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ORAISON (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019




    
ORAISON
Dhyâna

Hier je suis revenu sans vous dire mot.

J’ai mis fin pour toujours
au duel entre espoir et désolation,
aux griefs accablants des envies excédées.

Au sombre ciel d’absence il fait soir.
Je vous contemple
vous tiens dans l’infini
dans l’absolu.

Le cours du monde n’est plus,
ni soleil ni lune
ni astre ni planète aucune ;
l’air se tient coi, nul tracé d’arbres
à l’horizon ne se dessine.

Point de gens ni de chuchotements,
le bruit des pas du temps aboli
arrêté l’instant inachevé
dont je ne compte pas les fragments.

N’est plus ni jour ni obscurité —
ni moi ni attache vous liant à moi.
Il n’y a ni plaisir ni peine ni crainte,
tout désir se trouve éteint —
une quiétude se sent
dans le silence du ciel.

Tout est en vous recueilli,
en vous solitaire —
dans mon esprit sans moi ne se profile
que l’intime vision de vous.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Vous ne dites rien, vous restez là, toute la journée (Francis Combes)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



Vous ne dites rien,
vous restez là,
toute la journée,
coi et buté dans votre coin.
Vous êtes une chaise.
Vous avez la tête… dure,
on dirait du bois,
vous êtes émotif

(Francis Combes)

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Parfois (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration
    
Parfois, détaché de la multitude,
Un regard anxieux te sollicite.
Tu restes coi; avec l’autre, tous deux,
Vous entrez dans la commune solitude.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Eté (Nakahara Chûya)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



Illustration: Odilon Redon
    
Eté

Moi sur ma table,
Je n’avais rien d’autre qu’un stylo de l’encre du papier quadrillé,
Et chaque jour que dieu faisait, sans fin, m’y tenais coi.

Mais attendez, en plus il y avait aussi des allumettes des cigarettes,
Et un buvard ou des petites choses comme ça.
Mais que dis-je, parfois encore apportant une bière,
Il m’arrivait de la boire.

Dehors les cigales chantaient à qui mieux mieux.
Et les vents, du moins les vents frais d’être passés sur les rochers
fréquemment soufflaient.
Sans pensée, sans journées ni sans mois le temps passait,

Quand un beau matin, je me retrouvai mort.
Et le peu de choses disposées sur ma table,
Pour finir en un clin d’oeil furent débarrassées par la bonne.
– Mon dieu quel soulagement. Mon dieu quel soulagement.

(Nakahara Chûya)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Poèmes
Traduction: Yves-Marie Allioux
Editions: Picquier poche

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Du pic de la cime haute (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Eric Itschert
    
Du pic de la cime haute
Je suis tombé comme un fou
Et me suis rompu le cou.
C’est bien fait, car c’est ma faute.

Je n’avais qu’à rester coi.
Mais j’ai voulu, trop rapace,
Saisir le bonheur qui passe
Et le retenir. Pourquoi?

Dans le ciel, à tire-d’aile,
Comme il planait d’un vol sûr,
Je pouvais bien dans l’azur
Le suivre d’un œil fidèle.

Mais, plein d’un fauve appétit,
Sans calcul, sans frein, sans règle,
J’ai fait comme le grand aigle
Qui veut nourrir son petit.

En voyant s’enfuir ma joie,
J’ai voulu la raccrocher,
Et j’ai contre le rocher
Brisé moi-même et ma proie.

(Jean Richepin)

 

 

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Je vais de rue en rue (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018



Illustration: Alexis Becard 
    
2
je vais de rue en rue
de maison en maison
je sais bien pourquoi
je vois tout noir

des gens passent
l’air joyeux
belles voitures belles maisons
j’en perds la raison

quand je vois les bleus nuages
par-dessus les toits
et dehors le soleil
voyager

j’en ai les larmes aux yeux
au milieu de la liesse
car ceux qui m’aiment
sont loin de moi

3
ma chanson mes larmes
voyagez
par-dessus les gouffres
vers ma bien-aimée

si vous la trouvez rose et gaie
dites-lui que je languis
si vous la voyez triste jour et nuit
dites-lui que je vais bien

si elle ne m’aime plus
alors il n’y a plus ni joie ni peine
allez et dites à mes amis
que je suis mort

4
je t’ai laissée je suis parti
mon amour mon coeur
et tu vis au milieu de gens
qui te veulent du mal

qui envient
la beauté la fête
périsse l’amour
ils seraient ravis

nos allées vertes
dans la forêt
sont devenues
froides et désertes

des milliers d’étoiles
fixent le ciel
et resplendissent
sur de la neige

mon âme est si triste
les rues désertes
je n’ai que mon luth
Pour ma détresse

je voudrais reposer
les vents à la fenêtre
dors mon amour dors
notre amour veille

