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Posts Tagged ‘cognée’

LES MAINS BLANCHES, BLANCHES… (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Alfred Roll
    
LES MAINS BLANCHES, BLANCHES…

Elle avait les mains blanches, blanches,
Comme deux frêles branches
D’un aubier de mai ;
Elle avait les mains blanches, blanches
Et c’est pour ça que je l’aimais.

Elle travaillait aux vignes ;
Mais les caresses malignes
Du grand soleil
Et l’affront des hâles
Avaient respecté sa chair pâle
Où trônait mon baiser vermeil.

Et ses mains restaient blanches, blanches,
Comme deux frêles branches
D’un aubier de mai.
Et ses mains restaient blanches, blanches
Et toujours ! toujours ! je l’aimais

Mais un monsieur de la ville
Avec ses billets de mille
Bien épinglés
Vint trouver son père
Aux fins des vendanges dernières
Et s’arrangea pour me voler…

Me voler la main blanche, blanche,
Comme une frêle branche
D’un aubier de mai,
Me voler la main blanche, blanche
La main de celle que j’aimais !

Au seul penser de la scène
Où l’Autre, en sa patte pleine
D’or et d’argent,
Broierait les mains chères
Au nez du maire et du vicaire,
J’ai laissé ma raison aux champs,

Lui ! toucher aux mains blanches, blanches,
Comme deux frêles branches
D’un aubier de mai,
Lui ! toucher aux mains blanches, blanches,
Aux mains de celle que j’aimais

La veille du mariage,
Chez le charron du village
Je fus quérir
Un fer de cognée,
Et m’en servis à la nuitée,
Quand ma belle fut à dormir.

J’ai coupé ses mains blanches, blanches,
Comme deux frêles branches
D’un aubier de mai,
J’ai coupé ses mains blanches, blanches…
C’était pour ça que je l’aimais !

(Gaston Couté)

 

 

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DEMAIN LES HERBES ROUGES (Jean-Paul Filion)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



Caroline Besse x247

DEMAIN LES HERBES ROUGES

J’ai le mal d’homme comme on traîne une blessure
J’ai le mal de ciel et celui d’enfer
Mais l’espace a créé sa forge d’étoiles
Qui viendra souffler sur mon épouvante
Demain les herbes rouges

Il a venté sur ma joie en poussière
Et j’attends de l’univers un nouveau dialogue
J’ai l’amour en cascade le bon Dieu au rancart
M’occupant à jeter un pont sur le matin
Demain les herbes rouges

J’abhorre les esprits les magies les phantasmes
Mon regard famélique n’est plus à la table des astres
Contre la moire des sources vertigineuses
Je veux mordre mon pain d’écorce et de terreau
Demain les herbes rouges

J’offre mes larmes ténébreuses à dévorer par le feu
Que le jour engouffre mes neiges et mes nuits
Mon coeur n’est plus gisant sous la cognée du soleil
Qui entre blondir le pays que j’habite
Demain les herbes rouges.

(Jean-Paul Filion)

Illustration: Caroline Besse

 

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Refuge (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



Refuge

Reviendra-t-il jamais notre temps du « Vin Triste »
Après ces mornes jours d’un temps triste incertain,
Qui de l’aube à la nuit, hier, aujourd’hui, demain,
Sont tissés d’un ennui dont la trame résiste ?

J’ai foulé très longtemps d’impassibles chemins,
Et sur mes pas nouveaux de la cendre persiste
Ternissant nos amours, mes Compagnons de piste,
Maintenant seuls reflets des grands rêves éteints.

Lambeaux effilochés aux branches équarries
Le souvenir gémit aux Vents qui l’ont glacé
Assourdi par l’écho des aigu les taries…

Lorsqu’en vain j’ai pleuré sur notre bref passé,
Tranquille je reprends le long joug des journées
Pour mieux rythmer ma rime à grands coups de cognées.

(Birago Diop)

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SIBYLLES (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



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SIBYLLES

Sibylles à l’intérieur d’antres pierreux,
Absolument sans amour, aveugles,
Nourrissant le vide comme on nourrit un feu
Tandis que l’ombre dissout la nuit et le jour
Dans la même lumière d’horreur désincarnée.

Chasser la monstrueuse rosée
Des nuits intérieures, la sueur
Des forces attachées à elles-mêmes
Quand les mots cognent contre les murs,
Grands vols aveugles d’oiseaux prisonniers,
Quand la très aiguë horreur d’avoir des ailes
Sonne comme une horloge dans le vide.

***

SIBILAS

Sibilas no interior dos antros hirtos
Totalmente sem amor e cegas,
Alimentando o vazio como um fogo
Enquanto a sombra dissolve a noite e o dia
Na mesma luz de horror desencarnada.

Trazer para fora o monstruoso orvalho
Das noites interiores, o suor
Das forças amarradas a si mesmas
Quando as palavras batem contra os muros
Em grandes voos cegos de aves presas
E agudamente o horror de ter as asas
Soa como um relógio no vazio.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: John William Waterhouse

 

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Une seule cognée (Emmanuel Dall’aglio)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2016



Une seule cognée
– le tutoiement des rêves

(Emmanuel Dall’aglio)

Illustration

 

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Un troupeau gracieux (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2015



Un troupeau gracieux de jeunes courtisanes
S’ébat et rit dans la forêt de mon âme.
Un bûcheron taciturne et fou frappe
De sa cognée dans la forêt de mon âme.

(Jean Moréas)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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LES EAUX ET LES FORETS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2015



 

Giampaolo Ghisetti -  (16)

LES EAUX ET LES FORETS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes,
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,

et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

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