac.
que moja su cola en el mar.

Te quiero,te quiero, te quiero
con la butaca y el libro muerto
por el melancólico pasillo,
en el oscuro desván del lirio
en nuestra cama de la luna
Y en la danza que sueña la tortuga.
Ay! Ay! Ay!
Toma este vals de quebrada cintura.

En Viena hay quatro espejos
Donde juegan tu boca y los ecos
Hay una muerte para piano
que pinta de azul a los muchachos.
Hay mendigos por los tejados
Hay frescas guirnaldas de llanto.
Ay! Ay! Ay!
Toma ese vals que se muere en mis brazos.

Porque te quiero, te quiero, te quiero, amor mío,
en el desván donde juegan los niños,
Soñando viejas luces de Hungria
por los rumores de la tarde tibia,
Viendo ovejas y lirios de nieve
por le silencio oscuro de tu frente.
Ay! Ay! Ay!
Toma este vals del « te quiero siempre ».

En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río.
¡ Mira qué orillas tengo de jacinto !
Dejaré mi boca entre tus piernas,
mi alma en fotografias y azucenas,
y en las ondas oscuras de tu andar
quiero amor mío, amor mío, dejar,
violín y sepulcro, las cintas del vals.

(Federico Garcia Lorca)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Félix Vallotton

 

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