5
l’herbe était tendre
et le ciel bleu
nous deux ensemble
le pré radieux

le rossignol
rechante-t-il
et l’alouette
dans l’air tiédi

je les entends
au loin sans toi
c’est le printemps
mais pas pour moi

6
vers les forêts vont les nuages
ils passent sur le toit
je voudrais me suspendre
et voler avec eux

j’erre dans les bois
je m’assieds je pense
j’essaie un air
je me tiens coi

de gaies histoires
me viennent
je les écris
pourtant j’ai tant de peine

des chansons que j’ai écrites
il y a longtemps
mon amour était fidèle
le monde brillait

je me souviens d’elles
ému
ce dont elles parlent
n’est plus

ces nuages passent
les oiseaux s’éveillent
tout est gai luisant
et s’étend au loin

parfois il pleut
mêlé de soleil
ta maison ton jardin brillent
dans l’arc-en-ciel

mais tu n’as plus de peine
tu ne m’attends plus
moi je souffre encore
ces enchantements me tuent

***

2
Ich geh durch die dunklen Gassen
Und wandre von Haus zu Haus,
Ich kann mich noch immer nicht fassen,
Sieht alles so trübe aus.

Da gehen viel Manner und Frauen,
Die aile so lustig sehn,
Die fahren und lachen und bauen,
dal mir die Sinne vergehn.

Oft wenn ich bläuliche Streifen
Seh über die Dacher fliehn,
Sonnenschein draußen schweifen,
Wolken am Himmel ziehn :

Da treten mitten im Scherze
Die Tränen ins Auge mir,
Denn die mich lieben von Herzen
Sind aile so weit von hier.

3
Lied, mit Tränen halb geschrieben,
Dorthin über Berg und Kluft,
Wo die Liebste mein geblieben,
Schwing dich durch die blaue Luft

Ist sie rot und lustig, sage :
Ich sei krank von Herzensgrund ;
Weint sie nachts, sinnt still bei Tage,
Ja, Bann sag : ich sei gesund !

Ist vorbei ihr treues Lieben,
Nun, so end auch Lust und Not,
Und zu allen, die mich lieben,
Flieg und sage : ich sei tot !

4
Ach Liebchen, dich ließ ich zurücke,
Mein liebes, herziges Kind,
Da lauern viel Menschen voll Tücke,
Die sind dir so feindlich gesinnt.

Die möchten so gerne zerstören
Auf Erden das schöne Fest,
Ach, könnte das Lieben aufhören,
So mögen sie nehmen den Rest.

Und aile die grünen Orte,
Wo wir gegangen im Wald,
Die sind nun wohl anders geworden,
Da ists’s nun so still und kalt.

Da sind nun am kalten Himmel
Viel tausend Sterne gestellt,
Es scheint ihr goldnes Gewimmel
Weit libers beschneite Feld.

Mein’ Seele ist so beklommen,
Die Gassen sind leer und tot,
Da hab ich die Laute genommen
Und singe in meiner Not.

Ach, war ich im stillen Hafen !
Kalte Winde am Fenster gehn,
Schlaf ruhig, mein Liebchen, schlafe,
Treu’ Liebe wird ewig bestehn !

5
Grün war die Weide,
Der Himmel blau,
Wir saßen beide
Aufglänzender Au.

Sind’s Nachtigallen
Wieder, was ruft,
Lerchen, die schallen
Aus warmer Luft ?

Ich hör die Lieder,
Fern, ohne dich,
Lenz ist’s wohl wieder,
Doch nichtfür mich.

6

Wolken, wälderwärts gegangen,
Wolken, fliegend fibers Haus,
Könnt ich an euch fist mich hangen,
Mit euch fliegen weit hinaus !

Tag’lang durch die Wilder schweif ich,
Voll Gedanken sitz ich still,
In die Saiten flüchtig greif ich,
Wieder dann auf einmal still.

Schöne, rührende Geschichten
Fallen mir ein, wo ich steh,
Lustig muß ich schreiben, dichten,
1st mir selber gleich so weh.

Manches Lied, das ich geschrieben
Wohl vor manchem langen Jahr,
Da die Welt vom treuen Lieben
Schön mir überglänzet war ;

Find ich’s weder jetzt voll Bangen
Werd ich wunderbar gerührt,
Denn so lang ist das vergangen,
Was mich zu dem Lied verführt.

Diese Wolken ziehen weiter,
Alle Vogel sind erweckt,
Und die Gegend glänzet heiter,
Weit undfröhlich aufgedeckt.

Regen flüchtig abwärts gehen,
Scheint die Sonne zwischendrein,
Und dein Haus, dein Garten stehen
Überm Wald im stillen Schein.

Doch du harrst nicht mehr mit Schmerzen,
Wo so lang dein Liebster sei —
Und mich tötet noch im Herzen
Dieser Schmerzen Zauberei.

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Infini (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2017



 

Le carré lumineux de la fenêtre
Capte les lointaines courbes du Dehors:
Ligne de crête hérissée de cyprès,
Ourlet des nuages rompu par un aigle …
Dedans, on reste coi, sûr que tout est dit,
Que rien ne sera dit. Pourtant ce moment

Infini que seul un oeil fini voit.

(François Cheng)

 

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Non —paix, tiens-toi coi — (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



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Hommage aux anges
[5]

Non —paix, tiens-toi coi —
n’aimes-tu pas Azraël,

le dernier et le plus grand, Mort ?
n’aimes-tu pas le soleil,

premier à donner la vie,
Raphaël ? m’aimes-tu ?

amant du sable et du coquillage,
sais-tu qui retire le voile,

retient la marée et forme
les coquillages aux formes des vagues ? Gabriel :

Raphaël, Gabriel, Azraël,
trois des sept — qu’est-ce que la Guerre

devant Naissance, Changement, Mort ?
pourtant lui, feu-brûlant, est un des sept feux,

jugement et volonté de Dieu,
souffle même de Dieu — Uriel.

***

Nay —peace be still
lovest thou not Azrael,

the last and greatest, Death?
lovest not the sun,

the first who giveth life,
Raphael? lovest thou me?

lover of sand and shell,
know who withdraws the veil,

holds back the tide and shapes
shells to the wave-shapes? Gabriel:

Raphael, Gabriel, Azrael,
three of seven—what is War

to Birth, to Change, to Death?
yet he, red-fire is one of seven fires,

judgement and will of God,
God’s very breath—Uriel.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Maladif coeur de l’Eau qui ne s’appartient pas (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2016



 
 

 

Maladif coeur de l’Eau qui ne s’appartient pas!
Mais si soumise au ciel, si faible l’Eau soit-elle,
Elle cache sa peine en de muets combats,
Sachet inviolé dans des plis de dentelle !
Pourtant on la devine en proie à l’Idéal
Et qu’elle a les langueurs, sous ses ondes mobiles,
Des filles de treize ans qui deviennent nubiles.
Et l’on dirait aussi que, parmi l’Eau, le mal
Mystérieux d’une puberté s’élabore :
Troubles, frissons, pâleurs, émoi d’on ne sait quoi,
Quand chaque nénuphar comme un sein vient d’éclore,
Sein nouveau-né, doux gonflement qui se tient coi !
Ah ! ce coeur de l’Eau vaste en qui tout s’amalgame,
Ce coeur de l’Eau plus compliqué qu’un cœur de femme,
Il faudrait pourtant bien un peu l’analyser.
Oui ! mais l’Eau ne veut pas que quelqu’un la révèle;
Et brusquement tous les décors sombrent en elle
Dans un grand coup de vent, troublant comme un baiser
Et la voilà, pour que rien d’elle ne s’avère,
Qui s’est enfuie au fond de sa maison de verre.

(Georges Rodenbach)

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La vision (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



C’est une femme bien étrange
Que celle qui vient, chaque nuit,
Ôter, du rêve, un peu d’ennui.

Est-ce un démon? Est-ce un archange
Qui l’envoie à mon blanc chevet
Montrer son corps que rien ne vêt?

Ses cheveux, qu’un feu roux embrase,
Croulent, en un rythme mouvant,
Sur sa nuque d’ambre vivant.

Sur son front brille une topaze,
Et l’éclat rauque de ses yeux
A parfois des reflets d’or vieux.

Son buste est pur, plein de souplesse…
Entre ses seins – deux althaeas –
Larges et beaux, un abraxas.

En vain, je quête une caresse,
Ou de ses yeux, ou de sa main,
Ou de sa lèvre de carmin.

Son corps est un poème jaune,
Impassible, splendide et fier
Méprisant de toute sa chair.

Jamais, il ne me fait l’aumône
De s’approcher par trop de moi…
Elle se tait, je reste coi…

J’ai l’espérance au soir qui tombe,
De la lassitude au matin,
Et je maudis l’impur destin

Qui me fait désirer la tombe,
Pour rester, éternellement,
Avec mon rêve ensorcelant.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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